Les appareils détecteurs de mouvement deviennent des outils précieux pour l’inventaire des populations fauniques.

Pièges photographiques pour la faune

CHRONIQUE / Les chasseurs ont profité de la dernière journée de chasse à l’orignal, vendredi, dans la zone 28 qui regroupe les territoires de chasse du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Si la tendance se maintient, les chasseurs de la région devraient récolter plus de 4000 orignaux en cette saison permissive où la récolte des mâles, des femelles et des veaux est permise. Le dernier record de récolte a été enregistré lors de la saison 2017 alors que 4347 bêtes ont été abattues.

Le cheptel d’orignaux de la zone 28 est en hausse constante depuis 25 ans et selon les estimations du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, le nombre d’orignaux dans la région est estimé entre 13 000 et 16 000 spécimens. Le dernier inventaire aérien de la région a été fait en 2006 et les conditions ne sont pas toujours parfaites pour ce genre d’inventaire.

Caméras détectrices

Les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle pourraient cependant venir en aide aux spécialistes de la faune qui cherchent à documenter davantage les populations de gibiers qui peuplent les territoires forestiers. Les caméras avec détecteur de mouvement, les technologies de reconnaissance faciale et les drones s’imposent comme de nouveaux outils au service des scientifiques.

Corentin Taillon, technicien au Parc national du Fjord-du-Saguenay, a réalisé un projet-pilote l’an dernier sur le territoire de la Sépaq. « Nous avons installé 63 caméras pour observer la faune sur le territoire du parc. Au début, nous voulions documenter la présence de couguars après avoir reçu des témoignages sur sa présence, mais nous avons découvert une faune très abondante et diversifiée », a raconté le garde-parc que j’ai rencontré récemment lors de la visite de l’équipe de tournage de l’émission Des Racines et des Ailes, de la France.

« Nous avions des témoignages de kayakistes qui racontaient avoir vu une dizaine d’orignaux regroupés sur le bord du Saguenay. Nous avons constaté que le parc compte une importante population d’orignaux », rapporte Corentin Taillon.

« Les photos prises par les pièges photographiques nous ont même permis de voir choses inattendues. Nous avons trouvé un orignal mort en bordure d’un chemin et nous avons placé une caméra pour observer ce qui allait se passer. La caméra a montré une meute de huit loups qui dévoraient la bête. Deux agents de protection de la faune se sont approchés alors que les loups se sont sauvés dans la forêt. Quand les agents sont repartis, les loups sont revenus quelques secondes après pour continuer leur repas. Ça veut dire que les loups n’étaient pas loin et qu’ils observaient les agents, avant de reprendre leur collation », raconte le technicien.

Plus d’informations

Un inventaire photographique permet non seulement de connaître la densité d’orignaux au kilomètre carré, mais également de détailler la structure de la population ; mâle, femelle, faon ou nombre de faons par femelle.

Des pièges photographiques avec des caméras de détection ont aussi été installés dans le Parc national de la Pointe-Taillon durant l’été 2018. « Au premier coup d’oeil, l’abondance de cervidés semblait dépasser les prévisions. Ce qui nous a beaucoup surpris, c’est la quantité d’orignaux observés sur les photos. Même un de nos garde-parc techniciens en milieu naturel qui est ici depuis 38 ans ne s’attendait pas à en voir autant », a décrit Claude Pelletier, responsable du service de la conservation et de l’éducation au Parc national de la Pointe-Taillon dans le bulletin de conservation du parc.

Pour Martin-Hugues Saint-Laurent, professeur et chercheur au département de biologie, chimie et géographie de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), l’estimation d’abondance faunique par caméras automatisées est un outil de plus dans le coffre des biologistes. « Le défi avec cette méthode d’observation c’est l’analyse des données. Les chercheurs se retrouvent devant une tâche très ardue pour trier et interpréter des millions de photos selon les territoires observés », fait valoir le professeur de l’UQAR.

Intelligence artificielle

« Pour le moment, il est impensable de dresser un inventaire de population d’orignaux pour une région comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, par exemple, avec des appareils photo. Les inventaires aériens ont encore leur utilité », précise le scientifique.

Martin-Hugues Saint-Laurent concède cependant que les technologies ne cessent de s’améliorer dans le domaine. Il existe déjà des systèmes d’intelligence artificielle avec reconnaissance faciale qui sont utilisés pour l’inventaire des ours noirs », fait-il savoir.

Le scientifique n’ose pas s’avancer sur les progrès scientifiques en la matière, mais assure que ces nouvelles technologies seront de plus en plus sophistiquées à l’avenir. Il ne serait pas surpris qu’un jour, toutes les caméras de détection installées par les chasseurs en forêt soient reliées à des systèmes informatiques qui traiteraient les données pour évaluer avec plus de précision le nombre d’orignaux observé sur un territoire, à un moment précis.

Des pièges photographiques et des caméras de détection sont grandement utiles pour permettre aux experts d’observer la faune.