D’anciens joueurs de la LHJMQ se portent à la défense de la ligue

D’anciens joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) contre-attaquent. Quelque 93 d’entre eux ont cosigné une lettre qu’ils ont dévoilée vendredi afin de prendre la défense du circuit junior québécois, une réponse directe à une action collective intentée par deux autres anciens.

Cette action, qui cible du 29 octobre 2011 au 12 juin 2018 en raison des changements législatifs apportés lors des dernières années, a franchi une nouvelle étape il y a quelques jours quand un juge de la Cour supérieure a autorisé les démarches à se poursuivre, ce qui a causé toutes sortes de réactions dans les milieux sportifs et politiques. La réplique des anciens est arrivée vendredi, et le nombre de signataires devrait augmenter avec les différentes réponses sur les réseaux sociaux.

Quelques anciens joueurs des Sags font partie du groupe de signataires, dont Guillaume Asselin, Frédéric Allard, Francis Desrosiers et Frédéric Bouchard, tout comme le natif de Roberval Christophe Lalancette. « La lettre reflète vraiment ce que tous les anciens et joueurs actifs ressentent envers ce recours collectif », formule Guillaume Asselin, qui écorche au passage celui qui a été son coéquipier au cours de la saison 2012-2013 et l’un des deux instigateurs de la démarche judiciaire, Thomas Gobeil.

« Ça me dépasse de voir qu’un gars qui a joué pour les Saguenéens de Chicoutimi, où l’organisation mettait en place tout, mais je dis bien tout, pour qu’on ne sorte aucun argent de nos poches, ait le culot d’en venir contre non seulement cette organisation, mais contre la ligue au complet. La ligue n’est pas parfaite, mais c’est la meilleure ligue de développement pour un jeune de 16 à 20 ans dans le monde entier et non seulement point de vue hockey, mais aussi du point de vue humain. Tout était mis à notre disposition pour nous permettre de nous concentrer sur le hockey et, du même coup, nous aider à atteindre notre rêve de jouer au niveau professionnel », de souligner Guillaume Asselin, qui, avant de jouer professionnel, a passé quatre saisons avec les Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Une passion

Le défenseur Frédéric Allard s’est également empressé d’embarquer dans le mouvement de défense grosso modo pour les mêmes raisons. « J’ai décidé d’embarquer parce que pour moi, jouer junior majeur n’était pas une tâche, mais bien une passion. Personne ne m’a forcé à jouer junior. Je l’ai fait par moi-même comme tous les autres joueurs en sachant les pour et les contre de la ligue. Je remercie les Sags pour mes quatre belles années de hockey et j’aurais refait ces quatre années gratuitement ! Le junior majeur est une école de vie comme nulle autre au monde. Études, repas, équipements, famille de pension et entraîneurs passionnés sans aucuns frais, ça n’a juste pas de prix. Je n’accepterai jamais aucun argent de plus de la part des Sags, car ils ont mis tous les efforts nécessaires autant sur la patinoire qu’en dehors pour que je ne manque de rien. C’est une ligue exemplaire que tous les joueurs souhaitent jouer. Le hockey est une passion et si tu veux jouer junior pour faire de l’argent, tu n’es pas à la bonne place. Je l’ai fait par pure passion et j’espère que cela va rester pour les prochains joueurs. J’aimerais remercier les Sags qui m’ont fait grandir et devenir l’étudiant-athlète que je suis maintenant », de faire valoir le défenseur de 21 ans, qui vient de compléter sa deuxième saison avec les Admirals de Milwaukee dans la Ligue américaine.

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LA LETTRE INTÉGRALE

« À la suite de l’action collective intentée contre la Ligue de hockey junior majeur du Québec en ce qui a trait au statut des joueurs, les réactions se sont propagées rapidement chez les anciens hockeyeurs de cette ligue. Plusieurs ont exprimé le désir de partager leur vision sur leurs expériences vécues au sein de cette ligue, réputée pour développer d’excellents joueurs de hockey, mais également d’excellents citoyens. Cette lettre n’a donc aucune portée ou intention légale, mais nous sentions le besoin de partager notre point de vue. Avant de poursuivre votre lecture, veuillez prendre note que cette lettre a été endossée et signée par 93 joueurs ayant joué dans la LHJMQ de 1995 à 2019.

 Chaque année, la LHJMQ offre la chance à plus de 400 hockeyeurs élites l’opportunité de pratiquer leur sport dans une ligue de haut niveau devant des milliers de partisans, soir après soir. Les jeunes poursuivent leur rêve de jouer au hockey à un niveau professionnel, tout en voyageant à travers le Québec et les Maritimes. Ils sont encadrés par des entraîneurs passionnés, des équipes médicales compétentes, des conseillers pédagogiques qui ont à coeur leur réussite scolaire et sont accueillis par de généreuses familles de pension. Tous les coûts des voyages, de l’équipement, de l’hébergement et des cours et matériel scolaire sont défrayés par les équipes et à cela s’ajoute une modeste allocation hebdomadaire. 

Cela se résume donc à une expérience sportive unique qui permet à plusieurs adolescents de grandir comme athlète, mais surtout comme individu alors qu’ils en ressortent jeunes hommes prêts à affronter l’adversité de la vie adulte.

La fraternité qui peut se développer dans une équipe de hockey junior, que ce soit sur la glace, dans le vestiaire, à l’hôtel ou lors de longs voyages en autobus, est omniprésente pour les joueurs alors qu’ils sont amenés à côtoyer des athlètes venant de partout au Québec, des provinces maritimes, des États-Unis et de l’Europe. Cela leur permet d’apprendre l’anglais, la langue des affaires, tout en développant un réseau de contacts et des liens d’amitié bien au-delà du hockey et des frontières du Québec.

Tout est également mis en oeuvre pour que les étudiants-athlètes poursuivent et réussissent leurs études pendant leurs années de hockey junior. Bien sûr, cela nécessite d’abord et avant tout de la discipline, de l’engagement et une forte volonté de la part des joueurs. Les horaires sont exigeants et atypiques. Les équipes ont donc souvent recours à l’école à distance et à des arrangements spéciaux via des tuteurs lorsque le besoin s’en fait sentir. Évidemment, ce système demeure perfectible, mais l’essentiel est qu’il donne l’opportunité à un joueur qui le souhaite vraiment d’aller de l’avant dans son cheminement scolaire.

À la fin du stage junior, la LHJMQ soutient ses anciens joueurs en donnant accès à des bourses qui leur permettent de continuer leurs études à un niveau supérieur. Ces bourses permettent d’avoir l’esprit plus tranquille sur le plan financier pendant les études et nous pouvons vous confirmer qu’elles ont été grandement appréciées par beaucoup d’entre nous n’ayant pas réussi à percer dans le hockey professionnel. De plus, avoir la chance d’inscrire notre stage junior dans notre CV a aidé bon nombre d’entre nous à obtenir notre premier emploi, que ce soit à travers notre réseau de contacts créé au fil des ans ou par l’expérience acquise au sein de la LHJMQ, reconnue favorablement par de nombreux employeurs.

En conclusion, nous croyons fermement que les dollars additionnels que nous aurions pu toucher via un salaire minimum sont futiles en comparaison aux expériences et au bagage que nous avons pu acquérir dans la LHJMQ. La poursuite intentée contre la ligue pourrait empêcher les futures générations de hockeyeurs de prendre part à cette véritable école de la vie. Faites l’exercice, demandez à d’anciens joueurs s’ils seraient prêts à revivre leurs années de hockey junior avec les mêmes conditions, il est fort à parier que la réponse serait : « Oui, ce fut les plus belles années de ma vie ».