Fondateur et président de Concept Air Kites, Benoit Tremblay a vécu l’une de ses plus difficiles expéditions lors de son aventure en solitaire sur la glace du lac Baïkal tracté par ses voiles. Malgré tout, il a vécu de beaux moments et a bien sûr ramené quelques anecdotes, dont ce véritable chapeau russe en loutre.

Benoit Tremblay relève un autre défi extrême

Des défis extrêmes, Benoit Tremblay en a vécus. Mais la traversée en solitaire du lac Baïkal en Russie, en autonomie complète tracté par ses voiles, fut certainement l’une des plus éreintantes physiquement. Une « balade » sud-nord d’un peu plus de 800 kilomètres qui lui a commandé une vigilance constante et une force physique inouïe !

Parti le 13 mars à destination de la « Perle de la Sibérie », le Fulgencien de 63 ans espérait même être en mesure d’effectuer l’aller-retour (autour de 1500 km) si la première partie du voyage se déroulait bien. Mais les vents et le temps n’ont pas collaboré, de sorte que le président et fondateur de Concept Air Kites, malgré sa vaste expérience, a eu besoin de 13 jours bien remplis pour rallier les deux bouts du lac.

Car malgré les efforts déployés, le Saguenéen n’a jamais pu parcourir plus de 85 kilomètres par jour et ce fut un moment de bonheur lorsque, le 29 mars, il pouvait dire mission accomplie.

pas de vent

Disons que le périple a plutôt mal commencé puisqu’à son départ, Benoit Tremblay se trouvait dans un secteur où il ne vente quasi jamais. Et Éole n’a pas fait exception lors de son passage, de sorte qu’à son départ de Koultouk, il a marché 44 kilomètres en une journée et demie. Le lendemain, une autre longue journée de marche sur une glace rude, grenelée par de la pluie et de la neige, à tirer une pulka de 230 livres.

Benoit Tremblay n’a pu s’empêcher de sauter de joie une fois sa traversée du lac Baïkal réussie. Mine de rien, ça lui a demandé un grand effort. «J’étais essoufflé comme si que je venais de monter quatre étages en courant!»

« Le troisième jour, les nuages se sont écrasés sur le lac et il a venté fort toute la nuit. Il pleut et il neige. Il est 5h30 du matin et je décide d’attendre. À midi, il y avait des vents à 100 km/h et la tente voulait arracher ! »

Confiné dans ce secteur depuis trois jours, le Fulgencien a donc décidé de faire une croix sur l’aller-retour pour se concentrer seulement sur l’aller. « J’ai eu presque cinq jours sans vent. Puis, j’ai fait une journée de 60 km, puis de 70 km et de 80 km. Mais je n’ai jamais réussi à faire plus de 85 km/jour », raconte-t-il, avouant que son corps est encore endolori par cette expédition aussi éreintante que magnifique.

Le lac Baïkal est l’un des plus longs au monde. L’hiver, son épais manteau de glace permet de la parcourir d’un bout à l’autre en camion, en aéroglisseur ou comme Benoit Tremblay, en ski tracté par un cerf-volant. Ci-haut, une photo de sa tente, minuscule point rouge sur un immense couvert glacé.

De fait, l’expédition fut tellement exigeante physiquement qu’il avait encore le bout des doigts et les orteils engourdis lors de l’entrevue. Et malgré les précautions prises, il a perdu 18 livres, lui qui n’avait pas de réserve de gras avant de partir. « Pourtant, j’ai mangé deux fois plus que l’an passé (lors de l’expédition à Kangiqsujuaq, au Nunavik). J’avais acheté du fromage, des charcuteries grasses, des pâtisseries, des sachets de bacon en flocons que je mangeais matin, midi et soir comme dessert. Rien à faire, je perdais une livre à une livre et demie par jour. »

Comme il voulait réussir son objectif dans les temps prévus, Benoit Tremblay avoue qu’il a souvent dépassé ses limites. Les journées étaient longues : lever à 5h30, il s’arrêtait à 17h30 pour établir son campement, se faire à manger et finalement dormir vers 20h30. « Tous les jours, j’en faisais trop. J’allais toujours au bout parce que je voulais avancer. Il y a eu beaucoup de surfaces hérissées, avec des blocs de glace pendant des kilomètres. Partout autour, il n’y a que de la glace brisée. Parfois, j’ai contourné les surfaces, mais à un moment donné, j’arrivais dans un entonnoir où je n’avais plus le choix », relate celui qui n’a pu utiliser les ingénieux patins qu’il avait mis au point pour l’expédition.

Une fois sa mission accomplie, Benoit Tremblay était aux anges et il n’a pu résister à l’envie de prendre la pose, un peu comme l’affiche du film «Le ciel peut attendre».

