Le journaliste originaire de Chicoutimi Bertrand Raymond a fait le lancement officiel de son livre mardi à Montréal. Il présentera 50 ans parmi les géants, le carnet de mes souvenirs, samedi, au Salon du livre de Saguenay.

Bertrand Raymond: 50 ans de souvenirs

« Quand je suis parti de Chicoutimi, j'aurais été satisfait d'avoir une carrière comme tout le monde avec ses hauts et ses bas. Le métier m'a amené ailleurs. Quand tu couvres le Canadien, tu deviens évidemment plus visible, ce qui m'a amené à couvrir bien d'autres choses comme les Jeux olympiques », raconte Bertrand Raymond qui sera de passage samedi au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
« Il y en a qui me considère comme un dinosaure du journalisme sportif et ça ne me déplaît pas du tout. Si à 18-19 ans, on m'avait dit qu'un jour j'allais devenir un dinosaure du journalisme sportif, j'aurais dit ''J'espère que t'as raison'' parce que ça voulait dire que je pouvais faire plus que j'imaginais. »
Dès le prologue, Bertrand Raymond mentionne avoir longuement hésité avant de foncer dans l'écriture d'un livre, mais qu'après réflexion, il ressentait le désir de boucler la boucle sur sa carrière. « Quand on écrit aussi souvent, on laisse des choses sur la table parce qu'on n'a pas le temps de les exploiter. Quand la journée est terminée, celle qui s'en vient va être différente. On ne peut pas tout le temps vider le sujet. Ça m'a permis de vraiment faire le tour du jardin et de me donner un aide-mémoire pour mes vieux jours afin de me rappeler ce que j'ai accompli », mentionne-t-il en riant.
« C'est sûr que lorsqu'on est sur un ''beat'' avec cinq chroniques par semaines, on est dans un rythme effréné et on n'a pas toujours le temps de prendre le temps comme on l'a pour un livre », fait-il valoir.
Le sport
Fils d'un animateur de radio, très rapidement dans sa jeunesse à Chicoutimi, Bertrand Raymond rêvait d'écrire sur ses idoles de la Sainte-Flanelle. Sans surprise, il a donc décidé de devenir journaliste sportif, un métier qu'il a appris « sur le tas », ce qui était la norme à l'époque. Il s'est fait la main au Progrès-Dimanche sur la couverture des Saguenéens pendant deux ans, alors dirigés par Phil Watson, avant que le réputé Jacques Beauchamp l'approche pour l'inclure dans la nouvelle équipe des sports du dernier venu, le Journal de Montréal. Il s'est d'abord retrouvé aux côtés des espoirs du Canadien dans la Ligue américaine, avec les Voyageurs de Montréal. Il a ensuite reçu une proposition pour suivre les activités quotidiennes des Expos, mais a poliment refusé.
« Je veux couvrir les activités du Canadien et je suis prêt à attendre mon tour pendant dix ans s'il le faut », a-t-il répondu à l'offre. Coup du sort, deux mois plus tard, Beauchamp était promu directeur général et il n'a pas eu besoin de chercher longtemps pour dénicher le nouveau chroniqueur. Bertrand Raymond vivait son rêve de se retrouver dans le même vestiaire que Jean Béliveau, Yvan Cournoyer, Henri Richard, Guy Lapointe et compagnie.
« J'ai revisité ce monde-là avant de l'écrire afin de rafraîchir les histoires », signale-t-il.
C'était les belles années, le rappelle-t-il dans son ouvrage de plus de 300 pages. Lors de ses dix premières années en poste, le Canadien a soulevé la coupe Stanley six fois, dont la première en 1971, après une remontée face aux Bruins, ce qui a coïncidé avec la dernière du capitaine Béliveau. Bertrand Raymond a ensuite côtoyé d'autres grands de l'histoire qui l'ont également marqué, dont Guy Lafleur, Patrick Roy, Serge Savard, Scotty Bowman et bien d'autres. Il relate également de nombreuses anecdotes sur tout autant de sujets et de personnalités, passant par la rivalité Canadien-Nordiques, l'échange de Patrick Roy, ainsi qu'un voyage aussi surréaliste que mémorable avec l'organisation montréalaise en Union soviétique.
