Une carte topographique du Club orignal Beauchesne sur l’actuel territoire de la Zec Onatchiway sur la table au sous-sol de Denis Grenon, témoin d’une époque.

Un voyage dans le passé

CHRONIQUE /J’ai fait un beau voyage de chasse et pêche dans le passé, cette semaine, en allant à la rencontre de Denis Grenon, un ingénieur à la retraite de Chicoutimi qui a connu l’époque des clubs privés de chasse et pêche et qui est encore un amoureux de la nature. J’avais déjà publié ses réflexions dans une chronique en 2017 pour souligner les 40 ans du déclubage au Québec.

En descendant au sous-sol de sa résidence, il y avait une grande carte topographique sur la table qui situe les différents clubs de chasse et pêche privés sur un document réalisée par son père, Jean-Joseph Grenon, en 1950. M. Grenon père était trésorier du club Orignal Beauchesne, situé sur l’actuel territoire de la zec Onatchiway au nord de Saint-David-de-Falardeau. Une dizaine de clubs privés étaient aussi installés dans ce secteur.

Avant le concept de chasse sportive

À côté des cartes topographiques, des albums photo en noir et blanc sont empilés sur la table. Dans un dossier bien conservé, on y découvre une lettre datée du 5 mai 1953 et adressée à l’honorable Antonio Talbot, ministre de la Voirie du Québec (celui à qui on doit le boulevard Talbot) pour le renouvellement du bail du club de chasse et pêche. En annexe à la lettre on y trouve les noms des 21 membres du club privé, tous des gens du Saguenay. «Il n’y a pas un Américain parmi les membres», fait remarquer Denis Grenon.

Il avait réagi à mon texte sur les clubs privés alors que l’on prétendait que la forêt québécoise appartenait à de riches Américains. «Dans les années 1950, le concept de chasse sportive n’existait pas beaucoup. Les premiers amateurs de chasse et pêche qui ont exploité ces territoires étaient de véritables passionnés. Ils empruntaient les premiers chemins forestiers pour se rendre à la limite des accès et construisaient ensuite eux même les chemins secondaires pour se rendre sur les lacs», explique celui qui a été initié à ce territoire dès son jeune âge.

Sur une table de son sous-sol, Denis Grenon montre une carte topographique du club Orignal Beauchesne sur l’actuel territoire de la zec Onatchiway.

Aux sciottes et à la hache

«Le chalet principal a été construit en 1953 sur la pointe du lac Louise. À cette époque, il n’y avait pas de VTT, les gens se rendaient à leur camp de pêche en voiture», rappelle-t-il. De nombreuses photos d’archives témoignent d’ailleurs de cette époque où l’accès à la forêt se pratiquait en famille.

«Il n’y avait pas de scie mécanique, tout se faisait aux sciottes et à la hache. Les pionniers de la pêche et de la chasse sportive ont travaillé très fort pour avoir accès à cette richesse faunique», souligne-t-il.

Cartes topographiques des anciens clubs privés de chasse et pêche.

Il faut voir les photos du pont de bois de 666 pieds de long (203 mètres) construit sur une tourbière avec les moyens de l’époque, un pont qui existe encore aujourd’hui et que la famille Grenon a continué à entretenir et à reconstruire avec les années, soit avec les billots de bois de la drave ou avec le bois de construction des camps de bûcheron que la famille achetait aux compagnies forestières. Les membres du club possédaient dix chaloupes, un canot et un camp sur un autre lac. Ils avaient aussi la responsabilité de protéger les territoires et d’embaucher un gardien de territoire.

Photos éloquentes

Les photos de chasse sont éloquentes. «Ils chassaient à pied et parfois ils pouvaient portager les orignaux, en quartiers sur leur dos, sur une distance de plus d’un kilomètre en plein coeur de la forêt.»

Denis Grenon et sa famille ont conservé l’aménagement rustique à l’intérieur du camp de 1953. «On monte au lac à une fréquence de 80 à 120 jours par année, l’été et l’automne», fait savoir le retraité de 65 ans. Ce coin de pays est peu fréquenté par les villégiateurs et les amateurs de chasse. «Les compagnies forestières vont débarquer dans le secteur dans les prochaines années, ça va sûrement générer la venue d’utilisateurs et provoquer le développement de la villégiature», anticipe celui qui jouit d’un véritable coin de paradis sur les terres publiques.

Des albums de photos éloquentes ont été très bien conservées entre les mains de Denis Grenon sur le Club privé de chasse et pêche Orignal Beauchesne sur le territoire de la Zec Onatchiway.

Archives importantes

J’ai remercié Denis Grenon de m’avoir fait faire un voyage dans le passé, à l’époque des clubs privés, mais je lui ai aussi rappelé l’importance de remettre ces documents, ou des copies, aux archives nationales la Société historique du Saguenay pour que cette histoire demeure accessible aux générations futures. Il faut que les chercheurs et les historiens qui voudront célébrer le 100e anniversaire du déclubage en 2077 aient des documents à se mettre sous la dent.

Rappelons qu’en raison d’un incendie survenu le 31 décembre 1981 au Centre de préarchivage du gouvernement à Québec : 6671 boîtes d’archives du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche couvrant la période de 1883 à 1981 ont été détruites, dont 992 boîtes se rapportant aux seuls « établissements et territoires », c’est-à-dire aux clubs privés de chasse et pêche. Vos informations personnelles et vos histoires demeurent les seules sources d’information à ce sujet.

Photo de chasse datant de 1953 au Club orignal Beauchesne.