Les chasseurs en forfait VTT peuvent atteindre des secteurs de chasse très intéressants le long des rivières qui baignent le territoire.

Anticosti, à l’affût ou en chasse fine

CHRONIQUE / Pour la première fois en 15 années de chasse à Anticosti, j’ai passé une journée assis dans une cache rustique à attendre que le chevreuil se pointe à bonne distance. Généralement, je préfère la chasse fine à l’affût, car les centaines de sentiers qui parsèment les territoires d’Anticosti favorisent ce genre d’approche. Marcher lentement, sans faire de bruit, et surprendre une bête avant qu’elle ne vous sente ou vous détecte fait partie des belles sensations que procure la chasse au cerf à Anticosti.

Mais par ce matin ensoleillé et frais, j’écoute le guide parler de cette cache qu’il a aménagée sur la rivière Chicotte. Il en parle comme de la cache du président tellement il a fait des efforts pour l’installer dans un endroit stratégique au croisement de deux rivières. « J’aimerais ça que quelqu’un passe la journée là, il y a des gros bucks dans le secteur. J’irais sur le plateau avec un chasseur, mais il faudrait que quelqu’un chasse à l’affût sur la rivière », dit-il avec assurance et beaucoup de conviction.

Je lève ma main en disant que je pourrais essayer ça pour la matinée. Le guide prend un napperon de papier dans la salle à manger et me trace un plan pour me rendre à la cache en VTT. « J’irai te rejoindre sur l’heure du midi et je vais arriver de l’autre côté de la rivière après avoir arpenté les hauteurs du plateau », me dit celui qu’on surnomme Cowboy.

Les VTT offrent aux chasseurs la possibilité de pénétrer en profondeur le territoire pour ensuite débusquer les chevreuils et marcher dans des sentiers le long des marais ou en plein coeur de la forêt.

Écoute ton guide

Règle générale, pour connaître du succès sur l’île, il est préférable d’écouter son guide. Par ce matin ensoleillé, je pars en VTT pour me diriger le long de la rivière et m’installer là ou je devrais dénicher un gros buck. J’avais déjà récolté un jeune buck et je me disais qu’une femelle pourrait aussi faire l’affaire pour cette avant-dernière journée de chasse. Je m’étais donné jusqu’à 11 h pour cibler un cerf mâle, me disant que je serais moins sélectif après cette heure.

Après 15 minutes d’affût, une femelle et son veau passent devant ma cache. Je les laisse filer, comme tout le monde qui chasse sur l’île. On ne prive pas un jeune de sa mère dans cet environnement forestier. Environ 30 minutes plus tard, une femelle seule suit le même chemin pour traverser la rivière. Il n’est pas encore 11 h ; je la laisse donc passer, même si elle est de belle taille.

Un peu avant midi, une troisième femelle se pointe le museau au loin. Je décide que c’est là que ça se passe. Je m’installe avec ma carabine, bien appuyé sur le bord de la cache, et je prépare mon scénario en choisissant la distance et l’endroit où je vais tirer. Je la regarde progresser. Elle suit le même chemin que les trois chevreuils précédents. J’attends qu’elle avance encore une centaine de pieds, dans un endroit dégagé. Ma carabine bien épaulée, je la regarde dans mon télescope et juste au moment où mon coeur commence à battre un peu plus vite, la bête prend la direction du bois et je ne la reverrai jamais.

Sur cette photo, une femelle et son petit traversent la rivière Chicotte, le genre de situation où les chasseurs refusent de tirer.

Jusqu’en fin de journée

Résigné, je continue à surveiller les environs. Je suis dans un spot incroyable avec une vue à 180 degrés, plein de potentiel pour voir du chevreuil. Quand mon guide arrive par le bas de la rivière, je conviens avec lui que ce serait bon de rester dans la cache jusqu’en fin de journée pour profiter du moment où le chevreuil est plus actif.

Je patiente jusqu’en fin de journée pour ne voir que dalle. Le chevreuil a décidé de rester dans le bois et de ne pas se montrer. Ainsi va la chasse : le meilleur endroit, au meilleur moment, et rien n’arrive. Je termine finalement ma chasse en récoltant mon deuxième chevreuil, un veau aperçu à longue distance, le long du chemin, croyant que c’était une femelle.

