S’il l’emporte dimanche, Tom Brady sera seul sur sa planète, lui qui partage le record de cinq bagues du Super Bowl avec Charles Haley.

Brady, ou l'art de passer de la parole aux actes

Sélectionné au 199e rang du repêchage de 2000, le jeune quart avait déclaré au propriétaire Robert Kraft qu’il s’agissait de la meilleure décision jamais prise par son organisation. Tom Brady est passé de la parole aux actes. À 40 ans et à sa 18e saison dans la NFL, il tentera dimanche de remporter le Super Bowl pour la sixième fois, lui qui en sera à sa huitième participation à la finale ultime dans l’uniforme des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Du jamais vu!

Incapable de terminer le match de championnat de la Conférence américaine contre Pittsburgh après avoir subi une blessure à la jambe gauche, Tom Brady était de retour sur le terrain une semaine plus tard, le 3 février 2002, pour se mesurer aux Rams de St. Louis lors du XXXVIe Super Bowl, où il allait écrire — à 24 ans seulement — les premiers mots d’un conte de fées qui n’est pas encore terminé... 

En dirigeant avec l’aplomb d’un vétéran la poussée offensive qui allait permettre aux Patriots de surprendre les Rams 20-17 avec un placement de 48 verges d’Adam Vinatieri sur le dernier jeu du match, Brady donnait pour la première fois un aperçu de son immense talent aux amateurs de football.

On était alors loin de se douter que le numéro 12 allait répéter ce scénario à quatre reprises au cours des années suivantes, permettant ainsi aux Patriots de devenir LE symbole d’excellence dans le sport professionnel des années 2000.

Dans un duel où la défensive des Pats avait brillé pendant les 45 premières minutes en provoquant notamment trois revirements, l’inexpérimenté Brady avait permis aux siens de prendre les devants 17-3. Mais Kurt Warner et les Rams trouvaient finalement une faille au quatrième quart et créaient l’égalité 17-17 avec 90 secondes à écouler au tableau indicateur.

Pendant que l’ex-entraîneur John Madden conseillait aux Pats, qui n’avaient plus aucun temps d’arrêt à leur disposition, d’ordonner à Brady de mettre le genou au sol à la ligne de 17 verges et de forcer la tenue de la prolongation, Belichick et son adjoint Charlie Weis décidaient plutôt de faire confiance à leur jeune quart.

Même si Brady n’avait pas encore atteint le cap des 100 verges par la voie des airs, ses entraîneurs mirent soudainement l’accent sur le jeu aérien et il a répondu en complétant cinq de ses six relais (53 verges), mettant ainsi la table pour Vinatieri. 

Brady héritait du titre de joueur par excellence en raison du brio qu’il avait affiché dans les derniers instants du match le plus important de sa vie. Contrairement à Warner, le quart des Pats n’avait pas commis le moindre revirement, une de ses forces tout au long de sa carrière.

À sa première présence sous les projecteurs, le diplômé de l’Université du Michigan avait démontré qu’il était capable de supporter la pression et il était clair que les jours du quart Drew Bledsoe étaient dorénavant comptés en Nouvelle-Angleterre, même si le vétéran de 29 ans avait paraphé 11 mois plus tôt un contrat de 10 ans (103 millions $).

Deux années d’affilée

Exclus des séries la saison suivante malgré une triple égalité au sommet de la division Est de l’AFC avec Miami et New York, les Patriots revenaient en force les deux années suivantes en remportant les SB XXXVIII et XXXIX contre les Panthers de la Caroline et les Eagles de Philadelphie.

À Houston, Brady était encore une fois à son meilleur dans les instants déterminants du XXXVIIIe SB, dirigeant deux poussées offensives qui allaient rapporter 10 points aux Pats dans les sept dernières minutes dans un gain de 32-29 sur les Panthers. À mi-chemin au troisième quart, les Patriots tiraient de l’arrière 22-21, une première en deux mois, mais cela n’avait pas empêché Rodney Harrison de confier à son coéquipier Ty Law «qu’il n’y avait pas de quoi se tracasser puisque nous pouvons compter sur Tom Brady.»

Après cette rencontre, les médias ont commencé à comparer Brady à Joe Montana et à John Elway, deux quarts qui avaient la réputation d’exceller dans les moments critiques.

Un an plus tard, les Eagles et les Patriots croisaient le fer pour la première fois dans la grande finale présentée à Jacksonville, les protégés de Belichick l’emportaient 24-21.  

Dix ans plus tard

Difficile à croire aujourd’hui — c’est la faute des Giants de New York —, mais Brady et les Patriots ont patienté 10 ans avant de triompher de nouveau lors du XLIXe SB, un duel qui s’est conclu avec une interception de la recrue Malcolm Butler à la porte des buts. Un revirement aussi spectaculaire qu’inattendu confirmant un gain de 28-24 de la gang à Brady sur Seattle. 

