Des débarcadères donnent un accès facile à des plans d’eau.

La zec des Passes diversifie ses activités

CHRONIQUE / Les gestionnaires de la zec des Passes prennent le virage récréotouristique pour répondre aux nouvelles tendances en matière de villégiature en forêt. La chasse et la pêche demeurent au coeur des activités pratiquées sur leur territoire, mais les dirigeants emboîtent le pas aux besoins des nouveaux utilisateurs et d’une clientèle plus jeune.

Située à proximité du village de Saint-Ludger-de-Milot, au nord du Lac-Saint-Jean, la zec des Passes compte plus de 800 membres et accueille pas moins de 600 chalets de villégiature sur son territoire. « Les membres pêchent moins qu’avant et les nouveaux utilisateurs du territoire veulent pratiquer d’autres activités que la chasse et la pêche. Avec les années, nous avons aménagé des circuits de canot-camping et, plus récemment, des sentiers de randonnée pédestre. Nous avons terminé cet été huit emplacements de camping aménagés au coeur d’un secteur récréotouristique », explique le coordonnateur de la zec, Frédérick Gagnon qui m’a fait découvrir les nouveaux aménagements lors d’une visite du territoire en début de semaine.

Activités diversifiées

La zec n’a pas le choix de s’adapter ; les baby-boomers, qui ont été longtemps les principaux utilisateurs de ces territoires, sont une population vieillissante et vont finir par quitter ces territoires d’ici quelques années. « Les gens pêchent moins, on le constate dans nos statistiques de pêche. En 2007, il se capturait 21 699 ombles de fontaine, alors que ce chiffre atteint maintenant14 649, alors qu’on enregistre quand même 27 000 excursions de pêche par été », constate le coordonnateur.

La Sépaq, qui gère les réserves fauniques, fait le même constat : les adeptes de la pêche ne veulent plus passer huit heures de temps assis dans une chaloupe. Atteindre le quota de prises quotidiennes n’est plus un objectif. Les jeunes pêcheurs veulent vivre une belle expérience en ajoutant à leur activité de pêche des randonnées pédestres, du fat bike et la préparation de repas élaborés avec une bonne bouteille de vin. « On offre des aires de pique-nique, des sites d’observation, des locations de chaloupe en plus d’aménager des sentiers de VTT sur le territoire », fait valoir Frédérick Gagnon.

Les amateurs de plein air qui ne fréquentent pas les zecs seraient surpris de constater à quel point ce sont des territoires magnifiques, alors que certains secteurs peuvent rivaliser de beauté avec les plus beaux parcs du Québec. L’idée de mettre de l’avant des activités récréotouristiques ne fera qu’agrandir le terrain de jeu des amateurs de plein air.

Réseau routier

Comme l’ensemble des zecs du Québec, l’entretien du réseau routier et la construction de ponceaux sur la zec des Passes représentent un enjeu important et nécessitent des investissements considérables chaque année. « Nous faisons le maximum pour l’entretien du réseau routier et nous avons mis en place un système de plaintes écrites pour que les membres de la zec puissent faire valoir leur mécontentement. Le formulaire de plainte est l’unique moyen d’être entendu. Les préposés à l’accueil n’ont pas à subir le mécontentement des usagers à cet égard, car ils n’ont pas de pouvoir de décision sur l’entretien des chemins. Chaque plainte est prise en considération et les membres acceptent cette façon de procéder. Ça évite des commentaires inappropriés ou disgracieux qui pourraient être faits à nos préposés à l’accueil », indique Frédérick Gagnon, en rappelant que le territoire de la zec des Passes est de 1400 km carrés.

Un exemple pour la chasse à l’orignal

La zec des Passes figure à titre d’exemple en ce qui concerne la chasse à l’orignal et le partage des territoires de chasse. On le sait, la forêt publique appartient à tout le monde, mais en période de chasse à l’orignal, les chasseurs occupent le territoire en respectant celui des autres.

Au cours des 10 dernières années, la zec des Passes a élaboré un système de sites d’affût pour documenter et identifier les différents sites de chasse qui sont occupés sur le territoire. « Nous avons demandé à nos membres de nous indiquer sur une carte l’endroit où ils chassent. Nous avons donc identifié un site d’affût comme le point central du territoire de chasse en considérant que le chasseur en question est en action dans un périmètre de 500 mètres autour de son site d’affût », explique le coordonnateur.

« Cette façon de faire nous a permis d’éliminer les conflits entre chasseurs et d’identifier des sites abandonnés pour les offrir à la relève. Quand un chasseur décide d’abandonner son site de chasse pour des raisons de santé ou autres, la zec protège ce territoire pour éviter que d’autres chasseurs autour l’accaparent et le réserve pour de nouveaux chasseurs », fait valoir Frédérick Gagnon.

Quand on regarde l’application sur l’écran d’ordinateur du gestionnaire, c’est vraiment impressionnant. On y voit des cercles d’un kilomètre de diamètre qui représentent approximativement chaque territoire de chasse utilisé par un groupe de deux chasseurs. « Nous savons pertinemment que des chasseurs ne peuvent pas s’approprier le territoire et que la forêt appartient à tous. Nous avons documenté l’activité chasse sur le territoire afin que les adeptes n’installent pas plus que deux affiches identifiées à la zec pour délimiter le territoire où ils sont en activité », précise le gestionnaire. Cette façon de procéder est d’ailleurs citée en exemple partout au Québec.

Épidémie de Tordeuse

La zec des Passes ne pourra pas échapper non plus à l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui sévit actuellement dans plusieurs régions du Québec. L’épidémie, qui a débuté en 1992 dans le sud de l’Outaouais, a accéléré son rythme de propagation et la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est également touchée. « De grands secteurs de la zec sont affectés, et depuis 2006, il y a d’importantes activités forestières et ça va continuer dans le mois à venir. Les travaux sylvicoles affectent le paysage visuel et génèrent une augmentation de la circulation. Mais ça génère aussi des effets bénéfiques comme l’amélioration de l’état des chemins forestiers et ça permet la croissance de jeunes peuplements de feuillus, ce qui est idéal pour l’alimentation de l’orignal et ce qui favorise les chasseurs », indique Frédérick Gagnon.

Janylie Grenier de Jonquière et Émanuelle Côté de Saint-Ludger-de-Milot travaillent comme préposées à l’accueil de la Zec des Passes.