Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Il reste encore de belles journées de pêche sur la rivière Sainte-Marguerite, alors que la saison de la truite de mer se tiendra du 16 septembre au 15 octobre.
Il reste encore de belles journées de pêche sur la rivière Sainte-Marguerite, alors que la saison de la truite de mer se tiendra du 16 septembre au 15 octobre.

De la truite quatre saisons

CHRONIQUE / En plus des saumons, la rivière Sainte-Marguerite, à Sacré-Coeur, possède une importante population de truites de mer. D’ailleurs, du 16 septembre au 15 octobre, les pêcheurs peuvent profiter d’une saison de pêche automnale réservée à la truite de mer. Toute l’information est disponible sur le site rivieresainte-marguerite.com.

La directrice générale de l’Association de la rivière Sainte-Marguerite, Valérie Maltais, rappelle que la tarification est différente en automne, pour la truite, et que les tarifs sont de 25 $ par jour pour les non-membres et de 20 $ par jour pour les membres. Les adeptes peuvent s’enregistrer en ligne ou remplir les formulaires d’auto-enregistrement à l’entrée du site de Bardsville et au poste d’accueil de la zec.

Dans le saguenay

Celle que nous appelons la truite de mer est une truite mouchetée, l’omble de fontaine, sauf qu’elle est anadrome, c’est-à-dire qu’elle quitte sa rivière natale pendant sa croissance, afin d’aller s’alimenter en eau salée ou en eau saumâtre, dans le Saguenay, pendant l’été. Elle complète son cycle de vie entre sa rivière natale et le Saguenay, sans jamais se rendre dans le fleuve Saint-Laurent.

Avec le temps, les biologistes nous ont appris qu’il y a aussi des truites résidentes dans la rivière Sainte-Marguerite. Celles-ci ne sortent pas de leur cours d’eau natal, ne vont pas s’alimenter en eau salée et vivent leur croissance en rivière avant de s’y reproduire. Il y a ainsi de la truite tout au long de la saison dans la Sainte-Marguerite.

La limite de prises sur la Sainte-Marguerite est de cinq truites de mer, dont une seule de plus de 35 centimètres.

Même espèce

Il s’agit d’une seule et même espèce de truite, mais certaines choisissent de rester en eau douce, où leurs chances de survie sont meilleures. D’autres choisissent d’aller en eau salée, où il y a plus de nourriture pour une plus grande croissance, mais où il y a moins de chances de survie. Une intéressante publication à ce sujet a été réalisée par Geneviève Morinville, de l’Université McGill, et Véronique Thériault, de l’Université Laval, pour le compte du Centre interuniversitaire de recherche sur le saumon atlantique (CIRSA).

Les truites qui vont en mer sont beaucoup plus grosses quand elles reviennent en rivière pour la fraye. Ces grosses truites sont présentement dans la rivière et les pêcheurs tentent de les surprendre à l’aube et au crépuscule. Une truite qui s’est alimentée en eau salée va mesurer plus de 42 cm au moment de sa reproduction, alors que la truite qui a passé ses quatre années en rivière, en eau douce, mesurera moins de 20 cm au moment de sa reproduction. Il arrive que les truites demeurées en eau douce aillent déposer leur laitance sur les oeufs d’une truite anadrome qui est allée s’alimenter en mer.

Ce sont les petites truites, à la naissance, qui décideront – en fonction de leur ADN, peut-être – si elles passeront leur vie en eau douce ou si elles iront en eau salée.

En eau douce pour l’hiver

Dans quelques jours, de grosses femelles de 35 cm à 40 cm déposeront leurs oeufs dans le lit de la rivière Sainte-Marguerite pour y passer l’hiver.

Ces oeufs écloront sous le gravier, dans l’eau froide, au mois de mai. Les nouveau-nés, des alevins, sortiront de leur nid quand ils auront épuisé le contenu de leur sac vitellin. Les jeunes poissons se mettront alors en quête de nourriture. Les jeunes vont se tenir dans des zones de courant faible pour conserver leur énergie. C’est probablement à cette étape, selon les biologistes, qu’on sépare la crème du petit lait.

Lors de mon passage sur la rivière Sainte-Marguerite, Julien Pelletier, de Québec, a capturé une truite de belle taille au pied des montagnes, dans un décor enchanteur.

Les petites truites décident si elles vont être anadromes ou résidentes de la rivière. Les futures anadromes vont se tenir dans le courant plus rapide ; les futures résidentes, dans les faibles courants.

Celles qui ont choisi le courant faible vont passer quatre ans dans la rivière avant de se reproduire ; celles qui ont décidé d’aller en mer auront plus d’obstacles à traverser. En s’alimentant dans le courant fort, elles gaspillent plus d’énergie. Après un an en rivière, elles voudraient bien s’en aller dans le Saguenay pour s’alimenter, mais elles devront passer deux ou trois ans en rivière. Les biologistes estiment que même avec une taille respectable, 90 % des spécimens mourront en migrant dans le Saguenay. Plusieurs ne peuvent pas s’adapter à l’osmorégulation, le passage en eau salée. Celles qui vont survivre vont passer l’été entre Chicoutimi et Tadoussac pour doubler de grosseur, passant de 10 à 20 cm en trois mois d’alimentation.

Protection des géniteurs

À l’arrivée de l’automne, les truites se réfugient en eau douce pour passer l’hiver, l’eau salée étant trop froide. Certains poissons se réfugient en amont du Saguenay, près de Chicoutimi. Les autres remontent la Saint-Marguerite. Ce sont les fameuses « truites bleues » qu’on pêche en automne.

Les spécialistes savent que les truites anadromes reviennent en rivière à tout moment en été, comme bon leur semble. On ignore toutefois pourquoi certains poissons choisissent Chicoutimi et d’autres, la Sainte-Marguerite, pour passer l’hiver.

L’histoire se répète en avril pour la truite de mer, qui va retourner au Saguenay, pour une deuxième année, avec encore un taux de mortalité de 90 %. Des 50 000 à 70 000 truites ayant quitté la rivière pour le Saguenay, seulement 500 à 700 reviendront sur le site de fraie. Voilà pourquoi il est important de remettre à l’eau les géniteurs. Depuis 10 ans, sur les cinq truites que les pêcheurs peuvent conserver, une seule peut mesurer 36 centimètres ou plus, une mesure valable dans toutes les rivières tributaires du Saguenay.

Valérie Maltais, directrice générale de l’Association de la rivière Sainte-Marguerite, invite les pêcheurs à s’inscrire en ligne, par auto-enregistrement ou au poste d’accueil de la rivière.

Il reste encore de belles journées de pêche sur la Sainte-Marguerite ; à vous d’en profiter !