Le professeur Pascal Sirois dirige les activités de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi.

La chaire de recherche fête ses dix ans

CHRONIQUE / En dix ans, la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) nous aura permis d’en savoir un peu plus sur nos poissons de pêche récréative. Créée en 2010 grâce à l’argent amassé avec le coût des permis de pêche, elle aura donné à son titulaire, Pascal Sirois, l’occasion de mener à bien plusieurs projets de recherches sur des espèces d‘ici comme l’omble de fontaine, l’éperlan arc-en-ciel, la ouananiche, le sébaste, le bar rayé et, plus récemment, sur les poissons-fourrage du lac Saint-Jean.

« Nos recherches sont souvent guidées par les mêmes intentions, c’est-à-dire la volonté d’acquérir des connaissances pour donner des outils aux gestionnaires afin de cibler des actions à savoir s’ils doivent faire des aménagements, de la restauration ou de la protection », explique Pascal Sirois, que j’ai rencontré dans son bureau au 4e étage de l’UQAC.

Des recherches pour guider la gestion

« Ce n’est pas nous qui allons dire aux gens du ministère s’ils doivent ouvrir la pêche sportive au bar rayé dans le Saguenay, mais nous allons lui fournir des indices d’abondance et lui dire, en interprétant les informations sur les otolithes (petit osselet dans la tête du poisson), de quelle rivière ils proviennent et d’autres informations qui permettent de prendre des décisions à l’égard de la gestion », fait savoir le chercheur.

Rappelons que ce sont les recherches du docteur en océanographie qui ont permis d’établir clairement la relation proie-prédateur entre la ouananiche du lac Saint-Jean et l’abondance de l’éperlan arc-en-ciel. Depuis plus de 25 ans, des causes comme la pollution agricole, les travaux d’aménagement des berges, la surpêche, le braconnage et la pêche traditionnelle des Ilnus étaient pointées du doigt pour expliquer les cycles de rareté.

Bars rayés

Ce sont aussi les travaux de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’UQAC qui ont permis au ministère de permettre la pêche au bar rayé sur un plus grand territoire sur le fleuve Saint-Laurent. « Nous sommes en train d’établir des indices d’abondance avec le suivi des populations. Nous avons capturé des bars rayés juvéniles de juillet à septembre et dans nos captures, il y avait des bars de 30 mm et d’autres de 100 mm. On essaie de comprendre pourquoi ils n’ont pas la même croissance. On pense que les petits bars ne survivent pas à l’hiver et il faut donc voir leur alimentation. Nous faisons ce suivi sur une centaine de stations de captures sur le fleuve », détaille Pascal Sirois.

Les travaux de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées de l’UQAC ont permis d’en apprendre plus sur nos poissons de pêche récréative.

« Il y a beaucoup d’études sur le bar rayé le long des côtes américaines, mais il y a peu d’informations dans des zones nordiques comme le Saguenay et le fleuve Saint-Laurent », dit-il.

Au cours des années, il y a eu des recherches portant sur la remise à l’eau de l’omble de fontaine avec différents types d’hameçons. Il y a eu aussi des tests sur les leurres et techniques de pêche pour le doré et la perchaude l’hiver en lien avec l’interdiction de pêcher avec des poissons-appâts vivants. Il faut aussi mentionner l’aménagement de 25 frayères à éperlans arc-en-ciel sur le lac Saint-Jean, tout près de l’embouchure de la rivière Mistassini pour améliorer la productivité de la principale nourriture de la ouananiche.

« Après trois années de suivi, nous savons maintenant que les frayères ont été utilisées par l’éperlan et aussi par d’autres espèces. Nous sommes en train de documenter ce suivi », confie le chercheur.

Un immense chantier de recherche qui s’étendra sur neuf années a été amorcé l’été dernier sur le lac Saint-Jean concernant le poisson-fourrage. « Il existe une quinzaine d’espèces de poissons-fourrage. L’an passé, sur les 162 stations de captures autour du lac, nous avons capturé 134 000 petits poissons, que nous avons tous remis à l’eau vivants. Vous pouvez l’indiquer à vos lecteurs », fait savoir Pascal Sirois, qui se dit très intéressé par ces recherches. « On ne connaît pas les conditions de vie et les habitats de ces poissons-fourrage qui constituent aussi un apport important comme source de nourriture et nous allons continuer ce suivi pour au moins les huit prochaines années », laisse entendre Pascal Sirois.

Truite de mer, omble de fontaine et doré du lac

La chaire de recherche a aussi des ambitions pour l’avenir. « On s’intéresse à l’habitat de l’omble de fontaine et les méthodes pour établir le quota d’un lac. Historiquement, on se base sur la zone 0-6 mètres pour estimer la population d’ombles dans un lac, mais il y a des variantes qu’on voudrait étudier plus en profondeur pour une meilleure connaissance qui permettrait de raffiner les mesures de gestion », met en relief ce passionné pour les espèces aquatiques exploitées.

En terminant, le chercheur indique qu’il a des discussions avec différents intervenants pour élargir les connaissances scientifiques en ce qui concerne la truite de mer du Saguenay et la situation du doré du lac Saint-Jean. « On aimerait bien comprendre pourquoi il y a des cohortes d’abondances et son taux de croissance », conclut le docteur Sirois, qui ne manquera pas de sujets de recherche pour les dix prochaines années.