Les vrais mordus étaient toujours fidèles au poste, vendredi, après quelques jours (et nuits !) d’attente devant le pavillon des croisières. Ils s’étaient construit un abri, pour les protéger des vents et du froid.

Être là où ça mord

CHRONIQUE / C’est aujourd’hui, en ce samedi 17 novembre, que les amateurs de pêche blanche qui attendent devant le Pavillon des croisières de La Baie depuis mardi matin mettront la main sur les spots de pêche tant convoités. Les mordus ont monté un véritable campement avec des panneaux isolants et des chaufferettes au propane pour passer la nuit.

Cette attente pour les emplacements est devenue une tradition depuis quelques années. Avant que la Ville de Saguenay ne réglemente les deux sites de pêche, des adeptes se présentaient avec des procurations au nom de plusieurs personnes. Les plus rusés d’entre eux pouvaient avoir une dizaine de procurations dans leur poche et s’attribuaient les terrains les plus convoités sur les glaces.

La légende veut que ces pêcheurs revendaient par la suite les emplacements les plus « mordeux » à fort prix. Aujourd’hui, les amateurs de pêche blanche ne peuvent pas avoir plus de deux procurations en leur possession, évitant ainsi un petit commerce au noir de vente d’emplacements.

Tradition

« Cette tradition de se rendre à l’avance pour être parmi les premiers à réclamer un emplacement fait partie du folklore qui met la table à la saison de pêche blanche. C’est devenu un événement, un genre de lieu de rassemblement où les gens en profitent pour socialiser. Leur présence attire les caméras de télévision, les photographes et les journalistes. Les gens font parler d’eux et ils s’amusent avec ça », a commenté Rémi Aubin de l’organisme Promotion Pêche et spécialiste de la pêche sous les glaces à La Baie.

La structure des profondeurs de la baie des Ha ! Ha ! est telle qu’il peut y avoir d’importantes différences de profondeur entre deux cabanes pas très loin l’une de l’autre. À la pêche à l’éperlan, tout comme pour la pêche au sébaste, il y a des profondeurs où le succès de pêche est meilleur. Un amateur dans une cabane, par exemple, peut sortir du sébaste sans problème alors que son voisin d’en face revenait bredouille en fin de journée.

Nouvelles technologies

À une certaine époque, avant l’arrivée des sonars et d’Internet, les adeptes de pêche blanche perçaient des trous à marée basse et mesuraient la profondeur des secteurs de pêche avec des cordes lestées pour trouver la profondeur idéale. À certains endroits, la structure abyssale peut varier considérablement. Une cabane pouvait pêcher à 150 pieds de profondeur, par exemple, alors que le voisin d’à côté pouvait laisser descendre sa ligne jusqu’à 180 pieds.

Depuis quelques années, les pêcheurs peuvent télécharger sur leur téléphone mobile ou leur tablette électronique des cartes marines affichant la bathymétrie de la baie des Ha ! Ha ! grâce à l’application Navionic. Avec ses informations, les pêcheurs peuvent repérer les structures sous l’eau qui montrent les détails des contours des fonds marins pour ensuite identifier des endroits stratégiques où se tiennent les bancs de poissons.

Avec ces nouveaux gadgets électroniques, de plus en plus d’adeptes sortent de leur cabane à pêche et se déplacent sur les glaces pour percer des trous à des endroits stratégiques quand le succès de pêche n’est pas au rendez-vous.

La nouvelle tarification exigée par l’organisme Contact Nature qui gère les deux villages de pêche sur la baie des Ha ! Ha ! faisant passer les frais des 85 $ à 165 $ (190 $ avec les taxes) aurait découragé quelques pêcheurs qui ont mis leur cabane à pêche en vente, si l’on se fie à quelques commentaires publiés sur les réseaux sociaux.

Pêche en dehors des sites

On pourrait imaginer que certains pêcheurs décideront d’installer leur cabane de pêche en dehors des sites sécurisés par la Ville. Le conseiller municipal de l’arrondissement de La Baie responsable de la pêche blanche, Martin Harvey, s’est montré peu bavard à ce sujet. « La Ville a une entente avec Pêche et Océans Canada pour sécuriser le chenal de navigation des bateaux. La Ville continue à respecter les règles de sécurité avec les 12 pouces de glace nécessaires dans les villages de pêche pour l’embarquement des cabanes. Ceux qui vont sur les glaces en dehors des sites le font à leur risque et péril.

Présentement, sur le site de la Ville, on indique que : « Dans le but de respecter l’entente signée avec Pêches et Océans Canada, l’installation de toute cabane à pêche, abri à pêche ou abri temporaire à l’extérieure des zones prévues à ces fins est illégale. L’autorité compétente pourra prendre les dispositions nécessaires pour faire enlever ladite cabane, abri à pêche ou abri temporaire, et ce, aux frais du propriétaire après avoir donné un avis de 24 heures au propriétaire ou apposé le tel avis sur un endroit apparent de la cabane et/ou de l’abri. »

L’hiver dernier, des pêcheurs avaient reçu des amendes pour avoir installé des cabanes à l’extérieur des sites de pêche.