C’est un bel effort de la Ville, mais la dimension des cabanes n‘est pas la bonne façon de procéder. L’enjeu, c’est le poids. Il faut donc rapidement que la Ville accrédite une entreprise spécialisée pour peser les cabanes des pêcheurs afin de leur remettre un certificat d’enregistrement confirmant le poids exact de leur cabane pour déterminer les conditions d’embarquement.

Un village de pêche à repenser

CHRONIQUE / Les propriétaires de cabanes à pêche sur les glaces de la baie des Ha ! Ha ! digèrent doucement les nouvelles règles d’embarquement et de gestion des deux villages de pêche blanche que les fonctionnaires de la Ville de Saguenay ont rendues publiques mardi devant une foule de 300 propriétaires de cabane.

Pour favoriser les pêcheurs et permettre un embarquement plus hâtif en fonction du poids des cabanes, la Ville a pesé 130 cabanes l’hiver dernier pour établir une charte estimant un poids moyen en fonction de la dimension des cabanes. Ainsi, les propriétaires de cabanes plus petites pourront embarquer plus hâtivement sur les glaces dès que l’épaisseur aura atteint 12 pouces (30 cm).

C’est un bel effort de la Ville, mais la dimension des cabanes n‘est pas la bonne façon de procéder. L’enjeu, c’est le poids. Il faut donc rapidement que la Ville accrédite une entreprise spécialisée pour peser les cabanes des pêcheurs afin de leur remettre un certificat d’enregistrement confirmant le poids exact de leur cabane pour déterminer les conditions d’embarquement.

La démarche est injuste, car une cabane de 10 X 10 (100 pi2 ou 9,3 m2) peut être plus lourde qu’une cabane de 10 X 12 (120 pi2 ou 11,1 m2) selon le modèle et les matériaux utilisés lors de la construction. La cabane plus grande, mais moins lourde devra attendre 14 pouces de glace pour embarquer alors que la plus petite cabane plus lourde pourra embarquer avec 12 pouces de glace. La charte de poids de la Ville ne fonctionne pas et crée trop d’injustice, il suffit de lire les réactions sur les réseaux sociaux pour deviner la grogne des amateurs.

Saguenay s’est d’ailleurs engagée à trouver une entreprise ou une façon de procéder pour que les propriétaires de cabane puissent obtenir un certificat de poids de leur cabane pour avoir une donnée réelle. L’utilisation d’un chariot élévateur pourrait être une solution simple cet hiver pour peser toutes les cabanes qui seront installées sur les glaces. Une fois que la cabane est à sa place, le conducteur du chariot élévateur pourrait soulever la cabane de quelques pouces et enregistrer le poids pour l’indiquer officiellement sur un certificat.

Cette démarche permettrait ensuite aux propriétaires de cabane d’effectuer des changements pour alléger leur cabane si elle dépasse le poids recommandé de 4807 livres (2182 kg) qui permet d’entrer au village avec une glace de 12 pouces (30 cm).

Sécurité d’abord

Les nouvelles règles mises en place par la Ville n’ont pas pour but d’embêter les propriétaires de cabane, mais de diminuer le poids du village à 12 pouces de glaces. Si on avait des hivers de plus en plus froids et que chaque mois de janvier on avait 18 à 20 pouces de glace, ça ne serait pas un problème, mais depuis 20 ans, selon les données de la Ville, on perd une demi-journée de pêche par année. Le climat va se réchauffer de plus en plus et il sera de plus en plus fréquent de composer avec un couvert de glace à épaisseur variable.

Toujours pour réduire le poids sur le couvert de glace, la Ville a pris la décision de limiter aussi le nombre de véhicules dans les deux villages de pêche. Chaque propriétaire de cabane aura droit à une vignette saisonnière pour sa voiture dans les secteurs de Grande-Baie et de l’Anse-à-Benjamin. « Il sera possible d’obtenir une deuxième vignette, mais pour le poisson de fond seulement. La vignette saisonnière ne donnera accès qu’au village où le propriétaire aura loué son emplacement. Également, ces vignettes ne seront disponibles que pour les gens qui installeront une cabane », indique la Ville dans un communiqué.

Nombre de voitures limité

La mesure la plus restrictive en ce qui concerne les automobiles, c’est le nombre limité de vignettes journalières émises pour les véhicules. Le secteur Grande-Baie émettra 112 vignettes quotidiennes et l’Anse-à-Benjamin en émettra 92 pour accéder à différents stationnements répartis dans les villages. Ça risque de coincer les fins de semaine alors que les propriétaires de cabanes reçoivent la visite des amis et de la parenté et qu’il y a de nombreux touristes. Ça n’a pas de sens, la pêche blanche sur le fjord a fait l’objet de reportage dans le National Geographic et de nombreux médias dans le monde et là on va refouler le monde sur les glaces. Il va falloir penser autrement pour développer ce volet touristique.

La Ville va devoir aussi accommoder les pourvoyeurs. Pêche blanche du fjord possède 32 cabanes pour offrir en location, il me semble que cette entreprise devrait avoir l’opportunité d’embarquer ses cabanes en premier pour les regrouper dans un même secteur. Le propriétaire Luc Lavoie est en pourparlers, car les nouvelles règles d’embarquement vont compliquer les choses pour lui. « Il faut absolument que j’embarque en janvier, sinon ça va compromettre la rentabilité de mon entreprise », a-t-il dit lors d’une conversation téléphonique.

Le conseiller municipal nouvellement élu à La Baie, Martin Harvey, responsable politique du dossier pêche blanche, se montre cependant rassurant. « On va tout faire pour faciliter l’embarquement des cabanes et accorder le plus de monde possible. On regarde pour l’arrosage des glaces, on regarde aussi comment on pourrait peser les cabanes pour éviter les injustices pour ceux qui ont des cabanes moins lourdes et on regarde aussi si on pourrait agrandir les stationnements pour accueillir plus d’automobiles tout en respectant les normes de sécurité », a fait valoir le conseiller municipal qui comprend très bien l’insatisfaction des amateurs de pêche blanche. « Je viens d’arriver dans le dossier et on va voir si on peut faire autrement », dit-il.