Le MFFP étendra la zone de pêche du bar rayé dans le fleuve (zone 21) jusqu’à Forestville et Mont-Joli. La limite de prise et de possession passera de deux à trois.

Pêche du bar rayé dans le fleuve

CHRONIQUE / La pêche sportive au bar rayé dans le Saguenay ne sera pas permise en 2018, mais le dossier progresse et on pourra le pêcher à partir de Forestville, ça s’approche de nous. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a fait part vendredi de son intention de valoriser la pêche sportive au bar rayé dans une plus grande partie de la zone 21 pour les saisons 2018 et 2019 en raison de l’explosion de la population de la rivière Miramichi. Le MFFP procède présentement à des consultations afin que de nouvelles modalités de pêche soient adoptées.

Ainsi, pour la prochaine saison, la pêche sportive du bar rayé dans la zone de pêche 21 serait étendue tout le tour de la péninsule gaspésienne de la Baie-des-Chaleurs jusqu’à une ligne reliant Forestville à Mont-Joli. En 2017, la pêche était autorisée seulement entre l’aval du pont de Campbellton, y compris la baie des Chaleurs et les eaux du golfe du Saint-Laurent, et l’extrémité ouest de Cap-Gaspé.

La limite passera de deux à trois bars

La limite quotidienne de prise et de possession passerait de 2 à 3 bars rayés pour l’ensemble de la saison. «Il est également prévu de permettre la pêche sportive au bar rayé avec une limite quotidienne de prise et de possession de 3 bars rayés dans le plan d’eau d’exception de la zone 1 qui correspond au barachois de la rivière Malbaie, lequel est situé au sud de la Gaspésie. Depuis 2013, la pêche sportive y est permise avec remise à l’eau», indique le ministère.

Au cours de l’été 2017, plusieurs observations de bars rayés ont été rapportées dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, notamment sur la rive nord de la Gaspésie et sur la Côte-Nord. Récemment, des études menées par le ministère ont permis d’établir que les bars rayés qui ont fréquenté ces secteurs proviennent presque exclusivement de la population du sud du golfe du Saint-Laurent. L’été dernier, Pêches et Océans Canada a estimé à plus de 994 000 le nombre de géniteurs dans la rivière Miramichi (trois fois plus que les estimations de 2016, alors que les spécialistes avançaient le chiffre de 318 000 géniteurs).

Deux populations différentes

Il est toujours important de préciser que les bars rayés du Québec appartiennent à deux populations distinctes, soit celle du sud du golfe du Saint-Laurent (fraie de la rivière Miramichi), dont la population augmente de façon importante depuis quelques années, et celle du fleuve Saint-Laurent, réintroduite en 2002 et actuellement protégée par la Loi sur les espèces en péril du gouvernement du Canada (fraie dans l’embouchure de la rivière du Sud, à Montmagny, baie de Beauport et la rivière Ouelle). Il est interdit de capturer les individus de cette population qui migre jusque dans la rivière Saguenay.

«Bien que la population de bars rayés réintroduite dans le fleuve Saint-Laurent soit en croissance, il n’est toujours pas possible de permettre son exploitation. Le ministère doit d’abord s’assurer du rétablissement de cette population, afin que les efforts investis depuis des décennies se traduisent éventuellement par une réelle opportunité de pêche durable dans ces secteurs du Saint-Laurent. C’est pourquoi la pêche au bar rayé demeurera interdite à l’ouest de la partie de la zone 21 qui fait présentement l’objet d’une consultation (y compris la rivière Saguenay)», indique le ministère dans un communiqué.

Du nouveau dans le Saguenay

Même si la pêche au bar dans le Saguenay ne sera pas autorisée en 2018, les études des biologistes continuent à documenter le sujet. L’été dernier, les spécialistes ont pu déterminer avec certitude, grâce 

au réseau de suivi des déplacements par télémétrie, que des bars provenant de la Miramichi ont aussi migré dans le Saguenay en plus des bars de la population réintroduite en 2002.

«Des études sont en cours pour évaluer l’abondance relative des deux populations fréquentant la rivière Saguenay, et ainsi évaluer la possibilité d’y permettre éventuellement la pêche récréative. Dès que la situation le permettra, le MFFP entend mettre en place des modalités d’exploitation durable pour cette espèce dans la rivière Saguenay. Il est toutefois impossible d’évaluer présentement le moment où la pêche sportive pourra y être autorisée», précise Karine Gagnon, biologiste du bureau régional du MFFP.

Karine Gagnon a confirmé que les études sur les populations de bars dans le Saguenay se poursuivraient au cours de l’été. «Nous allons continuer de suivre les déplacements avec les émetteurs et les récepteurs du réseau de télémétrie (on estime à environ 250 le nombre de spécimens avec des émetteurs dans le fleuve pour une centaine de récepteurs installés dans l’eau) et nous allons également analyser les contenus stomacaux d’une trentaine de bars avec la méthode de lavage gastrique», indique-t-elle.

Les contenus stomacaux analysés l’été dernier ont permis d’identifier des crustacés comme la crevette et le krill et aussi de l’éperlan. «Nous voulons aussi savoir ce qui se passe dans les rivières à saumon. Des récepteurs seront installés à l’embouchure des rivières et nous allons trouver une façon d’analyser les contenus stomacaux des spécimens qui montent dans les rivières à saumon tributaire du Saguenay», fait savoir la biologiste.

Du bar en avril

Karine Gagnon a également confirmé qu’un pêcheur sportif avait mentionné avoir capturé un bar rayé de plus de 10 livres (4,5 kg) au début du mois d’avril à la hauteur de la flèche du littoral à Saint-Fulgence. Il s’agit d’un fait inusité, car en principe les bars quittent le Saguenay à la fin du mois de septembre.

La biologiste a toutes les raisons de croire ce pêcheur. «C’est un phénomène documenté dans les études, à l’effet que des bars puissent s’attarder dans certains secteurs et qu’ils ne puissent retourner à leur site d’hivernement habituel en raison d’une température d’eau trop froide. Les températures chaudes de l’automne dernier ont fait que certains bars sont restés dans le Saguenay jusqu’au mois d’octobre», fait valoir la spécialiste.

«À l’automne, les bars rayés qui ont passé l’été en mer pour s’alimenter entament une migration pour retourner vers des lieux d’hivernage situés en eaux douces, habituellement près des aires de reproduction. Les bars rayés ne peuvent pas survivre dans les eaux marines glaciales qui peuvent atteindre une température inférieure au point de congélation en hiver. Parfois, il arrive que des bars rayés s’attardent en eaux marines jusqu’à tard à l’automne et qu’avec une baisse subite des températures de l’eau, ils se réfugient dans des embouchures de rivières où l’eau est douce et plus chaude», a précisé le ministère dans une publication récente.