Hervé Tremblay et les frères Jacques et Benoit Gobeil ont connu beaucoup de succès avec les performances de Lady Marmelade, une Coccinelle modifiée.
Hervé Tremblay et les frères Jacques et Benoit Gobeil ont connu beaucoup de succès avec les performances de Lady Marmelade, une Coccinelle modifiée.

J’ai perdu un frère! – Hervé Tremblay, chamboulé par le décès de Jacques Gobeil

Johanne Saint-Pierre
Johanne Saint-Pierre
Le Quotidien
Vers la fin des années 70 et début 80, Jacques Gobeil, son frère Benoit et Hervé Tremblay ont formé un trio d’enfer sur les pistes de course du Québec et des États-Unis avec la Lady Marmelade, une Coccinelle modifiée avec laquelle ils ont remporté de nombreuses épreuves de vitesse.

Joint lundi soir, Hervé Tremblay était encore chamboulé après avoir appris la perte de son ami Jacques Gobeil dans un accident d’avion, dimanche. « J’ai perdu un gros morceau de mon histoire de cette époque de courses, a confié M. Tremblay à l’autre bout du fil. Benoit et moi, on a beaucoup parlé au téléphone aujourd’hui (lundi). J’ai perdu un frère et c’était quelqu’un de très bien. Vraiment une personne exceptionnelle ! »

Hervé Tremblay, qui était bien connu pour son garage, Hautaux Performance, à Saint-Fulgence (Valin) et sa spécialité à réparer les Volkswagen, avait en effet ramené une Coccinelle de son séjour en Ontario qu’il a modifiée pour en faire « une vraie bête de drag ».

« Il y avait très peu de gens qui avaient le feu sacré. Benoit et Jacques étaient venus à mon garage. Au début, ils me trouvaient fou, mais ils ont changé de religion, rigole-t-il. Ils ont délaissé les voitures hot américaines pour s’en venir avec moi. Au début, ils ne me croyaient pas, mais quand ils ont vu mes temps sur les quarts de mile, ils ont voulu s’associer avec moi. Benoit et Jacques, ç’a été presque les frères que je n’ai pas eus », affirme-t-il, ému d’avoir perdu l’un de ses vieux complices.

Tous trois partageaient une passion pour la mécanique. Jacques et Benoit étaient des patenteux et des perfectionnistes qui aimaient les moteurs et la construction de véhicules. Ils avaient même fabriqué une motoneige, la Ski-Ben. La rencontre avec Hervé Tremblay a réuni des passionnés.

Dans le programme du Super Bug-In provincial tenu en mai 1980 sur le stationnement du Centre Georges-Vézina, on retrouvait une photo du trio composée de Jacques Gobeil, Hervé Tremblay (au centre) et Benoit Gobeil. L’événement était organisée par SautHaut-Rama et Jacques Gobeil en faisait partie.

« Je conduisais au début et c’est Benoit qui a pris la relève. Je faisais la mécanique et Jacques était notre aiguilleur. Il s’occupait des dates, il travaillait sur la carrosserie, il était un pro de la peinture et de la finition. Benoit m’assistait pour la fabrication de pièces sophistiquées que je faisais venir de l’extérieur », relate-t-il.

« On est devenu inséparables. Ç’a tellement été des moments plaisants et intenses. On est allé en Californie ensemble pour rencontrer celui qui était détenteur du record du monde, Gene Berg. Ç’a été une période magnifique et c’est pourquoi j’ai mal dormi (dimanche soir). Parce que c’était comme un film rapide qui s’est mis (à défiler) dans ma tête et je revoyais tous les bons moments qu’on a passés ensemble. Jacques Gobeil était un super pilote. J’ai volé avec lui et c’était un instructeur de premier ordre. »

De fait, Jacques Gobeil a fait partie des neuf premiers apprentis-pilotes à avoir réussi leur premier vol en solo à l’aéroclub Volair en mai 1965.

De Chicoutimi à la Californie

La Lady Marmelade d’Hervé Tremblay avait reçu la sanction de la NHRA (National Hot Rod Association) et le trio en a parcouru, des kilomètres, pour participer à des courses. Ce fut « un six ou sept ans intenses » durant lesquels le trio bien connu se retrouvait sur toutes les pistes d’accélération de la province. Leur réputation les précédait et ils avaient gagné le respect des autres coureurs, suffisamment pour se mesurer à l’élite.

Mais c’est tout de même avec stupéfaction que lorsqu’ils se sont rendus aux bureaux de Gene Berg, dans l’Orange County en Californie, ils ont vu que l’épouse de M. Berg avait des photos d’eux parues dans le Progrès-Dimanche de l’époque.

« On était sans voix. C’était une voiture hors norme. Ç’a marqué une époque. Gene Berg nous avait dit qu’il nous suivait parce que nous étions à quelques centièmes de secondes de (son record). On était à quelques centièmes de seconde d’un nouveau record et on ne le savait pas ! On suivait l’élite sans le savoir ! », s’esclaffe Hervé Tremblay en se remémorant ces beaux moments.

Gene Berg les avait invités à venir s’installer en Californie pour profiter de conditions beaucoup plus favorables. « L’été, ici, c’est huit fins de semaine et elles ne sont pas toutes belles ! On a passé 12 ou 15 jours chez Gene Berg, qui est décédé depuis. (...) From Chicoutimi to Californie ! Ç’a été une belle école de vie et Benoit, Jacques et moi, on l’a vécu intensément », souligne M. Tremblay, qui vit maintenant à Thetford Mines avec sa chère Rosie Girard et son fils, qui a hérité de sa passion pour la mécanique, les voitures qui ont de l’histoire et de la race.