La biologiste Amélie Bérubé, à droite sur la photo, manipule l’engin de pêche avec ses collaborateurs pour documenter les populations d’éperlans dans le Saguenay.

L’éperlan du Saguenay intrigue

La migration du bar rayé, l’évolution des populations de truites de mer et l’explosion des populations de sébastes dans le Saguenay poussent les biologistes du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) à réaliser des travaux de recherche pour savoir ce qui se passe avec les populations d’éperlan, une nourriture convoitée par les espèces aquatiques.

« Nous n’avons pas beaucoup de connaissances sur l’éperlan du Saguenay. Le fjord et la rivière sont des territoires libres, et il n’y a pas de suivi des populations. Au lac Saint-Jean, nous avons réussi à mettre en place des travaux de recherche grâce notamment à l’implication financière de la Corporation LACtivité pêche (CLAP), qui est partenaire dans les projets de gestion et d’acquisition de connaissances. Ce genre de mode de gestion n’existe pas sur le Saguenay. Ça ne facilite pas le financement des projets », fait valoir Amélie Bérubé, biologiste responsable de l’éperlan dans le Saguenay.

« On veut connaître les impacts sur ce poisson-fourrage relativement à l’alimentation des autres espèces. Le Saguenay est un vaste plan d’eau, il faut tenir compte des marées et de l’eau salée, ça crée une autre dynamique, et c’est pour ça que le projet de cet été est exploratoire. Nous pouvons compter sur ce qui se fait dans le Bas-Saint-Laurent pour l’éperlan pour établir notre propre protocole d’intervention », explique la biologiste.

« Il faut connaître sa croissance, sa répartition entre le jour et la nuit, pour connaître ses habitudes d’alimentation, afin de savoir quand il est plus facile de le capturer en fonction des engins de pêche », fait savoir la scientifique.

La taille des poissons fourrages est prise en considération dans les travaux de recherche sur le Saguenay.

Suivi sur les glaces

« On fait un suivi de l’exploitation de l’éperlan l’hiver sur les glaces à La Baie depuis quelques années en prenant les écailles, le poids et la mesure. Depuis trois ans, cependant, pour des raisons de sécurité, les gestionnaires des villages de pêche ont déplacé les cabanes, et les données ont changé. Il faut voir maintenant si la diminution du succès est due au fait que les pêcheurs ont changé de place où si c’est lié à la population. Ça va prendre encore quelques années pour se fier à ces données sur le suivi », nuance la biologiste.

« Au sujet de notre suivi de l’exploitation de l’éperlan pendant la pêche blanche, le bilan fait état des résultats de 2006 à 2017. Le succès a été plus élevé en 2017, mais la dynamique que l’on observait auparavant en ce qui concerne l’âge des éperlans capturés ne tient plus. Lorsque le recrutement était bon, on pouvait suivre cette cohorte pendant trois ou quatre ans dans les captures alors que maintenant, on observe des éperlans de trois et quatre ans en proportions à peu près égales. C’est difficile d’expliquer à la fois la diminution du succès de pêche et la diminution de la croissance des éperlans. Bien que la présence du bar rayé dans le Saguenay peut avoir une influence sur les populations d’éperlans, la diminution de la croissance observée au cours des dernières années ne peut s’expliquer uniquement par un phénomène de prédation. Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour expliquer le phénomène, d’où l’intérêt de mettre en place des suivis complémentaires, comme le suivi exploratoire que nous avons débuté cet été. Les données de la saison 2018 seront analysées au cours de l’automne », avance la biologiste Amélie Bérubé.

Documenter ù toutes les espèces

« Il y a plus de captures la nuit, il y a aussi beaucoup de gammares et de crevettes dans nos échantillons. Il va falloir départager capelans et éperlans. En juillet, il y a eu beaucoup de capelans morts retrouvés sur les berges du Saguenay, à Sainte-Rose-du-Nord et à Saint-Fulgence, ce qui nous laisse croire qu’il y a eu une bonne reproduction des capelans. On a observé beaucoup de capelans moribonds, donc une forte reproduction. Nous avons donc capturé beaucoup de capelans juvéniles, et il va falloir départager tout ça dans nos analyses », explique la biologiste.

« On vise principalement l’éperlan, mais on va profiter de nos recherches pour documenter les autres captures dans nos filets pour évaluer les différentes sortes de nourriture disponibles », ajoute-t-elle. Pêches et Océans continue pour sa part de colliger des données sur le sébaste pour connaître aussi le contenu stomacal de ces poissons de fond qui se capturent aussi dans les secteurs de pêche à l’éperlan durant la saison de pêche hivernale.

Le ministère se lance donc dans un long processus d’acquisition de connaissances sur les poissons-fourrages du Saguenay, et il ne faut pas oublier que les pêcheurs demeurent des joueurs importants dans ce processus. La création d’une aire faunique communautaire à La Baie servirait sûrement la cause des chercheurs.