Jean-Philip Caron, entraîneur-chef des Jeannois, lors d’un entraînement de l’équipe, qui a eu lieu la semaine dernière.

Le pire est à venir

« On arrive à la croisée des chemins, lance l’entraîneur-chef de l’équipe de football des Gaillards du Cégep de Jonquière, François Laberge. Si la situation régionale ne change pas, ça va être impossible de faire survivre trois programmes collégiaux dans la région. »

Selon François Laberge, le problème qui frappe Alma au sommet de la pyramide provient de la base du football régional : il n’y a plus assez de joueurs qui jouent au secondaire, ce qui fait en sorte que les joueurs de la relève sont peu nombreux. Dans ce contexte, aligner une équipe de près de 50 joueurs représente tout un défi.

« Il y a seulement trois équipes juvéniles qui jouent du football à 12 dans la région, explique François Laberge. Si j’inclus Sept-Îles, il y a aussi trois équipes de football juvéniles qui jouent à huit contre huit et il n’y a pas de ligue de printemps. Donc, je ne suis pas un génie en mathématique, mais on peut voir immédiatement que ça ne peut pas fonctionner pour alimenter trois équipes avec ce bassin ».

La perte de plusieurs programmes de football de calibre juvénile au Québec, dans les dernières années, jumelée à une hausse de 16 équipes en moins de 20 ans au football collégial québécois pose un sérieux problème, selon l’entraîneur.

Manque de diversité 

Il observe que le football est moins populaire chez les jeunes dans la dernière année. François Laberge insiste sur le manque de diversité dans le champ sportif québécois.

« Plusieurs jeunes jouent au hockey à l’année, déplore François Laberge. En plus de finir par s’écoeurer, ils ne développent pas d’aptitude pour d’autres sports. Dans le temps, il n’y avait pas autant de camps de hockey à l’année. Le jeune pouvait découvrir d’autres sports et finir, éventuellement par se spécialiser ensuite dans une discipline. »

L’entraîneur des Gaillards juge que les trois programmes de la région n’ont pas encore affronté le pire de la tempête. Il ne s’agirait que de la pointe de l’iceberg.

« Cette année bouleverse les données, car c’est une assez bonne année en terme de recrutement, relate-t-il. Mais quand je regarde l’an prochain, ça s’annonce très difficile. Il y a moins de jeunes qui pratiquent le football et ça va paraître très bientôt au sein des équipes ». 

Nicolas menachi

Pour sa part, l’entraîneur des Couguars du Cégep de Chicoutimi, Nicolas Menachi, croit qu’il est temps qu’Alma se redresse pour la sécurité des joueurs.

« C’est certain que c’est préoccupant de voir ça dans la Ligue », a confié l’entraîneur-chef des Couguars.

« L’an dernier, j’ai vu des gestes de frustration de la part des joueurs des Jeannois. Ça arrive, parce que c’est "tough" physiquement un match de football et c’est certain qu’être surtaxé affecte le moral. Par contre, je tiens à leur lever mon chapeau. Ils se démènent constamment ! »

« De notre côté, on avait une douzaine de blessés, on jouait à 40 joueurs et on stressait en fin de saison. Je n’ose même pas imaginer comment ça peut être de leur côté. »

Point de vue d’un joueur

Le receveur William Langlais, un joueur de premier plan des Gaillards du Cégep de Jonquière, a raconté au Progrès pourquoi il a décidé de quitter Alma pour aller étudier en sciences humaines, à Jonquière, tandis qu’il avait joué avec les Lynx du Pavillon Wilbrod-Dufour et qu’il est natif d’Alma. Le manque de joueurs chez les Jeannois du Collège d’Alma a pesé fortement dans la balance, au moment de prendre sa décision.

Le joueur par excellence du Bol d’Or 2017, dans le camp de Jonquière, confie qu’il était hors de question pour lui de s’aligner avec l’équipe de football du Collège d’Alma. 

« Il n’a pas un joueur que je connais qui a envie de jouer des deux côtés du terrain (à l’attaque et en défensive). On ne se le cachera pas, le programme d’Alma est encore sur la pente descendante. Cela a un effet d’entraînement. C’est difficile pour eux de gagner dans ce contexte. Les joueurs des Lynx sont des gagnants, c’est pour ça que plusieurs quittent pour Jonquière », juge William Langlais, soulignant au passage que près d’une vingtaine d’anciens Lynx évolueront au Cégep de Jonquière en 2018.

Les Jeannois s’attaquent au problème en apportant plusieurs changements

La direction du Collège d’Alma a un plan pour remédier au manque de joueurs au sein de son équipe de football, une situation qui a un impact sur ses propres joueurs et sur les autres équipes. En 2017, les Jeannois ont dû annuler un match. 

Ce dernier événement a soulevé beaucoup de questions auprès des équipes du circuit parce qu’il influençait le classement général et aurait pu interférer sur la participation aux séries de fin de saison.

Conseillère à la vie étudiante et responsable des sports de l’établissement, Héléna Longpré mentionne que le programme vient d’embaucher Jean-François Doré, qui travaillera sur une base annuelle, étant aussi assigné à la même tâche pour l’équipe de hockey.

« C’est sûr qu’on a un plan. On a changé l’entraîneur-chef et la plupart des autres entraîneurs, explique-t-elle. On veut les mettre dans des conditions de réussite. Pour nous, on recommence à l’an 1 l’année prochain ». 

« On a fait des changements pour la pérennité du programme. On va de l’avant. [...] On veut évidemment grossir notre équipe, c’est la deuxième année qu’on va en Europe. On a développé un partenariat avec un centre de conditionnement physique. On veut devenir plus attirant ! On a une entente avec le Centre santé multi fitness et la Ville d’Alma travaille de près avec nous aussi. On est optimiste, on va la remplir notre équipe », promet Héléna Longpré.

Selon cette dernière, l’avenir passe également par un recrutement à l’extérieur de la région.

« Le bassin est de moins en moins grand, nous n’avons plus le choix ! »

Au sujet du taux de rétention difficile, puisque les Couguars du Cégep de Chicoutimi et les Gaillards du Cégep de Jonquière recrutent aussi au Lac-Saint-Jean, la responsable a, de son propre aveu, « pesé ses mots » à ce sujet qui semble visiblement sensible dans le camp des Jeannois. « On espère un meilleur taux de rétention. Les Lynx du Pavillon Wilbrod-Dufour sont chez eux, mais il y a des choses qu’on ne contrôle pas, comme la carte de programmes. On est un plus petit cégep et Chicoutimi et Jonquière ont de meilleures cartes de programmes pour le football. On veut grossir notre équipe et attirer les joueurs avec des victoires, laisse-t-elle savoir. On a eu beaucoup de blessures l’an passé et nos gars s’entraînent très fort. On les veut prêts et on veut qu’ils s’entraînent depuis plusieurs mois pour qu’on puisse connaître du succès. » Frédéric Marcoux