Le ministre Luc Blanchette a présenté, vendredi, un projet de loi à l’Assemblée nationale pour augmenter la capacité du gouvernement à intervenir contre le braconnage.

Des amendes plus salées pour pénaliser les braconniers

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a l’intention de mettre plus de mordant dans la loi sur la conservation de la faune en augmentant la plupart des amendes pour les infractions majeures à l’égard de la faune pour pénaliser davantage les braconniers.

« On sait que la très grande majorité des chasseurs, pêcheurs ou trappeurs pratiquent leurs activités en respectant la faune, ses habitats et les règlements. Ce ne sont pas eux qu’on vise avec le nouveau projet de loi, mais les braconniers qui sont de plus en plus structurés, organisés et qui utilisent de nouvelles technologies pour commettre leurs méfaits envers la faune », a indiqué le ministre vendredi lors d’une entrevue téléphonique.

Le ministre a en effet présenté un projet de loi vendredi à l’Assemblée nationale pour augmenter la capacité du gouvernement à intervenir contre le braconnage, à agir plus efficacement pour protéger la faune et ses habitats et moderniser les façons de faire pour faciliter le travail des agents de la faune.

« On veut mettre plus d’équité et de justice dans le système », a déclaré le député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue. En plus de hausser les amandes lorsque la culpabilité est reconnue, le projet de loi veut faire passer de deux à trois ans le délai de prescription applicable à une poursuite et permettre qu’une peine d’emprisonnement soit imposée dès la première déclaration de culpabilité dans le cas des infractions les plus graves.

Les modifications à la loi visent également à interdire les appareils de vision nocturne ou d’imagerie thermique pour la chasse au gros gibier et l’utilisation d’aéronef pour le repérage de gibier. De nouveaux pouvoirs seront accordés aux agents de protection de la faune en leur permettant de demander à un juge l’autorisation d’enquêter sur des terres privées en réalisant des enregistrements sonores ou visuels, ou en utilisant un dispositif de repérage par système de localisation GPS.

Loi pour les braconniers

Le projet de loi doit être adopté, après consultation, avant les prochaines élections et nous verrons dans l’application des règlements si la hausse des amendes ne concerne que les infractions graves. Il serait en effet mal vu par les chasseurs que le coût des amendes monte en flèche pour des infractions techniques sans conséquence pour la faune et ses habitats. Par exemple, le chasseur ou le pêcheur qui ne porte pas sur lui son permis de chasse ou de pêche, celui dont le sac à dos couvre une partie de son dossard ou celui dont l’étui pour le transport d’arme à feu, en dehors des périodes de chasse, n‘est pas fermé complètement.

Les chasseurs sont d’accord quand le ministre met des efforts pour traquer les braconniers, mais se montrent impatients quand il ajoute d’autres irritants, à la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune.

« On ne sait pas s’il y a une recrudescence de braconnage, mais on sait que les réseaux de braconniers sont mieux organisés. On constate qu’il y a plusieurs dossiers de revente de viande sauvage », indique le ministre. C’est un fait que la viande de gibier, considérée comme de la viande bio, est de plus en plus en demande sur le marché des braconniers et que ces derniers trouvent preneurs plus facilement.

« Il y aura une grille d’amendes d’établie en collaboration avec le ministère de la Justice et dans la réglementation il y aura des amendes aussi pour les acheteurs », a fait valoir le ministre Blanchette.

Le ministre a aussi confirmé en entrevue que son objectif est d’augmenter le nombre d’agents de protection de la faune. « On vient d’investir 25 millions $ dans la protection de la faune et l’argent n’a pas été complètement dépensé, il reste donc une marge de manoeuvre pour l’an prochain. Présentement on forme deux cohortes d’agents de protection de la faune.» La première partie de leur formation se fait au Collège d’Alma et l’aspect plus pratique de leur formation se déroule au Centre de formation et de perfectionnement de la protection de la faune à Duchesnay.


« On veut mettre plus d’équité et de justice dans le système. »
Luc Blanchette

Chasse au caribou migrateur: à la recherche de solutions

Nous avons profité de l’entretien téléphonique avec le ministre Luc Blanchette pour lui demander s’il avait l’intention d’aider les pourvoiries de chasse au caribou dans le Nord-du-Québec qui demandent l’autorisation de chasser 300 caribous l’automne prochain pour maintenir leurs activités alors que les autochtones ont le droit de chasser 6000 caribous. Le ministre a en effet interdit la chasse au caribou migrateur pour la saison 2018.

Le propriétaire d’Air Saguenay, Jean Tremblay, a même avancé que la survie de son entreprise serait en danger s’il n’y a pas de saison de chasse au caribou l’an prochain.

« J’ai entendu toutes sortes d’histoires dans ce dossier, notamment les lettres de Jean Tremblay, d’Air Saguenay. Je ne veux pas m’avancer, on va continuer à bien travailler avec eux, mais tout n’a pas été dit là-dedans », a commenté le ministre Blanchette.

« Dans un premier temps, on a mis des mesures de transition pour cette année en diminuant la moitié des permis de chasse adressés aux non autochtones. C’est vrai qu’à partir de février 2018 il n’y aura plus de permis de chasse au caribou migrateur qui sera émis. En ce qui concerne les autochtones ; les Inuits et les Cris, c’est différent, car pour eux le droit de chasse est enchâssé dans la convention de la Baie-James et du Nord-du-Québec. Donc avec eux les décisions se prennent à un autre niveau », fait valoir Luc Blanchette. 

« On travaille avec nos partenaires, dont les pourvoiries. Au moment où l’on se parle, il n’y a rien d’arrêté, on est à la recherche de solutions et je vais attendre un peu avant de faire des annonces sur ce dossier », a-t-il ajouté.

« On est conscient de l’impact concernant l’interdiction de la chasse, mais, honnêtement, dans ce portrait il faut voir ce qui se passe. Quand les gens vont à la chasse dans ce secteur, ils vont là pour récolter les plus gros caribous migrateurs, avec les plus gros panaches et ce sont les plus importants reproducteurs, ça a un impact sur les populations », explique le ministre. 

« Le fait d’avoir suspendu la chasse, c’est une décision courageuse. Ce n’était pas une décision facile à prendre, mais nécessaire pour protéger le troupeau de la rivière aux Feuilles qui était menacé. Pour ce qui est de la rivière Georges, c’est déjà trop tard, le troupeau est passé de 200 000 à près de 9000 aujourd’hui. Pour l’instant, on va continuer de discuter dans ce dossier et on va travailler avec nos partenaires », a conclu le ministre de la Faune.