Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a changé le statut du bar rayé du fleuve Saint-Laurent. Le statut de la population de bar réintroduite ne sera pas connu avant 2022.

Changement de statut pour le bar rayé

CHRONIQUE / Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) nous en a poussé une bonne cette semaine en concluant, dans un communiqué publié le 2 décembre, que la population de bar rayé du fleuve Saint-Laurent est considérée comme disparue (espèce sauvage qui n’existe plus).

« La population historique du fleuve Saint-Laurent, qui vivait autrefois dans le fleuve et dont le dernier individu connu a été capturé en 1968, a disparu, victime de la surpêche et de la dégradation de son habitat », indique le COSEPAC.

Cette population a reçu le statut « disparu au pays » (espèce sauvage qu’on ne trouve plus à l’état sauvage au Canada, mais qu’on trouve ailleurs) en 2004 et le statut « en voie de disparition » (espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente) en 2011.

Ça fait au moins 10 ans que j’écris sur le bar rayé et je prends la peine chaque fois de vous répéter ce que le ministère des Forêts de la Faune et des Parcs (MFFP) nous répète chaque fois qu’on parle du bar : « Les bars rayés qui fréquentent les eaux du Québec appartiennent à deux populations distinctes : la population du sud du golfe du Saint-Laurent, originaire du Nouveau-Brunswick, et la population du fleuve Saint-Laurent, résidente du fleuve ».

Voici aussi ce que dit le ministère des Forêts de la Faune et des Parcs au sujet du bar rayé dans ses récentes publications : « La population de bar rayé du fleuve Saint-Laurent a disparu vers la fin des années 1960. Elle a fait l’objet d’un programme de réintroduction à partir de 2002 et est aujourd’hui considérée comme en voie de rétablissement. Toutefois, cette population possède le statut d’espèce disparue en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada, ce qui en interdit formellement l’exploitation. Les suivis effectués par le MFFP confirment l’augmentation démographique de la population de bar rayé du fleuve Saint-Laurent. Les bars rayés appartenant à cette population fréquentant principalement un secteur s’étendant du lac Saint-Pierre à Rivière-du-Loup sur la rive sud et à la rivière Saguenay sur la rive nord. Le MFFP mettra en place des modalités d’exploitation durable pour cette espèce dans le fleuve Saint-Laurent lorsque l’état et le statut de la population le permettront. D’ici là, les efforts de conservation pour cette population doivent être maintenus ».

Trois populations de bars rayés

À la lecture de ces informations, on devrait sauter au plafond en se disant: ‘‘Enfin les bars rayés du Saguenay n’ont plus de statut, on va pouvoir enfin le pêcher !’’ Mais non, le COSEPAC considère qu’il n’y a pas deux, mais trois populations de bars rayés : celle qui a disparu (population historique du fleuve) , celle de la Miramichi (population du golfe Saint-Laurent) et celle réintroduite en 2002 (population réintroduite du fleuve)

Dans son communiqué, le COSEPAC indique que « dans le cadre d’un programme d’ensemencement amorcé en 2002, des bars rayés de la rivière Miramichi (Nouveau-Brunswick) ont été introduits dans le fleuve Saint-Laurent, aujourd’hui en meilleure santé, ce qui a permis l’établissement d’une population reproductrice. Il est important de souligner que ces bars rayés qui descendent des individus de la rivière Miramichi forment une population distincte de bars rayés et sont différents des individus de la population historique du fleuve Saint-Laurent ».

Et là maintenant, qu’arrivera-t-il avec cette nouvelle espèce réintroduite ? Nick Mandrak, coprésident du Sous-comité de spécialistes des poissons d’eau douce avance cette explication : « Le Comité a déterminé que les poissons introduits ne devraient pas être considérés comme faisant partie de la population historique du fleuve Saint-Laurent. Par cette nouvelle évaluation, nous affichons notre détermination à identifier et à évaluer la biodiversité canadienne en nous fondant sur des méthodes rigoureuses et normalisées applicables à la perte de populations uniques. » Le COSEPAC prévoit réévaluer toutes les populations de bars rayés du Canada en 2022.

Pas de pêche avant 2023 ?

Le COSEPAC indique toutefois sur sa page Internet que « Cette population (introduite) fait l’objet d’un effort de réintroduction, par l’utilisation d’individus de la rivière Miramichi, ce qui a entraîné une reproduction naturelle, une certaine augmentation de l’abondance et une augmentation de la répartition. Il est toutefois difficile de déterminer si la population est autosuffisante sans l’apport supplémentaire continu. La population est vulnérable aux prises accessoires dans les pêches commerciales, et bien que la menace liée au dragage ait été réduite, elle est toujours présente. »

Sur la base de ces informations, il ne faut pas espérer pêcher le bar rayé dans le Saguenay avant 2023. J’ai placé des demandes d’entrevue auprès du MFFP en milieu de semaine pour savoir quelles pourraient être les impacts de ce nouveau statut et j’ai reçu ce courriel en attendant de pouvoir poser des questions aux responsables de ce dossier.

« Le MFFP poursuivra ses efforts pour documenter scientifiquement l’évolution de l’état de la population réintroduite du bar rayé de Miramichi dans le fleuve Saint-Laurent, qui démontre des signes d’amélioration encourageants », m’a-t-on répondu.