Dans la rivière Saguenay, il se capture près de 27 000 truites de mer par année.

27 000 truites de mer capturées

CHRONIQUE / Que se passe-t-il avec la truite de mer du Saguenay ? Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a fait parvenir une modification réglementaire cette semaine, nous avisant que tout omble pêché, notamment l'omble de fontaine anadrome (communément appelé truite de mer), dans certains secteurs de la rivière à Mars et de la rivière Saint-Jean, doit être remis à l'eau. Aussi, dans ces deux rivières, la fermeture de la pêche à toutes les espèces est devancée au 16 septembre 2017, au lieu du 15 octobre, soit le même jour que la fermeture de la pêche au saumon. Sur la rivière Sainte-Marguerite, il y aura une saison de pêche du 15 septembre au 15 octobre, mais avec remise à l'eau obligatoire des truites.
La truite de mer du Saguenay est une espèce unique dans le fjord, car ces truites complètent leur cycle de vie sans aller dans le fleuve Saint-Laurent ou à la mer. Elles naissent dans les rivières où elles passent un ou deux ans et elles deviennent adultes en s'alimentant dans le Saguenay pour retourner frayer dans les rivières tributaires à l'automne. On pourrait même les appeler truites du Saguenay, comme la ouananiche du lac Saint-Jean.
Cette espèce de poisson, qui génère des revenus importants pour les rivières à saumon en fin de saison et qui était destinée à un avenir florissant pour la pêche dans le Saguenay et ses tributaires, connaît des ratés . Les populations sont moins nombreuses qu'on aurait pu l'espérer.
Depuis le déluge
Déjà en 1998, le biologiste Charles Lesueur envisageait des problématiques pour les populations de truite de mer du Saguenay. Dans un texte du Quotidien en novembre 1998, il disait : « La population de truite de mer dans le Saguenay a également souffert des dommages causés aux lits de plusieurs rivières pendant les inondations de l'été 1996. Les inondations ont lessivé les particules fines dans lesquelles les truites allaient frayer, n'y laissant que des grosses roches impropres à la fraie. Cette destruction de plusieurs habitats va entraîner une autre diminution de la population de truite de mer dans le Saguenay à moyen et à long terme ».
En 2004, le ministère de la Faune a mis sur pied le plan de mise en valeur de l'omble de fontaine anadrome au Saguenay. Ce plan de pêche a ramené la limite de prises de 20 à cinq truites sur la rivière Saguenay en amont du pont Dubuc, et de 15 à cinq sur le Saguenay en aval du pont. En rivière, la limite est passée à cinq. Pour diminuer la pression, on a interdit la pêche d'hiver du 31 octobre au 28 avril dans le secteur du Saguenay compris entre la flèche du littoral de Saint-Fulgence et les barrages hydroélectriques où la truite passe l'hiver.
27 000 truites capturées dans le Saguenay
Pour protéger la ressource, on ferme la saison de pêche automnale dans les rivières à saumon où il se capture habituellement moins de 2000 truites annuellement - un peu plus de 1000 sur la Sainte-Marguerite et quelques centaines sur les autres rivières.
Pendant ce temps, dans la rivière Saguenay, il se capture près de 27 000 truites de mer par année. En 2003, une vaste enquête a été menée sur le terrain avec des sondages auprès des pêcheurs et des survols en avion pour évaluer l'effort de pêche à la truite de mer dans le Saguenay. L'enquête a estimé l'effort de pêche à 23 000 jours/pêche, c'est-à-dire 23 000 excursions de pêche à la truite.
En 2013, le secteur faune du ministère a lancé un carnet du pêcheur. Selon les résultats obtenus sur les 40 carnets de pêche retournés au ministère, le succès de pêche a été estimé à 1,3 truite capturée par excursion de pêche. Les biologistes ont fait le calcul suivant : 23 000 excursions de pêche multipliées par 1,3 truite en moyenne, égale 29 900 truites de mer capturées, moins les remises à l'eau, ce qui donne, grosso modo, une récolte de truites de mer évaluée à près de 27 000.
« Depuis 2013, le succès de pêche a été en progression dans le Saguenay jusqu'en 2015, atteignant même 1,9 poisson par excursion. Mais, en 2016, nous avons constaté une baisse de 57 % du succès de pêche avec un taux de 0,6 capture par excursion », relate la biologiste du MFFP Karine Gagnon.
« Nous allons voir si cette baisse du succès de pêche se confirme également en 2017 quand nous aurons les carnets de pêche en main au mois de novembre », fait valoir la biologiste, qui refuse de se prononcer sur les mesures qui pourraient être mises de l'avant si les chiffres sont encore à la baisse.
Efforts de protection
« Les efforts de protection de la truite de mer, dans les rivières comme la Sainte-Marguerite, seront vains, si on ne prend pas les mêmes mesures de protection dans la rivière Saguenay », ont fait valoir les biologistes au moment de la mise en place du plan de mise en valeur en 2003.
La saison de pêche à la truite de mer dans le Saguenay, en amont du pont Dubuc, se poursuit jusqu'au 31 octobre, et aucune réglementation n'oblige la remise à l'eau. De plus, la rivière Saguenay est située dans la zone 21, des eaux fédérales. Nous n'avons pas besoin de permis de pêche provinciale et il n'y a aucun droit de pêche à acquitter pour pêcher la truite dans le Saguenay, en aval du pont.
Alors que les gestionnaires de nos rivières à saumons tirent le diable par la queue pour boucler leur budget d'année en année et qu'ils investissent de l'argent pour surveiller, aménager et protéger les frayères des truites de mer, ça devient injuste pour eux de subir les effets négatifs des mesures réglementaires pendant que la pêche sur le Saguenay est gratuite et peut se faire sans permis.
Les rivières à saumon élèvent des truites pour alimenter une pêche gratuite sur le Saguenay. Je crois sincèrement que la formule ne tient plus la route.