Plusieurs des ouananiches capturées en fin de semaine avaient l'estomac rempli d'éperlans, un autre signe que le meilleur est à venir jusqu'en 2020.

Ouananiche : le meilleur est à venir

La saison de pêche à la ouananiche au lac Saint-Jean s'annonce prometteuse pour tout l'été. En cette fin de semaine d'ouverture, l'eau était froide à près de quatre degrés, une température où le poisson n'est pas très actif ; l'eau était sale, il fallait remonter constamment les lignes à bord du bateau pour nettoyer les hameçons remplis de brindilles et les succès de pêche étaient au rendez-vous, les pêcheurs étaient satisfaits.
« Ça risque d'être encore meilleur dans les jours à venir, l'eau va se réchauffer un peu et elle va s'éclaircir. Ça va être des conditions de pêche idéales pour le lac », fait valoir Marc Archer, directeur général de la Corporation LACtivité pêche qui gère les activités de pêche sportive dans l'Aire faunique communautaire du lac Saint-Jean.
« Ça fait longtemps qu'on attend le cycle d'abondance de la ouananiche au lac, on espérait que ce soit l'an passé, mais les conditions météo étaient exécrables pour les pêcheurs en début de saison. Cette année les résultats sont très positifs. « Ça fait deux étés qu'on chalute de l'éperlan pour des données scientifiques et ça fait deux étés qu'on constate l'abondance de poisson-fourrage qui est la principale source de nourriture pour la ouananiche du lac. Selon moi, nous sommes partis pour quelques bonnes années d'abondance, les pêcheurs vont être contents de savoir ça », de lancer Marc Archer qui travaille depuis plus de 30 ans sur le dossier de la ouananiche au lac.
Gérer l'abondance
Est-ce ça va être plus difficile de gérer l'abondance que de gérer la décroissance ?
« Gérer la décroissance c'est facile, on prend des mesures pour réduire le taux de capture des poissons. Pour gérer la croissance, on va voir, il y a différentes façons. Idéalement, il ne faudrait pas que les remontées migratoires dans la rivière Mistassini (rivière témoin pour l'ensemble du lac) dépassent les 500 géniteurs. On devrait être en mesure de voir les tendances dès la mi-juin. Si les chiffres indiquent de fortes remontées, il faudra alors songer à hausser les limites de prises pour les pêcheurs afin d'éviter de surpeupler le lac dans les prochaines années », explique le directeur de la CLAP qui a connu, comme les pêcheurs, les grandes années de déséquilibres, alors qu'il y avait trop de poissons dans le lac pour la quantité d'éperlans.
L'aménagement des frayères à la sortie de la rivière Mistassini a pour but d'améliorer la quantité d'éperlans dans le lac pour permettre aux pêcheurs de connaître plus de succès et de capturer des prises de plus belles tailles. « Les agents de la CLAP sur le lac m'ont confirmé qu'il s'était capturé des prises de plus de six livres dans le secteur de Desbiens à la sortie de rivière Métabetchouane. Si l'aménagement des frayères donne les résultats escomptés, ça va générer plus d'abondance de ouananiches. On va devoir s'assurer à ne pas dépasser les limites du lac », soutient Marc Archer qui se réjouit d'avance pour les pêcheurs.
Quand on regarde les statistiques du lac, l'abondance de ouananiche au bout des lignes des pêcheurs coïncide toujours avec l'abondance d'éperlans dans le lac Saint-Jean. Plusieurs des ouananiches capturées en fin de semaine avaient l'estomac rempli d'éperlans, un autre signe que le meilleur est à venir jusqu'en 2020.
« On va surveiller de près les frayères à éperlans dans les prochaines semaines. Les scientifiques ont placé des capteurs d'oeufs, des plaques de métal d'environ 40 cm par 40 cm reliés avec des chaînes qu'on va remonter à la surface pour évaluer la quantité d'oeufs pondus dans le secteur. Les recherches et l'acquisition de connaissance sont au coeur de la gestion de la pêche à la ouananiche au lac Saint-Jean depuis qu'on a établi un lien proie-prédateur avec la biologiste Karine Gagnon du ministère », met en relief Marc Archer.
Mystère du doré
Pendant que les recherches vont bon train sur l'éperlan et la ouananiche, les chercheurs vont s'attaquer davantage au doré dans les prochaines années. « En collaboration avec la chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l'UQAC, on va étudier la population de dorés du lac en comparaison avec des plans d'eau comme les réservoirs Gouin et Baskatong pour comprendre le développement de cette espèce au lac. On voudrait comprendre pourquoi le doré est si nombreux, mais avec une croissance deux fois moins rapide que dans les plans d'eau du sud », conclut Marc Archer.