Cette rascasse volante a été captée alors qu’elle se trouvait à proximité d’une gorgone.

Aux confins des océans depuis 30 ans

Pour lancer sa 40e saison de la Boutique du plongeur de Saguenay, le responsable Gilles Tremblay a réussi un coup de maître en accueillant les conférenciers Michel Gilbert et Danielle Alary, samedi soir, à La Saguenéenne. Le couple n’a plus besoin de présentation dans le monde de la photographie sous-marine, étant connu mondialement.

Natif de la Beauce, Michel Gilbert a toujours été passionné par le domaine de la plongée et la faune marine. Il est tombé dans la marmite dès 6 ans après avoir vu des épisodes de l’émission See Hunt, dans les années 60. À 18 ans, en 1974, il voulait suivre une formation, mais elle ne se donnait pas dans son patelin. Il a donc décidé de démarrer sa propre école, après avoir effectué sa certification, qu’il a passée au beau milieu de l’hiver, il a démarré sa propre école de plongée à Saint-Georges-de-Beauce. « Ma première plongée, je l’ai faite sous trois pieds de glace », se souvient Michel Gilbert en entrevue téléphonique.

Danielle Alary et Michel Gilbert parcourent le monde depuis de nombreuses années pour photographier les beautés océanographiques.

L’année suivante, après une randonnée aux Escoumins où il a ramené quelques souvenirs, il a décidé de foncer avec la photographie. « Ça prit l’été à sécher et ça sentait le diable. Je me suis dit que si je plongeais pendant 30 ans et que je ramassais des cochonneries à chaque fois, qu’est-ce que j’allais faire avec tout le stock ? », se rappelle-t-il, mentionnant qu’à ce moment, il a acheté son premier appareil étanche, qu’il a fait venir directement de Hong-Kong. De fil en aiguille, il a commencé à collaborer avec la prestigieuse revue National Geographic.

Les Philippines regorgent d’espèces, dont la raie manta.

Quelques années plus tard, il a rencontré sa conjointe, Danielle Alary, avec laquelle il parcourt le monde depuis le début des années 80. Le duo a rapidement commencé à organiser des conférences, après avoir assisté au salon international de Toronto. Celle qu’ils prononceront ce soir sera la même qu’ils feront le mois prochain à Las Vegas, puis à Boston, New York et Chicago. « On en fait plus aux États-Unis qu’au Canada, simplement parce qu’il y a plus de marchés », reconnaît Michel Gilbert qui a remporté plusieurs prix au cours de son illustre carrière, tout comme sa conjointe. Le couple sera d’ailleurs en nomination à Las Vegas pour un prestigieux prix de l’Académie américaine de science sous-marine, voté par les artisans.

Le panorama du fleuve Saint-Laurent aux Escoumins regorge de beautés, comme en fait foi cette anémone.

Planète trop grande

Malgré de nombreux voyages, le couple a encore tant à visiter. « Il y a plus d’endroits que je n’ai pas faits. Il n’y en a trop à voir », met en contexte Michel Gilbert. La boule est trop grande et la vie est trop courte. On en a fait quand même pas mal. On s’est baladés.

« Il reste des endroits à visiter, mais on en a vu pas mal », renchérit-il, identifiant le Raja Ampat, le bras de mer qui sépare la Papouasie-Nouvelle-Guinée de l’Indonésie comme endroit où il veut absolument se rendre.

Un biologiste observe un nudibranche aux Escoumins.

En revanche, il a plusieurs places qu’il a eu le privilège de voir, dont le cap de Gaspé. Selon le photographe et plongeur d’expérience, la lumière propre à cet endroit est très particulière. « C’est comme si un géant avait joué aux billes. On retrouve de grosses formations rocheuses de 15-20 pieds de diamètres qui sont couvertes de framboises de mer. C’est d’une beauté extraordinaire », lance celui dont la passion est contagieuse. Du même souffle, il pointe également Namena, aux îles Fidji et ses colonnes de corails qui montent avec une base à 30 mètres de profondeur, suivi d’une chute de sable de 2000 pieds. « C’est un concentré de tout ce qu’il y a à voir aux îles Fidji. C’est d’une beauté fascinante », fait valoir Michel Gilbert qui aimerait organiser avant longtemps une plongée dans le Fjord du Saguenay et l’eau froide. Il a déjà des images en tête. « La technologie d’aujourd’hui permet de faire des images qu’il n’était pas possible de penser il y a 15 ans à peine », rappelle-t-il, ayant déjà un secteur en tête.

+ UNE RENCONTRE MARQUANTE AVEC LE COMMANDANT COUSTEAU

En 1997, quelques semaines avant le décès de Jacques-Yves Cousteau, surnommé Commandant Cousteau, Michel Gilbert et Danielle Alary ont eu le privilège de le rencontrer à Orlando. Ils s’en souviendront pour le reste de leur vie. 

