Pascal Sirois, titulaire de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’UQAC.

Mise à jour des connaissances du bar rayé

CHRONIQUE / Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) vient de publier une mise à jour des connaissances sur la répartition du bar rayé, des informations à jour dont certaines n’ont pas encore été publiées par les chercheurs et les biologistes.

Il faut une délimitation claire des territoires occupés par les deux populations de bar rayé (fleuve, introduit en 2002, interdit à la pêche; sud du golfe, Miramichi, permise à la pêche) présentes au Québec pour appliquer des mesures de gestion appropriées.

Il existe présentement deux façons d’identifier la provenance des bars rayés qui se pointent dans le Saguenay en période estivale. Il y a les données de suivi par télémétrie et des données d’assignation populationnelle par analyse de la chimie des otolithes (petits os de l’oreille interne des poissons) qui sont réalisées par l’équipe du Dr Pascal Sirois de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

C’est d’ailleurs grâce aux travaux sur les otolithes à l’UQAC que le MFFP a pris la décision d’élargir la zone de pêche au bar rayé dans le fleuve Saint-Laurent, du côté nord de la Gaspésie, et d’une partie de la rive sud du Bas-Saint-Laurent, jusqu’à une ligne imaginaire traversant le fleuve à la hauteur de Forestville et Mont-Joli.

En majorité de la Miramichi

La mise à jour des données indique qu’en 2017, une étude visant à identifier la population d’origine des individus fréquentant la zone d’incertitude dans le fleuve a été menée en utilisant la composition chimique des otolithes (Sirois et coll. 2018, données non publiées). Au cours de cette étude, 360 spécimens ont été capturés.

Les résultats indiquent qu’en 2017, seulement 1,6 % des bars rayés échantillonnés provenaient de la population du fleuve Saint-Laurent, alors que 98,4 % provenaient de la population du sud du golfe du Saint-Laurent (Sirois et collaborateurs, 2018, données non publiées).

Les études de l’équipe de Pascal Sirois de l’UQAC démontrent également que les otolithes des 29 bars rayés étudiés en 2017 dans la région du Saguenay ont été assignés à la population du sud du golfe. 

«Comme l’indiquent les données de télémétrie et de chimie des otolithes, la population du sud du golfe a été particulièrement présente dans l’estuaire maritime et dans la région nord du golfe du Saint-Laurent en 2017. Ceci s’expliquerait en partie par une augmentation importante de l’abondance de cette population (le ministère Pêches et Océans Canada estime à un million de bars rayés la population de la Miramichi), mais probablement aussi par des changements importants des conditions océanographiques (Galbraith et coll., en prép.) qui influencent à leur tour la répartition des proies (Kleisner et coll. 2017; Selden et coll. 2018)», indique la mise à jour du ministère.

Saguenay: analyse de 300 spécimens 

«L’an dernier, nous avons analysé les otolithes de 29 bars rayés dans le Saguenay étant donné les restrictions à l’égard de la protection de l’espèce. Ce fut quand même une surprise de constater que les spécimens provenaient de la population du sud du golfe. Cet été nous allons analyser 300 spécimens dans le Saguenay pour évaluer avec plus de précision la provenance de la population, des informations qui permettront au MFFP de prendre des décisions quant à l’exploitation de ces populations», informe le chercheur.

La collecte de données cet été sera déterminante pour une éventuelle ouverture de la pêche dans la rivière Saguenay. «Les données télémétriques et les analyses de la chimie des otolithes vont nous permettre de déterminer quelle proportion des bars du Saguenay provient du fleuve et du sud du golfe», fait valoir Pascal Sirois qui espère pouvoir répondre à ces questions l’an prochain vers la même date.

S’il est démontré que la très grande majorité des bars du Saguenay proviennent du sud du golfe, ça fait naître l’espoir de l’ouverture d’une saison de pêche au bar dans le fjord à court terme.

Les otolithes, petits os de l’oreille interne des poissons, sont analysés par l’équipe de la chaire de recherche. Cette image d’un otolithe de bar rayé, datant de 2013, sur le site du Laboratoire des sciences aquatiques de l’UQAC, permet de bien visualiser cet os minuscule.

Sondage sur l'omble de fontaine

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a lancé récemment un sondage portant sur la satisfaction à l’égard de la qualité de la pêche sportive à l’omble de fontaine (truite mouchetée). On vous pose toutes sortes de questions sur vos habitudes de pêche, le temps que vous y consacrez, l’argent que vous investissez, vos endroits de prédilection: zecs, parcs, réserves fauniques, pourvoiries, territoires libres, etc.

On veut savoir aussi si vous préférez capturer 20 petites truites ou cinq grosses truites et on vous demande vos commentaires à l’occasion. Le seul commentaire que j’ai émis en complétant ce sondage c’est que je trouve inconcevable que les gestionnaires de zec doivent interdire la pêche sur certains lacs dont les quotas de capture sont atteints en cours de saison.

Ça fait 30 ans que je dénonce ce mode de gestion. Imaginez le pauvre propriétaire d’un chalet sur le bord d’un lac où la pêche est interdite à partir du 1er juillet. Il ne peut plus lancer une ligne au bout du quai le matin en se levant ou le soir après le souper. Ça démontre un manque flagrant de saine gestion de l’activité pêche. Fermer un lac, c’est bien pour la ressource faunique, mais ça pénalise un villégiateur riverain de ce même plan d’eau.

Ce serait pourtant si simple de diminuer la limite de prise quotidienne de 20 à 10 truites par pêcheur par jour. En théorie, ça permettrait de garder ce lac ouvert à la pêche deux fois plus longtemps. Ça permettrait au propriétaire de chalet de pêcher plus longtemps sur «son» lac. Je ne sais pas combien ça va prendre de sondage pour leur faire comprendre ça.

L’autre commentaire que je me suis permis, c’est d’investir davantage pour redresser les populations de truites mouchetées dans les milieux périurbains. Imaginez, par exemple, si des efforts d’aménagement d’habitats fauniques et de frayères pouvaient être fait sur des cours d’eau comme la rivière aux Sables, la rivière du Moulin, ou sur d’autres petits lacs et cours d’eau en périphérie des villes et village, ça permettrait de réintroduire la pêche en ville, à gué, comme cela se faisait avant l’urbanisation des cours d’eau. Rapprocher la qualité de pêche des gens serait à mon sens un beau geste de développement durable.