Père et fils

Nous étions un groupe de quatre journalistes pour ce séjour de sept nuits et six jours de chasse à la fin septembre et au début du mois d’octobre. Nous avons aussi fait le voyage de chasse en compagnie de Guillaume Michaud, un médecin généraliste de Jonquière, qui chassait avec son père, Claude, sur le territoire de Chicotte-la-Mer.

Sur le VTT, Guillaume Michaud, de Jonquière, pose en compagnie de son père, Claude, en face de l’auberge Chicotte-la-Mer. Les chasseurs ont profité d’un beau séjour père et fils en plan américain.

Nos voisins de chalet ont eu plus de chance que votre humble chroniqueur, alors que le chasseur de 75 ans a récolté deux beaux mâles avec des palanches de six pointes. Guillaume Michaud a entamé son voyage avec un peu de malchance, alors que son arme s’est enrayée devant un beau huit pointes, avant qu’un autre buck ne passe dans sa ligne de tir. Le médecin, qui oeuvre également sur l’équipe de Jonquière Médic, a complété son séjour avec deux femelles.

« C’est mon deuxième voyage de chasse à Anticosti. Mon père aime bien cuisiner, et c’est lui qui s’occupait des repas en plan européen, mais cette année, nous avons opté pour un plan américain, c’est plus reposant, et la qualité des repas est excellente », a commenté le père de quatre enfants, qui a grandi dans un environnement de chasse et de pêche durant toute son enfance.

Il m’a même montré des photos de lui, sur l’écran de son téléphone, quand il avait 6 ou 7 ans à la pourvoirie Poulain de Courval. « Avec le plan américain, ça permet de profiter un peu plus de nos moments, c’est un beau voyage père et fils », dit-il.

Le jeune guide Tristan Bédard, en compagnie de Jeannot Ruel, du magazine Sentier Chasse-Pêche, est toujours à l’affût des gros bucks, comme le prouve cette photo prise sur la berge de la rivière Pavillon, située à plus de deux heures de VTT du camp principal.

Notre chroniqueur était l’invité de Sépaq Anticosti dans le cadre de ce reportage

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L'ÎLE ET SES PROJETS EN BREF

• Le forfait de chasse à l’auberge de Chicotte-la-Mer sur l’île d’Anticosti offre de nombreuses possibilités pour les chasseurs. La chasse peut se faire à l’affût dans des caches aménagées partout sur le territoire de 444 kilomètres carrés, à pied dans la centaine de sentiers déboisés, en VTT dans les sentiers, au bord de la mer ou le long des rivières. Peu importe votre style de chasse, vous trouverez un territoire qui convient à vos besoins, et le paysage est magnifique. L’auberge de Chicotte-la-Mer est construite en bois rond, de modèle scandinave, sur le bord du golfe du Saint-Laurent, et vous offre la mer à perte de vue comme décor. Le chef cuisinier vous propose des menus gastronomiques chaque soir, le moment privilégié pour que les chasseurs racontent leurs aventures de la journée . Il se passe toujours quelque chose sur l’île !

• Le directeur de Sépaq Anticosti, Michel Threlfall, nous a informés que la Sépaq investira 7,2 millions $ en 2019 pour construire une auberge de 16 chambres pouvant accueillir 64 personnes. Il arrive parfois que l’avion ne puisse décoller en raison du brouillard, et ce service d’hébergement devenait nécessaire. 

• Un nouvel observatoire sera également construit à proximité de la chute Vauréal, le symbole d’Anticosti, pour offrir un meilleur accès aux visiteurs du parc. Les installations actuelles ont atteint leur fin de vie.

• Un inventaire aérien a été réalisé cet été pour évaluer la population de cerfs sur l’île d’Anticosti. La dernière évaluation remonte à 2005, alors que le cheptel de chevreuils a été évalué à 166 000 cerfs. Les résultats devraient être publiés cet hiver. Le succès de chasse était de 1,73 cerf par chasseur en 2016 et de 1,5 en 2017. Il devrait atteindre 1,85 en 2018. Sépaq Anticosti a accueilli 2300 chasseurs en 2017 – le village de Port-Menier compte 250 habitants –, alors que ce nombre a atteint 2150 en 2018. De ce nombre, il faut compter 20 % de chasseurs américains. Il se récolte en moyenne environ 7000 cerfs par année sur l’île (6030 cerfs en 2017).
Roger Blackburn