En bref
Décès de ses parents
Au début de sa carrière, Bertrand Raymond a eu la douleur de perdre ses deux parents, décédés dans un accident d'automobile dans la Réserve faunique des Laurentides. Le drame est survenu alors qu'ils se rendaient à son mariage, en 1973.
« Je ne pouvais pas faire ce livre sans parler du grand drame de ma vie », annonce Bertrand Raymond, qui évoque également le décès de son frère Pierre, également dans un accident de la route, six ans plus tard, endormi au volant après une soirée au restaurant.
« Si je l'ai fait, c'est aussi pour démontrer que ça m'a développé une sensibilité que je n'avais pas dans mon métier. Quand tu fais du journalisme et que tu couvres du hockey au quotidien, tu ne t'arrêtes pas souvent à l'aspect humain des choses et dans le sport professionnel, c'est macho. C'est très rare que tu vas voir un journaliste afficher publiquement sa sensibilité », fait remarquer Bertrand Raymond.
« J'ai développé une empathie naturelle pour les gens qui passaient par des périodes difficiles. Quand on se confiait à moi, je n'avais aucune difficulté à ressentir la peine de ces gens-là. J'étais dans leurs souliers. C'est assez spécial, mais ce qu'ils ressentaient, je le ressentais aussi. Ça m'a vraiment aidé à écrire plusieurs histoires à caractère humain », reprend le réputé chroniqueur. C'était difficile d'écrire ces histoires, mais ça me plaisait. À un certain moment, les gens finissent par te connaître et savaient qu'en se confiant à moi dans leur drame, ils savaient que j'allais les comprendre sans faire un article à sensation. Ça m'a ouvert des portes et mis les gens en confiance».
Un lock-out en fin de carrière
Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Bertrand Raymond aborde les derniers moments de sa carrière au Journal de Montréal pendant un lock-out. Il a finalement décidé de prendre sa retraite un an jour pour jour après le début du conflit en 2010, parce que poursuivre était au-dessus de ses forces. « Ça m'a littéralement brisé, exprime-t-il. Ça m'a pris des années à m'en remettre. Si j'avais écrit le livre immédiatement après le lock-out, il n'aurait pas eu le même look ni la même saveur parce que j'étais aigri et avec beaucoup d'amertume. Je suis content dans un sens d'avoir laissé la poussière retombée totalement avant de le faire. »
Au passage, il écorche son compatriote saguenéen Yvon Pedneault, qui a continué de travailler pendant le lock-out. Il ne désire toutefois plus en parler en entrevue. « Ce que j'ai dit, je l'ai dit et je ne reviens plus là-dessus », plaide-t-il, avouant sa déception de l'attention médiatique accordée à cet épisode.
« Ce livre contient beaucoup plus de choses que ces quelques lignes concernant le lock-out, répond-il. Le livre n'est pas axé sur ce gars-là. Ce sont quelques lignes que les gens retirent parce qu'il y a un élément de controverse. »
Un mois après sa retraite, Bertrand Raymond a reçu un coup de fil de la direction de RDS pour lui offrir une chronique hebdomadaire qu'il tient toujours. « Je me disais que je ne pouvais pas être plus chanceux que ça. Comme hobby de retraite, je me suis fait proposer quelque chose dans mon métier à une adresse que je connais et avec des gens que j'aimais déjà. J'ai été excessivement chanceux que cette offre vienne aussi tôt », confie-t-il, ayant d'autres projets d'écriture.
Une réalité bien différente
Le hockey était différent dans les années 70, mais également la réalité des journalistes. « Aujourd'hui, tu pèses sur le bouton et quelques secondes plus tard, c'est sur l'écran du chef de pupitre », rappelle Bertrand Raymond. Il se souvient très bien d'envoyer ses textes dans les bureaux de Western Union ou encore au bélinographe, un appareil lourd qui permettait de transmettre, mais très lentement. À San Francisco, c'était encore plus long. « Quand on allait à l'entraînement du matin, l'après-midi on passait 2 h à dicter nos textes au téléphone au gars dans la salle à Montréal. C'était presque la préhistoire », se remémore-t-il.
« Malgré toutes les difficultés de l'époque, je n'aurais jamais voulu être ailleurs ou faire autre chose », assure Bertrand Raymond.