Le villégiateur du fjord reçoit les touristes français qui découvrent le village de glace sur le Saguenay. Et il est bien équipé avec son VTT!

Villégiateur du fjord

CHRONIQUE / Je suis allé à la rencontre de Rock Lessard sur les glaces de La Baie à l’Anse-à-Benjamin, jeudi. Sans m’annoncer, avec une température au mercure de moins 24 degrés Celcius, je me suis présenté sur la rue de l’Éperlan pour voir si le mordu de pêche était dans sa cabane.

Rock Lessard est l’un des trois « crinqués » qui se sont présentés quatre jours à l’avance devant le Pavillon des croisières, à la mi-novembre, pour être l’un des premiers à choisir son emplacement de cabane à pêche, la meilleure place selon lui pour pêcher l’éperlan. J’avais mes grosses bottes, mon chapeau de poil et mes mitaines, prêt à affronter l’hiver glacial pour le retrouver dans cette rue du village de glace.

À mon deuxième arrêt, un homme, en train de réchauffer le moteur de son quatre roues, pointe du doigt vers une petite cabane verte, m’indiquant où je pouvais trouver Rock Lessard. Fidèle au poste, notre maniaque de pêche blanche était dans sa cabane, rue de l’Éperlan, dans un secteur peu fréquenté en milieu de semaine.

Il m’a invité à partager son petit espace de 4 X 8 pour jaser un peu et faire du social, comme il dit. « Ça fait trois ans que j’embarque le premier. Cette année, c’est parfait, la pêche est excellente, on a déjà plusieurs quotas de capturés », lance d’entrée de jeu le pêcheur, tout en activant sa canne à pêche.

Notre homme s’est installé sur les glaces pour les 58 jours que dure la saison de pêche au poisson de fond. Il a choisi de faire de la villégiature sur les glaces du fjord pour une partie de l’hiver, un endroit de rêve pour ceux qui aiment ce qui sort de l’ordinaire. « J’ai deux cabanes d‘installées ici à l’Anse-à-Benjamin ; une petite sur le bord pour l’éperlan et une plus grande, au large, pour le poisson de fond. Je passe mes nuits dans ma cabane au large, je suis bien installé dans une roulotte avec le chauffage, un réfrigérateur, une cuisinière au gaz et la télévision », détaille le Jonquiérois.

Il faut l’avouer, c’est un site de villégiature assez exceptionnel situé au coeur de la baie des Ha ! Ha ! , face à la montagne du cap à l’est et offrant une vue sur le fjord du Saguenay. « On est chanceux d’avoir ça dans notre cour. C’est magnifique comme décor et comme activité. J’ai acheté ma carte à 25 $ au Centre multisport de La Baie pour prendre ma douche et pour le reste, j’ai tout ce qu’il me faut », témoigne le pêcheur.

Rock Lessard est un véritable passionné et ses installations sont réglées à la perfection. Chauffage au propane, génératrice pour charger les batteries destinées à l’éclairage, de la nourriture pour la semaine, il ne manque de rien. « Ici dans ma petite cabane, ça me coûte 18,30 $ par trois jours pour le propane et dans ma grande cabane au large, j’ai une bonbonne de 100 livres à 65 $ qui me donne du chauffage pour neuf jours », m’explique le pêcheur.

Il passe la semaine tout seul dans ses deux cabanes, recevant parfois la visite de la parenté ou d’amis qui viennent profiter de ses installations. « Ma femme vient me trouver les fins de semaine. Elle me prépare des plats congelés que je fais chauffer dans ma cabane durant la semaine », confie celui qu’on pourrait qualifier de villégiateur du fjord.

Pour Rock Lessard, les glaces de la baie, ça devient un mode de vie pour les 58 jours que dure la saison de pêche. Il vit sur les glaces comme un campeur l’été sur un terrain de camping. Il a sa camionnette à côté de sa cabane à pêche et peut se rendre en ville quand il veut pour fait le plein de propane ou acheter des équipements. 

« Dans les prochains jours, mes chums qui ont des grosses cabanes vont commencer à embarquer, la glace est assez épaisse pour ça. Ça va mettre un peu plus de vie, ça va nous donner la chance de faire un peu de social », commente le villégiateur du fjord.

Fauteuil confortable et télévision sur les glaces du fjord, Rock Lessard est loin d’être malheureux.

Un p’tit café avec Rock et Lise

Après avoir capturé quelques éperlans, Rock Lessard m’offre de venir visiter sa grosse cabane au large. Il m’invite à bord de sa camionnette pour le large en roulant sur la glace face à l’hôpital de La Baie en direction du fjord. Le décor est de toute beauté et tranquille en ce jour de semaine.

Sur le hublot de sa roulotte, il y a une inscription disant : « Un p’tit café avec Rock et Lise... ». « Les Français aiment bien ça. Quand ils voient l’affiche, ils s’avancent un peu et je les invite à l’intérieur et là, ils se mettent à poser des questions et se disent bien impressionnés par la petite cabane au Canada », raconte le résident du fjord.

Rock Lessard fait partie de ces gens de la région qui alimente notre réputation de gens recevants. Il accueille les touristes dans sa petite cabane et leur raconte des histoires. Il y a quelques crinqués comme lui sur les glaces du fjord, un autre genre de « snowbirds » qui passe l’hiver sur le fjord au lieu de passer l’hiver en Floride.