On se souvient tous de l’interception de Butler, mais il ne faut pas oublier que les vainqueurs tiraient de l’arrière par 10 points avec 12 minutes à faire au quatrième quart avant que Brady ne mène les Pats à deux touchés en moins de six minutes. Il était nommé le joueur par excellence du SB pour la troisième fois, mais il s’empressait de remettre les clés du véhicule qu’il avait ainsi gagné à son jeune coéquipier. 

Toute une remontée!

Si vous êtes allés à Boston au cours de la dernière année, vous avez sans doute croisé une personne portant un t-shirt avec l’inscription 28-3 en faveur d’Atlanta et 2:12 à jouer au troisième quart d’un côté, et de l’autre, 34-28 Patriots avec la mention finale en prolongation.

Un an plus tard, plusieurs fans des Falcons n’ont pas encore digéré la plus grande remontée de l’histoire du SB. Les Patriots ont marqué 19 points sans réplique dans les 15 dernières minutes du match avant de l’emporter dès leur première poussée offensive en prolongation avec un touché de James White, son troisième de la rencontre.

Avec 43 passes complétées pour des gains de 466 verges, Brady décrochait le titre de joueur par excellence du SB pour la quatrième fois, une façon spectaculaire de terminer une saison qui s’était amorcée avec une suspension de quatre matchs pour le scandale des ballons dégonflés.

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LES EXPOS PLUS VITES QUE BELICHICK

Les défunts Expos de Montréal peuvent au moins se targuer d’une chose : ils ont sélectionné Tom Brady cinq ans plus tôt que Bill Belichick...

En 1995, les Expos repêchaient en 18e ronde (507e au total) le receveur Tom Brady, alors âgé de seulement 17 ans, tandis que les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont choisi le quart-arrière des Wolverines de l’Université du Michigan au sixième tour (199e au total) en 2000. Même s’il avait déjà fait savoir à l’époque à toutes les organisations du baseball majeur qu’il avait l’intention de poursuivre sa carrière en jouant au football au Michigan, le dépisteur des Expos en Californie, John Hughes, avait réussi à convaincre le dg Kevin Malone de prendre une chance avec cet athlète naturel.

Comme ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un receveur avec un bras canon déjà reconnu pour la façon intelligente de diriger les lanceurs — fait plutôt rare à l’école secondaire — en plus de très bien se débrouiller au bâton, Malone a accepté de tenter sa chance avec Brady. 

Lors de ses deux saisons dans l’uniforme de l’école secondaire Junipero Serra, à San Mateo, le frappeur gaucher a conservé une moyenne au bâton de ,311 avec huit circuits et 44 points produits. À sa deuxième année, ses connaissances sur les forces et les faiblesses des joueurs adverses avaient tellement impressionné ses coéquipiers qu’ils n’avaient pas hésité à le nommer capitaine de l’équipe.

Plusieurs dépisteurs se sont déplacés pour voir Brady à l’œuvre cette année-là et certains d’entre eux ont encore frais à la mémoire son long circuit qui avait atterri sur l’autobus scolaire stationné très loin derrière la clôture du champ extérieur. Il n’existait alors aucun doute que Brady allait être sélectionné au cours des cinq ou six premières rondes... jusqu’au moment où il a confirmé officiellement qu’il allait délaisser l’automne suivant le baseball pour se consacrer uniquement au football.

Opération séduction

Mais les Expos n’avaient pas dit leur dernier mot. Profitant de leur passage au Candlestick Park, le domicile des Giants de San Francisco à l’époque, une semaine après le repêchage, ils invitèrent Brady à s’entraîner avec les joueurs des ligues majeures pendant quelques heures. Un privilège réservé habituellement aux espoirs les plus prometteurs.

Brady fit très bonne impression auprès des instructeurs des Expos, qui le voyaient à l’œuvre pour la première fois. Le jeune receveur avait si bien fait qu’ils étaient prêts à lui verser une prime à la signature digne d’un choix parmi les trois premières rondes. 

Malheureusement pour les Expos, qui l’auraient accueilli à bras ouverts, Kevin Malone ne fut jamais en mesure de présenter la moindre offre salariale au jeune espoir puisque ce dernier était vraiment déterminé à accepter l’offre de l’Université du Michigan. 

On raconte d’ailleurs que certains joueurs des Expos ayant passé quelques heures en sa compagnie cette journée-là lui auraient alors conseillé de poursuivre ses études à l’Université du Michigan plutôt que de gagner 800 $US par mois pour jouer au baseball dans les ligues mineures. Ils auraient alors fait savoir à l’athlétique jeune homme qu’il aurait beaucoup plus de plaisir à s’asseoir sur les bancs de l’université tout en portant l’étiquette de quart-arrière des réputés Wolverines.