Chiffrer sa forme physique

CHRONIQUE / Ça fait six ans que le Laboratoire d’analyse en physiologie sportive (LAPS) existe dans les murs du Collège d’Alma, mais la première fois que j’en ai entendu parler, c’était il y a quelques semaines, lorsque j’ai vu Léandre Bouchard se soumettre à différents tests pour « déterminer les paramètres physiologiques avant les camps d’entraînement hivernaux », tel que décrit sur la page Facebook du LAPS.

Dans un court extrait vidéo, on voyait Léandre, athlète en vélo de montagne qui se frotte à l’élite mondiale depuis plusieurs années et qui a participé à ses premiers jeux olympiques à l’été 2016, souffrir lors du test 3MT (ou trois minutes all-out). Il devait alors tout donner pendant trois minutes, avec une résistance précise, sur son vélo de route lié à un rouleau d’entraînement.

Je me suis dit que je n’étais sûrement pas le seul à en connaître très peu sur ce laboratoire pour athlètes et que l’occasion était belle pour creuser le sujet. Quelques correspondances plus tard, le rendez-vous était pris avec Gilles Nédélec, enseignant en biologie au Collège d’Alma et grand manitou du LAPS.

En plus de vouloir en apprendre plus sur cette expertise, je me suis proposé comme cobaye pour un des tests physiques. Il a gentiment accepté et il a choisi le test de puissance aérobie maximale (PAM) avec mesure du métabolisme à l’effort par mesure des gaz respiratoires (VO2max). Il « consiste en un effort maximal (ça fait mal !) par paliers incrémentés sur ergomètre calibré avec capteur de puissance », m’a écrit Gilles Nédélec, mot pour mot.

Écrit de cette façon, ça faisait peur un peu ! Mais j’étais partant à 100 miles à l’heure et la semaine dernière, j’étais au LAPS, prêt à souffrir.

Je dois dire que M. Nédélec a été fort aimable et hyper accueillant. « Le principe est relativement simple : tu vas faire un effort maximal, tu vas pédaler », a-t-il laissé tomber en souriant.

Le principe était effectivement simple, mais assez éreintant physiquement. Durant le test, je portais un masque pour mesurer ma consommation d’oxygène et ma production de dioxyde de carbone (CO2). J’avais aussi un pince-nez, donc ma seule prise d’air se faisait par le masque. Un peu paniquant au départ, mais on s’y fait.

Après un ajustement digne d’un pro, Gilles Nédélec m’a demandé de maintenir une cadence 90 tours par minute (rpm). Le test commence avec une résistance de 140 watts et l’ordinateur est programmé pour augmenter la résistance de 30 watts, toutes les trois minutes.

Les premiers paliers sont faisables, mais ça se corse considérablement lorsque la résistance atteint plus de 200 watts. J’ai réussi à me rendre à la 18e minute, avec une résistance de 290 watts. C’est à ce moment qu’on passait à 320 watts, ce qui était trop demandé.

Avec les calculs, mon guide me dit que j’ai un VO2 max de 55, avec une puissance aérobie maximale (PAM) de 4,1 watts/kg. J’ai aussi atteint une fréquence cardiaque maximale de 208 battements par minute, ce que je trouve un peu intense.

Ces chiffres ne vous disent rien ? Honnêtement, ça n’a pas une immense signification pour moi non plus, mais ces données ont une grande valeur pour les entraîneurs qui cherchent à développer leurs athlètes et à aller chercher le maximum de leurs capacités.

Je suis épuisé après mes 18 minutes d’efforts, mais je lance à mon guide que j’allais sûrement regretter de ne pas avoir pu résister un peu plus longtemps.

« Avec les données que j’avais devant moi, tu n’aurais pas été capable. Je savais que tu étais décompté », illustre le boss du LAPS.

Mes statistiques sont plutôt respectables et à une période de l’année où le vélo accumule davantage de poussière que de kilomètres, les données enregistrées pourraient servir de plancher vers une potentielle progression en se basant sur un programme d’entraînement précis.

Gilles Nédélec a vu passer de très bons athlètes dans son laboratoire, dont Léandre Bouchard. Les chiffres de l’Almatois sont confidentiels, mais l’enseignant a dû se questionner la première fois qu’il a accueilli l’olympien. « Je pensais que mon système était mal calibré », a raconté M. Nédélec, qui en a profité pour mettre fin à mon rêve olympique.

« Tu as un bon profil physiologique, mais je dois te dire de ne pas penser à aller aux Olympiques », a-t-il lancé en riant.

Bref, je vais continuer de suer sur nos routes québécoises en jalousant les statistiques confidentielles de Léandre Bouchard.