Les Saguenéens ont disputé leur dernier match mercredi dernier et depuis, toutes les ligues de sport, dont la Ligue de hockey junior majeur du Québec, ont suspendu leurs activités pour une période indéterminée.

Couvrir du sport sans sport

CHRONIQUE / Pas plus tard que mercredi soir dernier, j’étais sur la galerie de presse du centre Georges-Vézina pour le duel entre les Saguenéens et le Drakkar. Il semble s’être passé une éternité en sept jours, depuis cette soirée, ma dernière à vraiment couvrir du sport. C’est fou comment les choses ont changé à une vitesse exponentielle durant la dernière semaine, ce qui a laissé place à un grand vide.

Lors de cette fameuse soirée, la NBA avait annoncé qu’un joueur était atteint du coronavirus et que la saison était interrompue pour une durée indéterminée, ce qui a déclenché une partie de dominos dont on se serait bien passé. Le lendemain, c’était inévitable, à peu près toutes les ligues en Amérique du Nord ont fait la même chose, dont celle pour laquelle je suis principalement les activités par l’entremise des Saguenéens de Chicoutimi, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). J’étais quand même allé faire un tour à l’entraînement de la formation chicoutimienne en matinée, mais il était évident que ce n’était qu’une question d’heures avant que tout soit stoppé, ce qui s’est confirmé en fin d’après-midi, peu après la Ligue nationale de hockey (LNH).

Je travaille au journal Le Quotidien depuis bientôt une vingtaine d’années et, depuis mes débuts, je n’ai jamais été bien loin de la section des sports à laquelle je suis attitré à temps plein depuis dix ans. Il y a quelques jours, après un petit voyage à Las Vegas pour refaire les forces, je me préparais tranquillement, mais sûrement à vivre toute la frénésie des séries éliminatoires avec les Saguenéens, ce qui devait m’occuper pour plusieurs semaines, possiblement jusqu’à la fin mai dans le scénario le plus optimiste avec une participation au tournoi de la coupe Memorial. Au lieu de ça, je me demande bien humblement ce qui va m’occuper professionnellement d’ici la fin de la crise qui devrait durer encore un bon moment. Il me semble bien loin ce temps où je m’informais de l’état de santé de Dawson Mercer et d’Hendrix Lapierre ou des combinaisons à l’attaque...

Depuis jeudi dernier, je n’ai pas écrit une seule ligne sur autre chose que la crise de la COVID-19 et l’annulation d’événements sportifs qui l’accompagne. En bref, depuis quelques jours, je suis journaliste à la section des sports... sans sport. Ça fait quoi un journaliste sportif sans pouvoir couvrir de sport? Bien malin qui peut répondre à ce questionnement qui reste bien futile quand on remet les choses dans leur contexte. Je ne suis que le journaliste. Les athlètes eux ne peuvent même plus pratiquer leur sport et ont même de la difficulté à s’entraîner.

C’est tout un casse-tête pour les diffuseurs comme le Réseau des Sports ou TVA Sports qui doivent se contenter de vieilles rencontres, mais aussi pour tous ceux qui suivent une équipe au quotidien. Tous mes collègues vivent la même chose, qu’ils travaillent à la couverture d’une équipe locale ou nationale et même internationale. La question à 1000 $ est maintenant de savoir quand nous pourrons recommencer à faire notre travail régulier, bien impuissants devant toute la situation actuelle. On préférerait tous en ce moment questionner un entraîneur après une défaite que de ne parler que de ce qui est annulé ou plus que jamais compromis, comme les séries dans la LHJMQ.

Oui, le sport est bien secondaire dans une période comme celle qu’on vit présentement, mais on dit quand même souvent qu’en période difficile, le sport sert d’exutoire et permet de se changer les idées. Disons qu’on ne peut pas vraiment compter là-dessus présentement. Il ne reste que le marché des agents libres dans la NFL qui peut contenter certains, mais ça reste quand même loin de l’intensité d’un match des séries de la coupe Stanley.

La manière la plus efficace de ravoir du sport dans un avenir rapproché demeure pour le moment de suivre à la lettre les directives des dirigeants de la santé publique, dont celle de ne pas sortir inutilement. Ça tombe bien, je commence à me plaire en télétravail!