Ça avait l’air presque facile en regardant cette photo, mais ce n’était pas tout à fait le cas.

Battu par le lac Saint-Jean

Traverser le lac Saint-Jean à vélo, en fatbike pour être plus précis, au beau milieu de l’hiver. Dit comme ça, c’est un peu farfelu. Mais depuis quatre ans, David Lecointre, le fondateur de ce beau projet, réussit à attirer de nombreux participants, motivés par l’idée de franchir les 32 kilomètres reliant Roberval à Péribonka.

Cette année, on m’a offert d’embarquer dans « l’aventure givrée », comme le dit le charmant slogan de la Traversée du lac Saint-Jean à vélo. Je vais aller droit au but : je n’ai pas réussi à rallier l’arrivée. Bref, j’ai échoué, me contentant de 16 km. Laissez-moi vous raconter depuis le début.

Mon collègue Pascal Girard et moi avons pris la route en direction de Roberval, jeudi matin, à 6 h 30. Honnêtement, on se demandait dans quoi on s’embarquait. On plongeait dans l’inconnu, comme deux adolescents qui consomment leur première bière, excités de voir quel effet l’alcool va leur procurer.

On s’entend que s’aventurer sur le lac Saint-Jean, c’est une autre histoire.

Il faut rappeler que jeudi, il faisait passablement chaud. Avec une température frôlant le point de congélation, c’était le parfait bonheur au Village sur glace de Roberval. En compagnie d’une quarantaine de cyclistes, on était à la ligne de départ une grosse demi-heure avant le lancement prévu à 9 h 30.

« Par chance qu’il ne fait pas -20, on serait gelés », nous disions-nous. Finalement, ça aurait peut-être été mieux comme ça...

Quelques centaines de mètres après m’être élancé, fringant, j’ai été ramené sur terre. Le parcours était mou. Très mou. La chaleur des dernières heures avait ramolli la neige, à un point tel que les belles grosses roues de fatbike s’enfonçaient un peu trop facilement. Impossible de compter le nombre de fois où j’ai dû mettre le pied à terre, je ne pense pas avoir parcouru plus de 200 mètres sans perdre l’équilibre.

Les dix premiers kilomètres ont été franchis en une heure 20 minutes. On s’entend que ce n’est pas très rapide. Je suis arrivé au premier ravitaillement la langue -un peu- à terre, mais ça allait quand même bien. J’avais environ 10 minutes d’avance sur l’heure limite avant la fermeture du parcours.

Quelques barres tendres et un gel énergétique plus tard, je repartais, toujours aussi galvanisé par l’émotion du moment ! Le prochain ravitaillement était au 16e kilomètre.

J’ai fini par y arriver, encouragé par un parcours un peu plus praticable. Je n’allais pas beaucoup plus vite, par contre. D’ailleurs, c’est particulier d’avoir cette impression de ne pas avancer. Les cabanes installées au ravitaillement sont loin longtemps quand tu roules à sept kilomètres à l’heure.

J’ai fini par arriver au km 16. C’est à ce moment que j’ai reçu le coup de grâce.

« C’est ici que ça se termine pour vous, les délais sont écoulés », a laissé tomber David Lecointre, le sympathique Belge. Ceux qui connaissent David le savent ; le fondateur de la Traversée du lac Saint-Jean à vélo est du genre blagueur. Je ne le connais pas personnellement, mais je sais que c’est un vrai de vrai taquin.

Je ne l’ai donc pas cru quand il m’a dit que je devais m’arrêter, sécurité oblige. À trois ou quatre reprises, je lui ai demandé s’il me niaisait. J’ai franchi le deuxième ravitaillement environ 25 minutes plus tard que les délais exigés. Celle-là, je ne l’avais pas vu venir.

J’ai été trop lent. Le facteur temps n’avait pas été pris en considération dans ma préparation d’avant-course. Encore aurait-il fallu que j’en aie une !

Alors c’est ça. À mi-chemin du lac Saint-Jean, c’était l’heure de tirer un trait à cette expérience. Déçu de ne pas avoir réussi à dompter le Piékouagami, je me consolais en me disant que seulement six des 42 partants avaient franchi le fil d’arrivée dans les délais. Techniquement, il y en a eu sept, mais le monsieur avait un fatbike avec assistance électrique.

Soulignons la performance de Marie-Christine Martel, de Saint-Félicien, seule femme en lice jeudi à avoir réussi à se rendre à Péribonka sur son vélo.

D’autres cyclistes ont pris le départ vendredi matin, et samedi, place au « gros show ». Une centaine de cyclistes sont inscrits dans la classe « aventuriers » et autant dans la classe « coureurs ». On prévoit une compétition relevée avec la présence des Catherine Fleury, Léandre Bouchard, Elliott Doyle et compagnie. Doyle est d’ailleurs à la défense de son titre. 

Même le premier ministre du Québec Philippe Couillard sera sur place. Mais à titre de dignitaire, pas en tant que participant... Le député fédéral de Lac-Saint-Jean, Richard Hébert, sera aussi présent.

Ceux et celles qui désirent suivre l’événement peuvent le faire sur Facebook. L’organisation y diffuse de nombreuses vidéos en direct tout au long de la course.

Pour ma part, je compte bien prendre ma revanche sur le lac l’an prochain.

Des cabanes chauffées avaient été emménagés à chacun des ravitaillements.