Mario Milani a pris la relève de l'entreprise familiale après le décès de son père, un choix qu'il ne regrette pas du tout. 
Mario Milani a pris la relève de l'entreprise familiale après le décès de son père, un choix qu'il ne regrette pas du tout. 

De hockeyeur à entrepreneur, Mario Milani n'a aucun regret

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
Le monde du sport est parfois cruel. Nombreux sont les jeunes qui rêvent de connaître un jour une grande carrière sportive, alors que si peu en auront la chance. Le Jonquiérois Mario Milani fait partie de ceux qui rêvaient à tout prix de porter un jour les couleurs du Canadien de Montréal. S’il n’a pas connu la carrière à laquelle il rêvait, il est aujourd’hui un entrepreneur accompli et avoue n’avoir aucun regret.

Comme bon nombre de Québécois, Mario Milani n’avait qu’une chose en tête : percer dans le monde du hockey. « Je voulais être un joueur de hockey. J’en mangeais. Je regardais ça avec mon père le samedi soir. On jouait dans la rue, le but en dessous d’un lampadaire. Nos mères nous criaient dessus pour qu’on rentre à la maison. C’était presque une religion. Je n’avais aucun autre but que de devenir un joueur de hockey professionnel », raconte celui qui a grandi sur la rue Talon, à Arvida.

Mario Milani a été un choix de 5e ronde du Canadien en 1986. 

Il a entamé son parcours au hockey mineur au Saguenay. À 15 ans, il est déménagé à Montréal pour évoluer pour le Montréal-Concordia dans la Ligue de hockey midget AAA du Québec. À l’époque, il n’y avait pas d’équipe de ce niveau dans les régions éloignées. Les Cascades du Saguenay–Lac-Saint-Jean, aujourd’hui les Élites de Jonquière, ont vu le jour qu’en 1987.

Repêché par le Canadien
Après deux saisons plus que respectables, au cours desquelles il récolte 97 points en 81 parties, Mario Milani fait le saut dans le junior majeur, avec les Canadiens junior de Verdun. Il connaît une excellente première saison, ce qui lui donne le droit de rêver d’être repêché dans la Ligue nationale de hockey, ce qui se produit le 21 juin 1986, au Forum de Montréal. Mario Milani est sélectionné en cinquième ronde par nul autre que le Canadien de Montréal.

Depuis une dizaine d'années, Mario Milani travaille avec son fils Jérémy. 

« C’était un rêve. Je me souviens : j’étais assis avec mon père et ma mère dans les estrades. Quand on a vu mon nom sur le grand écran en haut, on s’est levés et on criait. Je me suis rendu sur le parterre, j’ai mis mon chandail du Canadien, serré des mains et pris des photos. J’étais sur un nuage et c’était incroyable comme sensation. Ce sont des moments qu’on ne peut pas oublier. Ce sont des moments que j’ai vécus et qui m’appartiennent. Jamais je ne vais les oublier », se remémore-t-il.

Franchir la prochaine étape
Maintenant repêché, c’est à Mario Milani de faire ses preuves. Il est invité une première fois au camp des recrues du Tricolore. Il est ensuite renvoyé dans le junior pour parfaire ses habiletés. La même chose se produit l’année suivante. Ses deux dernières saisons dans la LHJMQ ne se déroulent pas comme il l’aurait souhaité.

« Ç’a été deux saisons difficiles pour notre équipe et pour moi aussi. J’ai eu quelques blessures et l’équipe était très jeune. Ça n’a pas été facile. Je cherchais toujours des moyens d’aider l’équipe, mais des fois, quand tu essaies trop, tu sors de ce que tu dois faire. Je me suis mis dans des situations où je me suis blessé. Ensuite, tu manques une semaine ou deux et tu prends du retard. On n’a pas fait les séries lors de ces deux années et j’avais le sentiment d’avoir échoué », explique celui qui avait le 99e choix de l’encan 1986.

