La forêt est de moins en moins accessible pour les amateurs de chasse et pêche avec l’augmentation des coûts reliés aux baux de villégiature, aux différents permis, taxes et droits d’accès.

L'enjeu de l'accessibilité

CHRONIQUE / Ma dernière chronique sur le déclubage de la chasse et la pêche dans la forêt québécoise a suscité quelques réactions. Un lecteur de Chicoutimi, Denis Grenon, m’a fait remarquer, en fouillant dans ses archives, que l’accessibilité à la forêt et aux activités de chasse et pêche est de plus en plus coûteuse pour les utilisateurs.

Il nous rappelle qu’en 1978, le salaire minimum était de 3,25 $ de l’heure et que le bail de villégiature du ministère de l’Énergie et des Ressources coûtait 40 $ par année. « Il fallait donc travailler 12,3 heures au salaire minimum pour payer le bail », calcule-t-il.

En 1985, le salaire minimum était de 4 $ l’heure et le bail de villégiature coûtait 99 $ par année. Il fallait donc travailler 24,75 heures au salaire minimum pour payer le bail », fait valoir le lecteur. Il fallait aussi ajouter une taxe de 22 $, un tarif de 52 $ pour la zec et un permis de pêche au coût de 6,25 $.

En 2017, le salaire minimum était 11,25 $ de l’heure. « Il fallait donc travailler 50 heures au salaire minimum pour payer le bail. Ainsi, en 2017, le bail coûte, toute proportion gardée en fonction du salaire minimum, quatre fois plus cher qu’en 1978 et environ deux fois plus cher qu’en 1985. « Et vous parlez d’une plus grande accessibilité à la forêt ? », fait remarquer à juste titre le lecteur de Chicoutimi.

« Oui, maintenant, la forêt est ouverte à tous. Mais quel est le coût pour avoir un chalet en forêt ? »

Location du terrain : 500 $ ; zec (droit de passage, chasse, pêche) : environ 400 $ ; permis de pêche et de chasse (deux personnes) : environ 200 $ ; taxes municipales et scolaires : environ 200 $ ; assurances : environ 300 $ ; et je ne parle pas de l’entretien du chalet et du chemin (les zecs n’entretiennent pas tout le réseau), fait valoir l’amateur de chasse et pêche. Une facture de 1600 $ sans avoir jeté une ligne à l’eau, ça commence à chiffrer quand on ajoute les autres dépenses d’entretien et d’équipements nécessaires à la pratique des activités fauniques.

Avec la hausse prévue des baux de villégiature d’ici 2020 en fonction de la nouvelle tarification en vigueur depuis janvier 2016, l’accessibilité en forêt deviendra un enjeu économique important pour toute une génération de villégiateurs qui avait choisi la forêt comme activité de loisir. C’est maintenant plus coûteux de pratiquer la chasse et la pêche que de jouer au golf, faire du ski alpin ou faire un voyage annuel dans le sud.

Retour sur les clubs privés

Pour en revenir aux clubs privés, Denis Grenon a connu la fin de cette époque et précise un peu la réalité de ces clubs. « Je pense qu’il est faux de prétendre que ces clubs n’étaient que l’apanage des gens riches et célèbres. Certes, il y avait des clubs privés haut de gamme, mais il y avait aussi des clubs privés qui se formaient progressivement avec l’avancée des coupes forestières comme on voit encore aujourd’hui des particuliers se construire dans la forêt québécoise. 

« Ces clubs privés (que j’appellerais de défricheurs) se formaient avec les gens de la région par des gens de la région. Mon père (fonctionnaire à la Colonisation) en était un membre fondateur et a été secrétaire du club Orignal de Beauchesne pendant plusieurs années. Dans ce club, comme membre, il y avait, entre autres, un briqueteur qui travaillait chez Alcan, un coiffeur pour hommes, un contremaître chez Alcan, un autochtone (Huron), un vendeur de patates frites, etc. Il en était de même pour d’autres clubs le long de la Shipshaw (club Petamban, club Gustave, club Alouette, club des Policiers, club Bétina, club Rocket). Ces clubs privés aussi jouissaient de l’exclusivité des droits de chasse et pêche. Cependant, au cours des années, les exigences du gouvernement devenaient de plus en plus sévères. Les clubs avaient l’obligation de préserver la ressource faunique. 

« En effet, de plus en plus de personnes possédaient des véhicules automobiles et entraient en forêt à la recherche de gibier. Ainsi, le gouvernement a obligé les clubs à avoir des gardiens sur leur territoire et à contrôler l’accès (chaînes et barrières). Ces nouvelles obligations, puisqu’il fallait payer des salaires aux gardiens, ont forcé les clubs à augmenter le membership, sinon les coûts auraient été trop importants pour les membres ordinaires. C’est ainsi que la forêt a été ouverte à encore plus de gens ordinaires, par rapport aux mieux nantis », nuance celui qui a connu les deux côtés de l’occupation du territoire.

Denis Grenon rappelle aussi que le début du déclubage a donné lieu à des abus de toutes sortes dans plusieurs endroits sur le territoire forestier. Je vous partage le point de vue de ce lecteur sur les clubs privés, car il existe vraiment très peu d’information sur le sujet. Si vous avez des informations à partager sur les clubs privés de l’époque, n’hésitez pas à m’en faire part, j’aimerais bien colliger de l’information sur le nom des clubs et les territoires qu’ils occupaient dans le but de documenter une partie de cette histoire, dont les archives sont parties en fumée.