Le sacrifice de Jérémy

Des sacrifices, Jérémy Girard en a fait. Non pas dans l'espoir de poursuivre une carrière, mais bien pour que son jeune frère, Samuel, puisse rêver au hockey professionnel. Hier était toutefois un jour de récompense pour Jérémy, alors qu'il a joué son premier match avec les Élites de Jonquière, dont le meilleur marqueur est justement un certain Samuel Girard.
Les amateurs de hockey connaissent Samuel. Depuis son plus jeune âge, son talent est remarqué. Le défenseur de 15 ans sera repêché très tôt lors de la prochaine séance de sélection de la LHJMQ.
Jérémy, de deux ans son aîné, a vite constaté que le plus jeune a un talent particulier. «J'ai été invité au camp des Élites de Jonquière (midget AAA) lors des trois dernières saisons, mais je ne me suis jamais présenté. Vous savez, le hockey coûte cher. Je voyais que mon frère avait plus de potentiel, et que c'était impossible pour mes parents de payer trois ans pour moi, et pour mon frère ensuite. Je voulais leur laisser une chance. On a pris une décision. C'était correct, c'était pour que Samuel puisse le faire.» Sans exagérer, on peut prétendre qu'il en coûte un peu plus de 10 000$ par enfant pour une saison dans le midget AAA, avec pension.
La chance a toutefois tourné en faveur de Jérémy, hier, lorsque l'entraîneur-chef des Élites de Jonquière, Dany Fortin, lui a confirmé qu'il aura sa place avec les Élites jusqu'à la fin de la saison. Une demi-saison coûte déjà moins cher qu'une saison complète...
Jusque-là, Jérémy dominait le midget BB régional, avec 36 buts et 34 passes en 22 parties au sein du Marco's Pub de Saint-Félicien. Avec les Élites, le Robervalois occupera le poste laissé vacant par le rappel de Lucas Lajoie par les Cataractes de Shawinigan (LHJMQ).
Appel déterminant
Mardi dernier, Dany Fortin a changé le cours des choses en appelant la famille Girard. Ce n'était pas pour parler de Samuel, mais bien pour inviter Jérémy pour un essai de quelques jours. Hier, Samuel, Jérémy, leur frère aîné Christopher de même que leurs parents, Tony Girard et Guylaine Dion, ont vécu de grandes émotions. «J'étais à Alma mardi quand j'ai su ça, mais je suis monté à Roberval pour aller le chercher et le descendre à Jonquière pour la pratique du soir, explique Christopher. Il n'était pas question qu'il rate cette chance. Jérémy le mérite tellement. Peu importe ce dont il aura besoin, je lui ai dit que j'allais être là.»
«Je veux vraiment remercier nos parents et notre grand frère. Ils ont fait des sacrifices, souligne Jérémy. Ils sont vraiment fiers, aujourd'hui, mais ils ont travaillé pour cela.»
Atome BB
La dernière fois que les deux Girard avaient chaussé les patins pour la même équipe, ils jouaient dans l'atome BB pour les Sabres de Roberval. «Nous sommes comme des jumeaux sur la glace. On sait à quel endroit l'autre est, affirme Samuel. Mon frère est le ''king'' des mises au jeu. Il a aussi une bonne vision du jeu. Il a bien joué aujourd'hui (hier). Je suis content de lui.»
«L'entraîneur m'a fait confiance sur les mises au jeu et même en fin de match. J'étais bien content. C'est merveilleux, aujourd'hui (hier), ce qui se passe», a dit Jérémy, quelques instants avant de savoir qu'il est maintenant un membre à part entière de la formation.
«Jérémy s'est ''tassé'' parce qu'il savait que son frère Samuel avait peut-être un plus grand potentiel», explique leur mère, Guylaine Dion. «Maintenant, nous n'avons plus d'enfants à la maison. Ça fera bizarre. C'est émotif pour nous», confie leur père, sous l'oeil attentif du parrain de Jérémy, le maire de Roberval, Guy Larouche. Jérémy aura l'occasion de se faire valoir, assure Dany Fortin. «Il est mature et il connaît déjà bien plusieurs joueurs. Son intégration a été rapide. Il a beaucoup de talent, et honnêtement il aurait pu jouer dès l'an dernier avec nous. Il a des habiletés offensives et est consciencieux défensivement. On comprend par contre très bien que des choix familiaux ont dû être faits.»
Tony Girard et Guylaine Dion ont de quoi être fiers. La route a été parsemée d'embûches, mais leurs fils y sont parvenus. Parce que l'argent n'achète pas le bonheur... et encore moins le talent.