Malheureusement, après deux camps des recrues et deux saisons difficiles, le grand club décide de ne pas lui offrir de contrat. « Plus ça avance, plus l’escalier est dur à monter. La dernière marche, elle est haute. C’est la plus dure à franchir. Il y a de plus en plus de candidats pour de moins en moins de postes. Un club de hockey, c’est comme une entreprise. On veut avoir tel joueur pour tel poste. Si ta chaise est déjà occupée, tu attends ton tour ou tu vas jouer ailleurs. En plus, dans ce temps-là, le Canadien avait tout un club. »

Mario Milani n’abandonne pas pour autant le rêve de vivre de son sport. Alors que les options commencent à se faire moins nombreuses, il reçoit une offre assez spéciale. « On m’avait mis en contact avec Federico Corneli. Il m’avait offert d’aller jouer pour une équipe en Italie. Comme mes parents sont Italiens, il croyait que j’avais ma citoyenneté italienne, mais je ne l’avais pas. Mes parents n’avaient pas fait les démarches pour l’avoir. En Italie, les équipes avaient le droit à deux joueurs internationaux seulement. C’était tombé à l’eau parce que je n’avais pas la double citoyenneté et le temps que je fasse les démarches, la fenêtre d’opportunité aurait été fermée », de relater Mario Milani.

Un choix décisif
Tout au long de son parcours de hockey, le jeune homme poursuit ses études, fortement encouragé dans cette voie par son père. Il a la chance de terminer son DEC à Montréal pendant sa dernière saison chez les juniors. Il décide alors de revenir dans sa région natale et de s’inscrire à l’université en administration, chose qui n’a pas été nécessairement facile au départ.

« Le premier automne, ç’a été difficile. J’étais assis dans la bibliothèque et je regardais dehors en me disant : “Mais qu’est-ce que je fais ici ? Je ne suis pas dans un camp d’entraînement“. Ç’a été un choc, mais j’ai rapidement fait une croix là-dessus. La vie continue. »


« J’étais assis avec mon père et ma mère dans les estrades. Quand on a vu mon nom sur le grand écran en haut, on s’est levés et on criait. Je me suis rendu sur le parterre, j’ai mis mon chandail du Canadien, serré des mains et pris des photos. J’étais sur un nuage et c’était incroyable comme sensation. Ce sont des moments qu’on ne peut pas oublier. Ce sont des moments que j’ai vécus et qui m’appartiennent. Jamais je ne vais les oublier. »
Mario Milani

Mario Milani termine 24 cours sur 30, puis le 25 mars 1992, un événement bouleverse la suite des choses, le décès de son père, Orfeo Milani. « J’ai eu un choix à faire. Je finis ma session ou je reprends la compagnie. Ma session, elle était déjà scrapée parce que j’étais toujours rendu à l’hôpital. La compagnie, c’était maintenant ou jamais. Je ne pouvais pas abandonner les clients de mon père et reprendre tout dans un an. J’ai donc choisi de reprendre la compagnie », raconte M. Milani, qui estime avec le recul qu’il a pris la bonne décision.

Dès qu’il en a eu l’âge, il travaillait avec son père dans l’entreprise de finition de béton, principalement durant la saison estivale, entre deux saisons de hockey. Pendant ses études, il y oeuvrait à temps partiel. « Ça faisait partie de mon camp d’entraînement. Le matin, je déchargeais le camion de béton ; l’après-midi, j’étais au gymnase. J’ai vu mon père faire ça toute sa vie. C’était naturel pour moi de reprendre la compagnie ; c’était dans mon ADN », annonce Mario Milani.

La relève assurée
Aujourd’hui, c’est au tour de son fils Jérémy de travailler aux côtés de son père, ce qu’il fait depuis une dizaine d’années déjà. Âgé de 26 ans, il est la relève de l’entreprise familiale. « Ç’a toujours été un petit gars manuel. Ça s’est fait naturellement. Je lui ai demandé s’il voulait venir travailler avec moi et il a dit oui. Il a commencé comme moi, les matins, et ainsi de suite. C’est un excellent finisseur de béton. Il m’a dépassé depuis une secousse. Il est méticuleux et je suis très fier de lui. Je pense que la relève est assurée avec lui. »

Aucun regret
Mario Milani n’aura peut-être pas fait carrière dans son sport, mais il ne changerait rien à son parcours. « Il ne faut pas avoir de regrets. J’ai aimé mon parcours. J’ai appris beaucoup et c’est ça qui a fait la personne que je suis aujourd’hui. Je n’ai vraiment aucun regret. Je n’ai que du positif à en tirer. Le destin m’a amené jusqu’ici et j’en suis reconnaissant. La compagnie va très bien et je suis heureux où je suis », conclut-il.