Redoutable humidité

L’humidité a été son plus redoutable ennemi. « Je n’avais jamais vu ça. C’était tellement froid ! J’avais six épaisseurs et j’étais juste bien. (...) Mon téléphone chargé à plein ne durait pas plus de 30 secondes dehors. J’ai traversé plus de surfaces brisées que je pensais. Et j’ai fait une erreur en emportant une seule pulka plutôt que deux, parce qu’à deux, elles ne renversent pas. »

« Ç’a été plus dur (qu’au Nunavik) parce que j’avais plus de distance à parcourir et que sur la glace, j’étais toujours sur la ligne. C’est très dur pour l’aine et les muscles intérieurs des jambes parce qu’il faut toujours forcer pour éviter de faire le grand écart. Ç’a été très physique ! »

Sur certains extraits vidéos, on le voit filer sur la glace comme entre ciel et terre en raison du miroitement de la glace. Mais il se devait d’être constamment attentif, car les obstacles pouvaient surgir rapidement. « Il fallait être vigilant. Je me sentais comme dans un jeu vidéo. J’avais l’impression d’être comme un ordinateur. »

Pour en savoir plus, consultez sur Facebook : Expédition : La Longue Ride Baïkal 2019.

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À DEUX CHEVEUX DE LA CATASTROPHE

Même s’il a été quitte pour deux belles frousses durant son expédition solitaire sur le lac Baïka, Benoit Tremblay est revenu enchanté de son périple tracté par ses voiles sur les glaces de la « Perle de Sibérie ».

« Les paysages sont fantastiques. En raison de la présence des montagnes blanches, j’avais l’impression d’être en Nouvelle-Zélande. J’étais comme quelqu’un en amour, avec le cœur qui débat tout le temps, euphorique. Il y avait aussi la beauté des paysages dans la glace de trois pieds d’épaisseur », raconte-t-il. Parfois, il avait l’impression d’admirer un motif Art déco ou encore de magnifiques cheveux d’anges s’enfonçant à l’infini dans la glace transparente.

Frôler la catastrophe

Parlant de cheveux, Benoit Tremblay avoue qu’il est passé à deux cheveux de la catastrophe. « J’ai failli tomber à l’eau deux fois. J’ai vécu ce que j’appelle le phénomène du curling. J’avais une pierre (pulka) de 220 livres qui me suivait sur la glace vive. À un kilomètre, j’ai vu une grosse ligne déformée avec des glaces. J’ai commencé à ralentir à 300-400 mètres avant, mais la pulka n’a pas ralenti; elle a accéléré. Elle allait me dépasser, alors j’ai freiné un peu plus, mais elle m’est rentrée dedans et je me suis retrouvé à quelques pieds de l’eau. (...) J’étais tellement sur l’adrénaline que je me suis relevé, j’ai redécollé ma voile et j’ai trouvé un passage. Je n’ai même pas photographié le phoque qui était tout près. Puis au bout de trois ou quatre kilomètres, je me suis calmé en me disant que j’aurais peut-être dû filmer le phoque après tout ! »

Peu avant son arrivée à destination, il s’est aussi retrouvé dans un secteur de zones de méthane avec de l’eau claire. Ce fut un autre moment de stress, mais moins que l’épisode où il a été surpris par une microrafale dans le premier tiers du parcours.

« Je regardais les bosses devant quand mon cerf-volant (18 mètres) s’est raidi comme quand tu as une grosse truite au bout de ta canne à pêche. Je me retourne, mais je ne vois rien parce que je suis dans le tourbillon. J’ai affaissé ma voile, mais la pulka s’est renversée au même moment. Ça m’a arrêté, mais la voile est repartie, puis je suis parti comme Superman, image-t-il. Heureusement, j’étais sur de la neige, car si j’avais été sur la glace, je ne me serais peut-être pas relevé ou je me serais cassé une épaule. »

Hospitalité russe

Arrivé à l’autre bout du lac, Benoit Tremblay a finalement pu constater l’hospitalité des Russes, pourtant réputés pour être froids et distants. Il s’est même lié d’amitié avec l’aubergiste de Sévérobaïkal où se trouvait la gare du Transsibérien. Grâce au traducteur de Google, il a pu échanger. « Je me suis lié d’amitié avec et je lui ai donné un cours de cerf-volant. On a échangé des cadeaux. Je lui ai laissé mes skis (même s’ils avaient pas mal fondu sur la glace/neige), mon briquet au magnésium qui a été le seul des trois briquets à fonctionner », mentionne celui qui a aussi de bons mots pour l’entreprise de guides Baïkal Nature. Son contact lui avait laissé un sac plein de cadeaux, dont une carte ultrarésistante, du thé énergisant, un phoque en peluche, etc. Pour sa part, le Saguenéen leur a laissé du sirop d’érable comme présent.

Puis, ce fut le retour par le Transsibérien pendant 36 heures. Une autre belle aventure qui lui aura permis d’obtenir, « pour des peanuts », un vrai chapeau de poil russe en loutre !