Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Le bateau de recherche de l’UQAC, le Boréalis, doit faire des pêches de nuit pendant que les éperlans s’alimentent.
Le bateau de recherche de l’UQAC, le Boréalis, doit faire des pêches de nuit pendant que les éperlans s’alimentent.

Recherches de nuit sur l’éperlan du Saguenay

CHRONIQUE / Le bureau régional du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) poursuit ses études sur les populations d’éperlans dans le Saguenay. Depuis quelques jours, le bateau scientifique de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), le Boréalis, navigue dans le fjord et la rivière pour capturer des éperlans qui prendront la direction des laboratoires de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées.

« C’est un projet de recherche qui a commencé en 2018. On fait le suivi de cette espèce de poisson-fourrage qui joue un rôle important dans l’alimentation des autres espèces qui fréquentent le Saguenay », explique la biologiste Amélie Bérubé.

La pêche scientifique se fait de Chicoutimi à Tadoussac. « C’est un long territoire à couvrir, mais on veut recueillir le maximum d’informations, de la fraye jusqu’aux déplacements et aux courbes de croissance », exprime la biologiste.

Au chalut

Les chercheurs ont installé 27 stations pour les expérimentations, lesquelles se font à la fois sur le littoral et en zone pélagique. « Nous pêchons avec un chalut de deux mètres par deux mètres qu’on utilise aux mêmes endroits et aux mêmes profondeurs d’année en année. Nous faisons des pêches d’une durée de 20 minutes et nous travaillons essentiellement la nuit, à marée basse, car c’est dans ces conditions que l’éperlan se déplace pour se nourrir », explique la biologiste.

Les recherches sur le suivi des populations d’éperlans montrent qu’il y a des différences du rythme de croissance selon les spécimens.

De nuit

Les travaux exigent une bonne synchronisation pour que toutes ces conditions soient réunies dans le calendrier. « Le jour, l’éperlan se cache des prédateurs ; la nuit, il s’alimente, et c’est à ce moment que nous faisons nos captures », fait savoir la biologiste.

« On cherche à établir un indice d’abondance pour savoir combien d’éperlans on va capturer dans 1000 mètres cubes d’eau. Nous faisons un suivi d’indice d’abondance depuis 30 ans au lac Saint-Jean, en faisant des pêches expérimentales aux mêmes endroits avec les mêmes engins. Il faut une longue période de suivi pour arriver à calculer des indices d’abondance », fait savoir Amélie Bérubé.


« Nous travaillons essentiellement la nuit, à marée basse, car c’est dans ces conditions que l’éperlan se déplace pour se nourrir. »
Amélie Bérubé

Ça demeure des recherches complexes, car les indices d’abondance ne nous disent pas pourquoi il y a plus ou moins d’éperlans une année. « Il y a plusieurs hypothèses. Il y a la condition des habitats, des sites de reproduction, la température de l’eau, l’effet des crues sur les sites de fraye et l’impact des autres poissons, comme l’arrivée massive de jeunes sébastes il y a quelques années ou l’arrivée du bar rayé. Ce sont tous des facteurs qui peuvent influencer l’indice d’abondance », dit-elle.

Ces recherches sur l’éperlan n’auront pas d’influence sur la décision d’ouvrir ou de ne pas ouvrir la pêche au bar rayé dans le Saguenay. Cette décision sera prise en fonction de l’état des populations de bar du fleuve Saint-Laurent.

Sur cette photo, nous voyons le résultat d’une pêche au chalut à l’aide d’un filet.

Des données à long terme

Depuis 2006, le MFFP compilait des données de capture d’éperlans durant la saison de pêche hivernale. On savait, par exemple, que le succès de pêche à l’éperlan pouvait être de cinq poissons à l’heure pour chaque ligne de pêche dans la baie des Ha ! Ha !. Ce taux de capture avait chuté à 2,2 poissons en 2016. Mais cette méthode d’évaluation a dû être abandonnée parce que le site de pêche à l’éperlan a été déplacé pour des raisons de sécurité sur les glaces. Pour que des données soient comparables, il faut que les activités de pêche se déroulent toujours au même endroit d’année en année. De cette façon, on peut savoir si les éperlans ont changé d’endroit ou s’il y en a moins.

Le suivi de ce petit poisson nous en dira plus long sur plusieurs aspects. « Nous avons déjà appris certaines choses, depuis 2018. Nous avons, entre autres, constaté des différences sur le rythme de croissance de certains éperlans. Est-ce l’alimentation, la qualité de l’habitat ou le lieu de naissance ? On ne sait pas. Ce sont toutes des données qui seront analysées par des chercheurs de l’UQAC », fait savoir la biologiste du ministère.