Pierre Tremblay, président du Club des archers de Chicoutimi, estime que les moniteurs de son organisation forment entre 150 et 200 archers et chasseurs à l’arbalète par année à Saguenay. Il pose ici devant une cible animale avec, entre ses mains, un arc traditionnel de sa fabrication.

Arcs et arbalètes à l’assaut des forêts

Les archers et les chasseurs à l’arbalète prennent d’assaut la forêt en ce samedi 1er septembre pour ce qu’on appelle la présaison de chasse à l’arc et à l’arbalète qui se déroule du 1er au 16 septembre. Après une trêve d’une semaine que les amateurs de petits gibiers apprécient beaucoup, la saison de chasse avec arme à feu se déroulera du 22 septembre au 12 octobre.

Au cours des dix dernières années, le Club des archers de Chicoutimi forme de 150 à 200 nouveaux chasseurs à l’arc et à l’arbalète. « Sur un groupe de 45 personnes, par exemple on compte une douzaine d’archers pour une trentaine de chasseurs à l’arbalète. De nombreux chasseurs d’armes à feu s’achètent des arbalètes pour occuper leur territoire de chasse durant la présaison », fait valoir Pierre Tremblay, président du Club des archers et impliqué dans le domaine de la chasse à l’arc depuis plus de 35 ans.

Pierre Tremblay a été un des premiers au Saguenay à s’impliquer bénévolement pour développer la chasse à l’arc au sein de la Fédération québécoise de la faune qu’on appelle aujourd’hui la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec. « Les élèves de chasse à l’arc et à l’arbalète suivent le même cours théorique (Initiation à la chasse avec arc ou arbalète (ICAA)), sauf que les archers doivent se qualifier au tir en plaçant trois flèches sur cinq dans les parties vitales de cibles animales en 3D. Les chasseurs à l’arbalète doivent seulement se qualifier à l’examen théorique pour recevoir leur certificat du chasseur », détaille le spécialiste.

« Les chasseurs à l’arc doivent pratiquer leur tir régulièrement en salle pour développer leur habileté et obtenir des tirs précis et efficaces en période de chasse pour éviter de blesser les bêtes », précise-t-il. Quand on lui demande de nous expliquer quelle est la différence entre le tir à l’arc et le tir à l’arbalète, il s’exprime ainsi : « La différence entre l’arc et l’arbalète, c’est comme la différence entre un Ski-Doo et un skieur ; les deux ont des skis, mais avec le premier, tu pèses sur le bouton pour partir en trombe et le second doit y mettre tout ton poids et ton agilité pour avancer ».

Avouez que l’image est forte et qu’elle montre les deux mondes qui séparent les chasseurs à l’arbalète et les archers qui utilisent tout les deux des flèches pour pratiquer leur activité. « Souvent les chasseurs à l’arbalète utilisent leur arbalète seulement en période de chasse et la remise pour le reste de l’année, un peu comme le font les chasseurs avec arme à feu qui vont tirer deux ou trois balles avant la chasse pour vérifier l’ajustement de leur carabine », fait valoir le moniteur de chasse à l’arc.

« On ne peut pas permettre aux chasseurs à l’arbalète de pratiquer à l’intérieur des murs de notre club. Une arbalète armée est considérée comme une arme à feu qui doit tendre son arc avant de laisser partir sa flèche », nuance celui qui se spécialise dans les arcs traditionnels.

Les chasseurs avec armes à feu vont souvent s’adonner à l’arbalète pour augmenter leur chance de récolter un orignal durant la présaison et ainsi occuper leur territoire pour éviter que d’autres chasseurs à l’arbalète ou archers tentent leur chance en leur absence.

« Même si les arbalètes doivent être manipulées comme des armes à feu, les distances de tir sont les mêmes qu’avec un arc. Même si une arbalète est équipée d’un télescope, elle ne tirera pas plus loin et les chasseurs doivent estimer leur cible à moins de 40 m avant de décocher leur flèche », note Pierre Tremblay convaincu de seulement blesser l’animal en tirant à plus de 40 m. « Nous faisons beaucoup de sensibilisation à cet égard durant les cours de formation avec les témoignages des agents de la faune », ajoute-t-il.

Sur le site Internet du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, on retrouve d’ailleurs cette information : « L’abattage d’un animal avec une arbalète se déroule de la même façon qu’avec un arc, l’animal mourant de l’hémorragie causée par la flèche. Lorsqu’il s’agit d’un gros gibier, le chasseur doit donc attendre de 30 minutes à quelques heures après avoir lancé sa flèche, selon la partie du corps où l’animal a été atteint. Ce délai permet à celui-ci de se coucher et de mourir. La région du cœur, du foie et des poumons demeure le point d’impact par excellence, la tête et le cou ne constituant pas des cibles convenables. Tout comme dans le cas de la chasse à l’arc, la pointe de la flèche doit être tranchante comme la lame d’un rasoir. »

Présaison pour nouveaux chasseurs ?
La chasse à l’arbalète pourrait être une façon d’éliminer l’appropriation du territoire en période de chasse à l’orignal. Je verrais très bien un projet pilote sur les zecs où les groupes de chasseur ont identifié le territoire où ils pratiquent leur activité, un territoire qui ne leur appartient pas, mais qu’ils exploitent. On pourrait offrir ces territoires à de nouveaux chasseurs à l’arbalète par un principe de tirage au sort.

L’expérience mériterait d’être tentée. Supposons qu’une zec compte, par exemple, 30 territoires de chasse. M. Tremblay et M. Simard, qui chassent sur le territoire numéro 12, par exemple, en période de chasse avec arme à feu, devraient laisser un autre groupe de chasseurs en profiter pendant la présaison de chasse à l’arc et à l’arbalète. On pourrait ainsi permettre à de nouveaux chasseurs d’avoir accès à un territoire sans se retrouver fasse à des affiches « Chasseurs à l’affût » et ainsi faire monter en flèche (pardonnez le jeu de mots) les ventes d’arbalètes.

La présaison de chasse au début du mois de septembre pourrait être une belle occasion pour s’attaquer au problème de l’appropriation du territoire.