Un groupe de sept beaux saumons attendait la marée haute pour sauter dans la passe migratoire de la rivière à Mars à La Baie.

Les poissons du Saguenay en retard

CHRONIQUE / Les poissons du Saguenay accusent un retard dans leur migration. Les pêcheurs n’ont pas encore vu de bars rayés, alors qu’ils entrent dans le fjord à la mi-juin d’habitude, et il en va de même pour le saumon, qui ne risque pas de fracasser des records de montée migratoire cet été.

Les rivières à saumon avaient hâte que la canicule prenne un peu de répit. La fraîcheur a permis aux poissons de se pointer le nez dans les rivières, mais pas en aussi grand nombre que les gestionnaires espéraient. On parle encore de retard dans les migrations, et non pas d’absence de saumons dans les rivières.

Petit-Saguenay
Vendredi matin, il y avait deux saumoniers dans la fosse de la chute sur la rivière Petit-Saguenay. J’ai fait la connaissance de Gaétan Lavoie. Les préposés à l’accueil l’appellent amicalement la mascotte de la rivière, un véritable passionné qui consacre de nombreuses journées de pêche pour défier Salmo Salar dans sa rivière préférée.

«C’est bon à rien. Il n’y a pas d’eau dans la rivière, et les saumons ne sont pas très nombreux», de lancer le vieux pêcheur, qui se préparait à passer une mouche sèche dans la fosse. C’est ma septième journée de pêche cette saison, et j’ai fait deux captures», fait savoir Gaétan Lavoie, qui prend plaisir à fouetter la rivière avec sa canne à moucher.

Son compagnon de fosse pour la journée, Jacky Desbiens, avait eu deux attaques sur sa mouche, avant que je me présente sur le site de pêche. «C’est difficile pour plusieurs pêcheurs. J’ai des amis qui reviennent de la Gaspésie, et ça n’a pas été extraordinaire, sauf sur la Bonaventure», dit celui qui habite tout près de la rivière Petit-Saguenay et qui en est à sa troisième journée de pêche.

Sainte-Marguerite
Sur la rivière Sainte-Marguerite, à Sacré-Coeur, la directrice générale, Valérie Maltais, se montre tout de même optimiste. «La rivière est basse, mais les nuits fraîches permettent d’avoir une bonne température. Il entre du saumon dans la rivière, et la pêche est relativement bonne. Nous avons 24 remises à l’eau depuis le début de saison. Le poisson est en retard comparativement aux autres années. On espère des remontées migratoires jusqu’au début du mois d’août. Ce ne sera pas une année record, et on serait bien contents s’il remontait encore une centaine de poissons d’ici la fin de la saison.»

À Mars
J’ai eu une belle surprise en arrivant à la passe migratoire de la rivière à Mars, à La Baie, alors que sept beaux saumons faisaient la queue et tournaient en rond devant l’entrée de la passe migratoire. Les spécimens, dont un de très belle taille, attendaient la marée haute pour sauter dans le «monte-saumons», pour se retrouver dans la fenêtre de l’observatoire.

À mon arrivée, une dizaine de touristes observaient le lit de la rivière, où on pouvait distinguer les saumons en migration. «L’eau est très, très basse et se réchauffe rapidement. On espère de l’eau, car il y a de belles marées pour faire entrer du saumon», a commenté le guide et responsable de la protection de la faune.

«Je crois que c’est notre dernière année de misère pour la pêche au saumon. L’arrêt de la pêche commerciale au Groenland, pour les 12 prochaines années, devrait nous favoriser. Nous avons ensemencé 43 000 alevins dans la rivière cet été, alors que la Sainte-Marguerite en a ensemencé plus de 20 000. Ça devrait nous donner un bon coup de main», espère-t-il.

Saint-Jean-Saguenay
Le gardien de rivière, Robert Lamarre, que j’ai rencontré au poste d’accueil de la rivière Saint-Jean-Saguenay, le long de la halte municipale de L’Anse-Saint-Jean, a fait part que ce sont de bonnes conditions pour la pêche, même si le niveau de l’eau est bas. «Depuis le début de la saison, nous comptons 13 captures, dont 11 remises à l’eau, et on pouvait observer 10 saumons dans le sanctuaire ce matin», a-t-il dit.

La nouvelle directrice générale, Vanessa Gagné, reconnaît que l’eau est basse et que la température de l’eau peut avoir un effet sur la survie d’un saumon après remise à l’eau. «Ce n’est pas une situation dramatique, mais ça va prendre de la pluie. On ne veut pas une autre semaine de canicule», a-t-elle commenté.

De nombreux touristes se sont arrêtés pour regarder les pêcheurs en train de moucher à gué. Les trois saumoniers debout sur les roches attiraient le regard des curieux, qui auraient espéré une prise en direct.

Chaque gestionnaire de rivières à saumon affiche un tableau explicatif pour informer les pêcheurs sur les risques de la remise à l’eau, en fonction de la température de la rivière, avec une échelle de combat et de chance de survie des poissons. Les pêcheurs sont invités à respecter ces recommandations pour éviter des morts accidentelles.