Pierre-Luc Murray et Charles Lapointe, de Cannes Boréal, ont fabriqué près de 300 cannes à pêche sur mesure depuis trois ans.

Cannes à pêche sur mesure

CHRONIQUE / Deux jeunes passionnés de pêche de Chicoutimi, Pierre-Luc Murray et Charles Lapointe, ont lancé leur entreprise de fabrication de cannes à pêche sur mesure il y a trois ans. Les Cannes Boréal commencent à se tailler une place de choix dans le milieu de la pêche et de plus en plus d’adeptes optent pour une canne faite pour leur main. Je les ai rencontrés dans leur atelier.

Comme l’histoire de plusieurs entreprises, le processus de création se passe dans le garage derrière la maison. « Ça fait deux ans que ma vielle Pontiac Catalina des années 70 passe l’hiver sous la neige. Notre atelier occupe toute la place dans le garage », lance Pierre-Luc Murray, qui trouve que le plafond de huit pieds (2,4 mètres) un peu trop bas pour manipuler les cannes.

Une idée à la pêche

« L’idée est née dans une cabane à pêche. On trouvait que nos cannes manquaient de style et de performance. La poignée était mal adaptée et je trouvais qu’on avait une mauvaise prise. C’est à ce moment qu’on a décidé de fabriquer des cannes sur mesure », raconte Charles Lapointe.

« On s’est mis à faire des recherches sur Internet pour trouver des fabricants, des fournitures de pièces et différentes techniques de fabrication. C’est un petit monde et les secrets sont bien gardés », met en relief Pierre-Luc Murray, qui est électricien de métier.

« On a commencé par commander des pièces pour fabriquer une canne. On a commandé une tige, des guides (anneaux), une attache moulinet et une poignée. Notre première canne n’a pas été un grand succès. Il a fallu la démonter et la refaire. Ce n’était pas à notre goût. On l’a vendue à mon père pour le prix des matériaux et on a écrit ‘‘Numéro un’’ dessus », raconte Charles Lapointe, qui travaille comme mécanicien dans la vie.

Après trois ans d’existence, les deux jeunes entrepreneurs ont fabriqué près de 300 cannes à pêche sur mesure. « La production double chaque année. Le bouche-à-oreille est notre meilleure publicité, encore plus efficace que les réseaux sociaux. On vend à des pêcheurs de doré à Chibougamau, à des pêcheurs de saumon en Gaspésie et à des pêcheurs de truite. Quand quelqu’un possède une de nos cannes, les amis autour de lui nous contactent pour avoir aussi leur canne personnalisée », fait savoir Pierre-Luc Murray.

Les propriétaires de Cannes Boréal ont fabriqué près de 300 cannes à pêche sur mesure depuis trois ans.

Ça donne des frissons

J’ai touché à des objets rares dans le garage de ces deux jeunes. J’ai tenu une canne de lancer léger dans mes mains et j’en ai eu des frissons tellement la sensation est loin de tout ce qui se dresse dans les étalages des magasins, hormis les cannes haut de gamme qui se vendent plus de 1000 $. J’avais l’impression de tenir une oeuvre d’art dans mes mains.

Les jeunes m’ont fait manipuler des tubes de canne avec une sensibilité incroyable. Un petit grattement d’ongle sur le bout du tube se faisait ressentir jusque dans le bras et l’épaule. « Nous sommes en train d’élaborer des modèles pour la pêche au sébaste à 300 ou à 400 pieds (90 à 122 mètres) », laisse savoir Charles Lapointe, qui aime bien la pêche sous la glace.

Les concepteurs peuvent passer entre une ou deux heures avec un client pour déterminer le genre de canne à pêche qui lui convient. Ils vont lui demander quelle espèce il veut pêcher, en lac ou en rivière, au lancer léger, à la mouche ou au lancer lourd, et quelle sorte de moulinet il utilise. Ils vont choisir avec lui les couleurs des tubes et lui suggérer des oeillets pour laisser passer le monofilament. Puis, ils vont faire des tests sur la prise de poignée pour fixer le moulinet et dessiner la poignée de liège. Les fabricants assemblent eux-mêmes le liège qu’ils façonnent sur un tour pour obtenir la forme désirée.

Pierre-Luc Murray et Charles Lapointe, de Cannes Boréal, peuvent personnaliser les cannes à pêche en choisissant la langueur, la couleur ou le type d’action.

Tout est possible

« The sky is the limit pour les types de fabrication. On commence avec des cannes à 200 $ et après, on peut mettre des anneaux en or si le client le désire. On peut choisir la longueur des cannes, les fabriquer en un seul bout, ou en quatre bouts. On peut commander des tubes en alliage de carbone avec des actions lente, modérée ou rapide. Il y a au moins 700 tubes différents de disponibles sur le marché », fait savoir Pierre-Luc Murray, en indiquant que de plus en plus de fabricants artisans arrivent sur le marché aux États-Unis pour faire concurrence aux grandes compagnies.

Les jeunes artisans arrivent à fabriquer, pour 700 $ ou 800 $, des cannes de haut niveau que les grandes marques vendent à 2000 $ sur le marché. « Généralement, on demande de six à huit semaines de délai pour livrer une canne à pêche à un client, mais il peut y avoir des imprévus. On peut aussi accélérer le processus pour une demande spéciale », indique Pierre-Luc Murray.

Les jeunes travaillent environ 40 heures par semaine dans leur garage, en plus de leurs occupations normales de mécanicien et d’électricien. Les pères de jeune famille ont dû adapter leur horaire pour concilier le travail et la famille, et ils n’ont pas l’intention de ralentir la production. « On fera une première sortie de mise en marché au salon Expo Nature de Chicoutimi prochainement et on regarde pour acheter de la machinerie pour fabriquer nos propres tubes en alliage de carbone », concluent les jeunes hommes d’affaires.