Patrice Tremblay, assistant à la protection de la faune, pose avec Serge Gravel, technicien de la faune au MFFPQ, Marie-Ève Girard, professeure au CFP de La Baie, et Joanie Lemieux, assistante à la protection de la faune pour la rivière Saint-Jean-Saguenay.

Comptage de saumons sur la rivière Saint-Jean-Saguenay

CHRONIQUE / Les techniciens de la faune se débattaient contre le courant de la rivière Saint-Jean-Saguenay, cette semaine, pour installer une barrière de comptage de saumons et de truites de mer. Attachés à une ligne de vie (un câble), en habit de plongée et en apnée, ils fixaient les installations tout en luttant contre le débit de la rivière qui est relativement haut en ce début de saison.

« Il s’agit d’une nouvelle technologie. Ce sont des barrières flottantes qu’on ancre au fond de la rivière. Quand il y a des débris, comme des branches ou des feuilles, ils passent par-dessus la barrière pour continuer leur dérive sans rien briser », explique Serge Gravel, technicien de la faune au bureau régional du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ)

« Dans le fond, nous fixons une cage en béton en forme de ‘‘U’’ vers laquelle seront dirigés les poissons. Sur les parois de cette cage, nous installons des lecteurs au laser avec un enregistreur de données et des caméras qui pourront détecter le passage des poissons qui remonteront la rivière. Ces données seront accessibles en temps réel sur les écrans de la firme WSP à Sherbrooke », détaille Serge Gravel.

Une première pour la Saint-Jean

L’appareil de détection peut également faire la différence entre les saumons et les truites de mer en fonction de la taille des spécimens. Il s’agit d’une première pour la rivière Saint-Jean-Saguenay, alors que ce système en sera à sa troisième année d’opération sur la rivière Petit-Saguenay. Le même système sera installé cette semaine à Big Pool sur la rivière Sainte-Marguerite.

Ce sont les assistants à la protection de la faune à l’emploi de la zec Saumon qui s’occuperont de l’entretien de la barrière en plus de nettoyer le limon qui se déposera sur l’objectif de la caméra. Les barrières flottantes utilisées dans le cadre de ce projet ont été réalisées par les élèves du Centre de formation professionnelle de la polyvalente de La Baie dans le cadre du DEP en Protection et exploitation de territoires fauniques. « Trois cohortes d’élèves ont travaillé à l’assemblage des structures et un autre groupe participera au démantèlement des installations cet automne », fait savoir Marie-Ève Girard, enseignante au DEP, qui était sur place lors de l’installation des barrières.

Pour une meilleure gestion

La biologiste du MFFPQ Karine Gagnon supervise ce projet et se réjouit de pouvoir récolter de nouvelles données. « Auparavant, ce sont des plongeurs en apnée qui faisaient le décompte des saumons dans la rivière. Avec cette barrière de comptage, nous aurons des données plus précises pour établir les règles de gestion », indique la biologiste.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du Plan de gestion du saumon atlantique pour la période 2016-2026. Les recherches publiées dans le rapport scientifique de 2017 sur le suivi des populations témoins de saumon atlantique au Québec ont démontré que chaque rivière à saumon a ses particularités. On y indique, entre autres, que « l’abondance des saumons adultes en rivière a graduellement diminué au cours des dernières décennies sur toute l’aire de répartition de l’espèce. Au Québec, leur nombre est passé d’environ 120 000 saumons adultes en moyenne durant les années 1980 à moins de 68 000 saumons en moyenne depuis les années 2000 pour les 114 rivières à saumons suivies sur le territoire, une diminution touchant particulièrement les rédibermarins (saumon qui a passé plus d’un hiver en mer).

« Au Québec, le saumon de la plupart des régions a obtenu le statut de ‘‘préoccupant’’, alors qu’il est déclaré en voie de disparition sur l’île d’Anticosti. À une plus fine échelle, on constate néanmoins que plusieurs populations de saumon du Québec demeurent dans un état exceptionnel. Dans ce contexte, il devient important de poursuivre les efforts de suivis serrés des populations modèles afin de mieux comprendre les effets des variations environnementales et humaines sur l’intégrité des stocks de saumon atlantique pour ainsi adapter les orientations de mise en valeur et de conservation en fonction de l’état actuel de l’espèce », indique le rapport.

« Sur le territoire québécois, certaines populations de saumon atlantique se portent suffisamment bien pour offrir une pêche récréative de grande qualité et d’autres sont dans un état préoccupant. Dans ce contexte, une gestion efficace des stocks doit être appuyée par une bonne connaissance de l’évolution des caractéristiques biologiques des populations, d’où l’importance du suivi effectué dans les rivières témoins (Saint-Jean en Gaspésie et Trinité sur la Côte-Nord) », peut-on lire dans le rapport.