L’explorateur océanographique français recevait plus tard dans la journée un prix lors du congrès annuel de l’industrie, soulignant sa contribution. Michel Gilbert a d’abord pu obtenir un entretien avec le légendaire personnage comme journaliste avec sa conjointe comme photographe, pour le National Geographic, mais la rencontre a finalement duré beaucoup plus longtemps que prévu. « Une fois l’entrevue terminée, il m’a regardé et m’a dit : ‘‘C’est très agréable, assoyons-nous et discutons’’ », relate Michel Gilbert qui a ainsi réalisé un rêve. Le magnétophone a été mis de côté et la discussion s’est poursuivie pendant 90 minutes, un véritable privilège. 

« Lorsqu’on est sortis, j’ai dit à mon épouse, qui ne comprenait pas pourquoi je m’occupais d’autant d’événements : ‘‘J’ai donné beaucoup de temps, ça ne me rend pas millionnaire, mais ce qu’on a eu aujourd’hui, c’est quelque chose qui ne s’achète pas. On a eu un instant privilégié avec un homme extraordinaire’’ », raconte Michel Gilbert, rappelant que le Commandant Cousteau a fait énormément pour la science. 

« Il a marqué l’industrie de la plongée, il a créé littéralement l’industrie de la plongée », fait-il valoir. 

Projet Saint-Laurent

Le duo Gilbert-Alary a également participé à un ambitieux projet avec une autre légende, David Doubilet, que le Beauceron considère comme le meilleur photographe et une légende, « le Wayne Gretzky de la plongée sous-marine ». Tout a commencé en 1984 avec une rencontre qui a débouché plusieurs années plus tard. En 2009, Michel Gilbert a reçu un coup de fil parce que David Doubilet voulait effectuer une escapade dans le golfe Saint-Laurent. Après avoir fait un document exhaustif, le go a été donné par l’Américain qui a mis le duo québécois responsable de former une équipe d’une dizaine de personnes. Le projet pour le National Geographic s’est échelonné de 2010 à 2014 et pas moins de 15 000 photos ont été prises, ce qui a demandé un budget de 200 000 $. 

« J’ai appris de grandes leçons en faisant ça. Même si tu as 50 ans d’expérience, tu n’es aussi bon que la dernière photo que tu as prise. Deuxièmement, il y a un prix énorme à payer pour l’excellence en matière d’images. Ce n’est pas tellement de l’argent, mais la persévérance, le prix humain, les blessures, les sacrifices qu’il faut faire pour aller prendre ces images », de souligner Michel Gilbert, estimant que la meilleure qualité pour un résultat impeccable demeure la patience. Il ne se gêne pas pour avouer que cet ambitieux projet, qui sera abordé au cours de la conférence, a orienté la suite de leur carrière.

« Les gens s’imaginent souvent qu’on fait une vie extraordinaire, sur un bateau en costume de bain », raconte Michel Gilbert, précisant que la recherche préalable représente la plus grosse partie du travail. « L’expédition, c’est la cerise sur le sundae ! »

Le poisson-clown attire l’attention dans les profondeurs du Pacifique.

+ UNE CONFÉRENCE POUR TOUS

Michel Gilbert et Danielle Alary abordent plusieurs sujets au cours de leur conférence qui ne vise pas les gens qui recherchent l’aspect technique, mais plutôt ceux qui s’intéressent à la photographie sous-marine. 

« Oui on va parler de plongée, mais ça ne s’adresse pas aux plongeurs à des plongeurs qui veulent avoir de la technique, précise-t-il. On va parler essentiellement de notre parcours. »

Les Philippines prendront une place importante de la conférence de deux heures, où l’on retrouve la plus grande biodiversité sur la planète, plaide Michel Gilbert. Il explique la situation parce que dans le Pacifique, les espèces se développent depuis plus longtemps. Il parle notamment des nudibranches, des limaces de mer dont on retrouve plus de 800 espèces. Les chercheurs en découvrent de nouvelles chaque année. 

La conception d’une espèce sera d’ailleurs abordée avec les chances de se rendre à maturité. L’aspect sera abordé à partir de la prise de 39 000 images, à partir de l’oeuf jusqu’à l’éclosion. « Ça montre la fragilité de la vie », d’insister le photographe de renom. 

40e année

Cette conférence débute la 40e année de Gilles Tremblay qui gère une école régionale, un club ainsi que la Boutique du plongeur. L’association est regroupée avec le club Calmar d’Alma depuis 1998. Au fil des années, Gilles Tremblay a formé environ 4000 plongeurs et effectué près de 100 000 plongées, lui qui a débuté ses activités en 1979. Il effectuera quatre voyages au cours des prochains mois, dont Cozumel au Mexique en janvier. Lors de la soirée, un voyage à l’île de San Andrés sera attribué parmi tous les spectateurs. Il reste encore des places pour l’événement qui se déroulera selon la formule souper spectacle. Des billets, au coût de 60 $, seront disponibles à l’entrée, à compter de 17 h 30.