François Lafortune avaenit fait des pieds et des mains pour faire en sorte que le grand Emil Zátopek soit présent au brunch-bénéfice du Marathon de la Francophonie, en mai 1985.
François Lafortune avaenit fait des pieds et des mains pour faire en sorte que le grand Emil Zátopek soit présent au brunch-bénéfice du Marathon de la Francophonie, en mai 1985.

Il y a 35 ans, Chicoutimi accueillait Emil Zátopek et Alain Mimoun

Il y a 35 ans, Chicoutimi accueillait deux légendes de l’athlétisme dans le cadre d’un brunch-bénéfice tenu au profit du Marathon de la Francophonie, en présence des Olympiens Emil Zátopek, surnommé la « locomotive humaine », et son éternel rival Alain Mimoun.

Féru d’athlétisme et de Jeux olympiques, François Lafortune a rappelé ce fabuleux moment historique sur sa page Facebook, en fin de semaine. Un coup de maître que la venue de ces « princes de l’athlétisme international des années 50 », comme l’avait écrit Denis Bouchard, journaliste sportif à l’époque, auquel François Lafortune, alors chef des nouvelles à la station radiophonique CJMT, n’était pas étranger.

En effet, l’organisation du Marathon de la Francophonie avait réussi à s’assurer de la présence du Français Alain Mimoun, qui avait toujours été devancé par Zátopek, sauf lors de la dernière course entre les deux hommes, au Marathon des Jeux olympiques de 1956 à Melbourne, où Mimoun avait remporté l’or, Zátopek finissant 5e. Mais on apprendra par la suite que l’humble Tchèque venait d’être opéré pour une hernie.

Pour François Lafortune, il était inconcevable que la « locomotive humaine » ne soit pas présent. Après tout, Zátopek était « la gloire mondiale de l’athlétisme, l’icône de la Tchécoslovaquie, le plus grand Olympien de l’histoire tous sports confondus. Emil Zátopek est à la planète olympique ce que Maurice Richard représente pour le Québec... à la puissance dix. Pour des raisons autant sportives, éthiques, sociales que politiques. Car, non seulement avait-il des records encore inégalés à ce jour : 3 médailles d’or aux mêmes Jeux (Helsinki en 1952) aux 5000 m, 10 000 m et au Marathon, le premier marathon de sa vie », avait rappelé le journaliste dans un texte rédigé en avril 2009. Zátopek est d’ailleurs resté invaincu sur 10 000 m de 1948 à 1954.

Mais en 1985, la Tchécoslovaquie était toujours communiste », rappelle François Lafortune, et il ne reste que cinq semaines avant la tenue du brunch-bénéfice. Le journaliste saguenéen entreprend alors son propre marathon et appelle ses contacts, politiciens et autres. Les conservateurs avaient pris le pouvoir un an plus tôt et comptaient en leurs rangs le ministre des Sports du Canada, Otto Jelinek, ancien champion du monde de patinage artistique en couple, natif de Tchécoslovaquie. Par chance, ce dernier partait pour Prague la semaine suivante pour assister aux Championnats du monde de hockey sur glace.

François Lafortune rédige donc une demande auprès de Zátopek et demande au député conservateur de Chicoutimi, André́ Harvey, de remettre cette lettre à son collègue ministre, Otto Jelinek, en insistant sur le fait qu’elle devait être remise en main propre à Emil Zátopek à Prague.

Entre-temps, François Lafortune obtient l’aval de l’organisation du Marathon de la Francophonie pour accueillir Zátopek en même temps que Mimoun pour le brunch.

La démarche prend de l’ampleur et le responsable des affaires protocolaires au gouvernement du Québec de l’époque, Paul Ohl, (devenu écrivain) l’assure de sa collaboration. Deux semaines avant le grand jour, François Lafortune reçoit la confirmation du consulattTchèque à Montréal que Zátopek atterrira à Montréal et qu’il pourra participer au fameux brunch-bénéfice.

L’aventure n’était pas terminée et il y a eu encore bien de l’action, mais disons que le dimanche, devant des centaines de convives, François Lafortune a pu rendre justice, avec satisfaction, à celui qui était à la fois un grand athlète et un humaniste, comme il l’a souligné dans sa présentation : «Mesdames et messieurs, le grand Emil Zátopek... celui qui a traversé les époques. Accumulé les records, mais qui a surtout multiplié les amitiés, allant jusqu’à donner l’une de ses 3 médailles d’or, chèrement gagnées à Helsinki, à un athlète qui, à ses yeux, le méritait un jour où il l’avait vu courir.»