Président de Judo Québec, Patrick Kearney est prêt à mettre son séjour dans sa région natale sur pause s’il le faut, pour rencontrer la ministre régionale Andrée Laforest afin qu’elle aide les fédérations de sports de combat à obtenir une vraie chance de dialoguer avec la Santé publique.
Président de Judo Québec, Patrick Kearney est prêt à mettre son séjour dans sa région natale sur pause s’il le faut, pour rencontrer la ministre régionale Andrée Laforest afin qu’elle aide les fédérations de sports de combat à obtenir une vraie chance de dialoguer avec la Santé publique.

Judo Québec réclame «un vrai dialogue» avec la Santé publique

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
Même en vacances dans sa région natale, le président de Judo Québec, Patrick Kearney, n’en démord pas. Il continue de réclamer une rencontre avec la Santé publique pour pouvoir plaider une véritable reprise des activités dans les sports de combat.

«Je veux avoir un vrai dialogue avec la Santé publique. C’est tout ce que les sports de combat demandent. Quand on se parle, on finit par se comprendre et trouver un terrain d’entente», fait-il valoir en entrevue.

Bien sûr, il est heureux d’avoir obtenu une rencontre avec un conseiller politique du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, la semaine prochaine, mais il souhaiterait un lien plus direct. «Il y a encore un intermédiaire, car ce conseiller va aller intercéder auprès de la Santé publique, nuance-t-il. Il va écouter nos représentations, mais on sent que c’est la Santé publique qui décide et non le gouvernement.»

Le président de Judo Québec a l’impression d’être «comme une lettre oubliée sur le coin de la table» et y voit un manque de respect par rapport au travail sérieux effectué par les membres de son CA. Car selon lui, les protocoles proposés par Judo Québec limitent les risques de contagion durant les entraînements, notamment avec la création de bulles de quatre partenaires qui seraient toujours les mêmes. Ainsi, si une éclosion survient, il devient facile d’isoler rapidement le jeune ou son groupe. «Le risque est présent, mais on a accepté de gérer ce risque», soutient-il. «Et si la bulle à quatre est jugée trop rapide (comme déconfinement), on peut commencer par la bulle à deux, assure-t-il. On est prêts à faire ce pas s’il le faut, car c’est quand même mieux que rien du tout.»

Incompréhension

Patrick Kearney rappelle que Judo Québec a déposé un plan «inspiré, pour ne pas dire presque copié, de la Fédération française de judo, l’une des grosses fédérations dans le monde. Le plan est tellement bien fait que la Fédération internationale l’a adopté et l’a recommandé à l’ensemble des pays pour qu’ils s’en inspirent, précise-t-il. En France, présentement, les sports de combat sont autorisés sans aucune restriction depuis quelques semaines. Des pays comme l’Allemagne, la Suisse et le Portugal, qui ont aussi des M. Arruda, aussi soucieux d’une éventuelle deuxième vague, ont quand même accepté [les sports de combat]. La nature du sport est d’avoir des contacts; on ne peut pas faire autrement. […] Moi, je mets un masque à l’épicerie pour pouvoir être capable de faire du judo un jour, mais le problème, c’est que le gouvernement et la Santé publique ne veulent même pas nous parler.»

Au Canada, le judo est déconfiné en Alberta et c’est pourquoi des membres de l’équipe nationale y séjournent pour s’entraîner. De plus, l’entraînement dans une bulle à deux est permis au Manitoba et en Nouvelle-Écosse.

Président Judo Québec, Patrick Kearney, qui est ici accompagné de Pierre Richer de l’Académie de judo de Chicoutimi, propose la mise en place de bulle d’entraînement à quatre, voire à deux partenaires qui seraient toujours les mêmes. Ce serait déjà mieux que juste de l’entraînement sans contact.

Patrick Kearney ne comprend pas les réticences de la Santé publique et il avoue que la lecture d’un article publié dans La Presse le 24 juillet à l’effet que «la Santé publique ne voit aucun motif qui justifierait la fermeture des saunas et bars échangistes» a été la goutte qui a fait déborder le vase et qui l’a incité à faire une tournée médiatique.

«Va falloir que quelqu’un m’explique. Il y aurait plus de risque au judo que dans un club échangiste?», fulmine-t-il. Tout ce qu’il souhaite, c’est que la Santé publique leur donne la chance de vraiment plaider leur cause. «On ne demande même pas une compétition. On veut juste maintenir nos athlètes qui sont déjà actifs. Sinon, ce sera dramatique; les jeunes vont décrocher.»

Pression locale

S’il le faut, Judo Québec incitera ses clubs à mettre de la pression sur leur député. D’ailleurs, il est prêt à profiter de son séjour dans la région pour rencontrer la ministre régionale Andrée Laforest dans l’espoir qu’elle puisse les aider à se faire écouter.

La région compte plusieurs clubs qui produisent d’excellents athlètes. On retrouve le centre régional à Jonquière et des clubs à La Baie, Chicoutimi, Laterrière, Alma et Dolbeau-Mistassini.

Parmi les fleurons de la région, on retrouve l’olympien Antoine Bouchard et de beaux espoirs comme François Gauthier-Drapeau, Arno Blacquière, Amélie Grenier et Simon Paquet. À cela s’ajoutent les jeunes retraitées Marie Besson et Stéfanie Tremblay.

«Jonquière est un centre régional d’entraînement. [Le directeur technique] Roger Tremblay est menotté. Il est découragé de tout cela. On peut bien s’entraîner dans un carré et faire des mouvements, mais on ne peut pas maintenir l’intérêt des athlètes ben ben longtemps avec ça. Et là je parle pour ceux qui sont déjà actifs en judo. L’impact négatif sera majeur, car on n’est pas hyper attirant pour des familles qui ont deux enfants de 7 et 9 ans qui vont commencer le judo cette année», fait valoir celui qui a grandi à Dolbeau-Mistassini et dont le père est natif d’Arvida.

«J’ai des parents qui m’appellent parce que leurs jeunes sont en détresse. On ne peut pas demander de fermer notre sport pendant un an ou deux jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin disponible. Il n’y a pas un sport qui résisterait», a-t-il conclu.