Le site du Club de pêche Alcan est considéré comme une forêt exceptionnelle avec ses arbres centenaires. Les bâtiments profiteront d’un investissement de plus de 500 000 $ en deux ans pour la mise à niveau de la part du nouveau propriétaire.

Une entente à renégocier sur la Sainte-Marguerite

CHRONIQUE / La vente du Club de pêche Alcan sur les rives de la rivière Sainte-Marguerite, à Sacré-Coeur, représente une occasion inespérée pour la Zec Sainte-Marguerite de renégocier une nouvelle entente de pêche au saumon avec le nouveau propriétaire Denis Dupuis, du Groupe Arrimage Québec, qui a aussi des intérêts à Saguenay.

« Notre but c’est de faire de cet endroit la plus belle pourvoirie de pêche au saumon dans l’est de l’Amérique. Tout le personnel sur place restera à notre emploi et j’ai l’intention de maintenir la même entente avec la zec pour ce qui est des droits de pêche », a fait valoir Denis Dupuis lors d’une conversation téléphonique vendredi en fin d’après-midi.

« C’est un magnifique endroit, ma famille est très heureuse de cette acquisition et nous avons l’intention d’offrir des forfaits de pêche à toute la population, pas seulement à des clients de compagnie. Nous avons également l’intention d’investir un demi-million de dollars dans les deux prochaines années pour la mise à niveau des installations », a fait savoir le nouveau propriétaire du Club de pêche. Les amateurs peuvent s’attendre à débourser de 1200 $ à 1300 $ par personne par jour pour des forfaits de pêche en plans américains avec guide.

Discussions avec la zec

La directrice générale de la Zec Sainte-Marguerite, Valérie Maltais, est impatiente de rencontrer le nouveau pourvoyeur de pêche au saumon. « Nous avons eu des discussions avec un représentant du nouveau propriétaire du Club de pêche Alcan, mais présentement nous n’avons aucune entente de signée. Nous attendons de rencontrer le propriétaire pour connaître sa vision et ses intentions », a fait valoir Valérie Maltais lors d’une entrevue téléphonique vendredi.

Pour certains pêcheurs, cependant, la renégociation d’une entente avec le club de pêche est une occasion de mettre fin à une vieille entente et de redonner les perches contingentées aux pêcheurs du grand public. « Notre mandat est de rendre la rivière accessible et d’atteindre des objectifs financiers. Le conseil d’administration prendra des décisions en ce sens », indique la directrice générale.

Depuis 1980

Pour la petite histoire, rappelons qu’en 1980, le gouvernement du Québec a « déclubé » les rivières à saumon pour créer les zecs saumon, redonnant ainsi au public leurs droits de pêche sur les rivières. « En 1980, lors de la création de la loi sur les zecs, il y a eu un règlement tarifaire qui a été mis en place pour accommoder les rivières Bonaventure, en Gaspésie, et Sainte-Marguerite à Sacré-Coeur. Ce règlement permettait de vendre 20 % des perches en zone contingentée à des partenaires pour assurer le financement de leurs activités. C’était, à l’époque, une mesure pour favoriser la bonne entente avec les clubs privés. Avec le temps, cette mesure réglementaire est devenue une méthode de financement pour les gestionnaires qui veulent se prévaloir de ce règlement », indique le président de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Pierre Manseau, également joint par téléphone vendredi.

« Les gestionnaires des zecs sont souverains et la rivière Sainte-Marguerite n’a aucune obligation de négocier une entente avec le nouveau propriétaire du Club de pêche Alcan. Il appartient aux gestionnaires d’assurer leur autonomie financière et de rendre la rivière accessible aux pêcheurs dans le cadre de la loi. Si la zec accorde, par exemple, 15 perches au club de pêche dans une zone contingentée, elle doit s’assurer qu’il en reste 75 autres contingentées pour les pêcheurs, afin de respecter la règle du 20 %. Toutes ententes en dehors de cette règle seraient considérées comme illégales », informe le président provincial.

À la zec de décider

« La venue d’un nouveau propriétaire n’a pas d’influence sur la règle de 20 % des perches contingentées pour le financement de la zec. Si les gestionnaires n’arrivent pas à s’attendre avec le Club de pêche, ils peuvent vendre par appel d’offres le 20 % des perches contingentées à qui veut les acheter s’ils ont besoin de ces revenus pour financer leur activité. Ils peuvent aussi décider de les garder pour leurs membres. La fédération provinciale n’a pas à s’immiscer dans ce genre de décision qui revient aux gestionnaires régionaux », fait valoir Pierre Manseau.

Droits de pêche en alternance

Jusqu’à l’an passé, le Club de pêche Alcan achetait des droits de pêche contingentés en alternance dans les secteurs 2 et 4 de la rivière. Le club privé avait donc des droits exclusifs pour une semaine du lundi au samedi dans le secteur 2 et la même chose la semaine suivante dans le secteur 4, de l’ouverture de la saison jusqu’au 15 juillet. Le club de pêche a aussi des droits sur un secteur privé sur la branche nord-est de la rivière, où l’on compte deux fosses.

Pour profiter de ses droits de pêche exclusifs sur la Sainte-Marguerite, le club de pêche versait environ 70 000 $ par année à la zec. On me raconte que ces droits ont déjà été de plus de 100 000 $ par le passé, des revenus très intéressants pour les gestionnaires qui embauchent des employés pour la surveillance et pour contrer le braconnage.

Premier club de pêche

Rappelons pour la grande histoire que c’est la Compagnie de la Baie d’Hudson qui a possédé les droits de pêche sur la rivière Sainte-Marguerite jusqu’en 1859 ou 1860 lorsqu’ils furent acquis par David Edward Price. Peu de temps après, le chalet ancestral a été construit pour loger les Price et leurs invités. Plus tard, un dénommé Willis Russell, un des amis des Price, a échangé ses droits de coupe de bois contre des droits de pêche des Price sur une section de la rivière Sainte-Marguerite. Il vendit en 1885 la totalité de ses droits de pêche et ses terres dans ce secteur, dont le site de Bardsville, à James Grant de New York, un des fondateurs du Sainte-Marguerite-Salmon-Club (premier club privé de pêche au Québec) qu’il fonda cette année-là. En 1937, l’Aluminium Company of Canada (Alcan), alors présidée par Ray E. Powell, est devenue la propriétaire du Club de pêche de Sainte-Marguerite avant de perdre ses droits sur la branche principale de la rivière en 1980.