Après 50 ans à donner temps et amour au hockey mineur de Chicoutimi, Lola Tremblay a décidé de se retirer en raison des risques reliés à la COVID-19.
Après 50 ans à donner temps et amour au hockey mineur de Chicoutimi, Lola Tremblay a décidé de se retirer en raison des risques reliés à la COVID-19.

50 ans plus tard, Lola Tremblay passe le flambeau

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
Il y a 50 ans, Lola Tremblay commençait à s’impliquer bénévolement au hockey mineur de Chicoutimi, alors que son fils débutait sa jeune carrière de hockeyeur au parc du quartier. Si son fils a depuis belle lurette terminé son parcours au hockey mineur, c’est seulement la semaine dernière que la responsable des équipements a décidé de tirer sa révérence, à 86 ans. Pour elle, ce n’est pas un adieu, mais un au revoir.

Si ce n’était pas de la pandémie, Lola serait probablement encore en poste, mais la crainte de tomber malade l’a forcée à s’éloigner de sa vocation. «J’ai encore le goût. Si on me disait : ‘‘Vas-y ! ’’ J’irais tout de suite, mais c’est la pandémie qui m’arrête. J’ai peur un peu», avoue, avec un soupçon de sanglot, la dame qui affiche encore une forme des beaux jours.

Elle avoue que la décision n’était pas facile à prendre, mais qu’elle devait la prendre. «J’avais beaucoup de contact avec les gens, avec les jeunes, et dans ma petite salle, je n’ai pas d’eau pour me laver les mains. Les gens entrent dans ma cabane et touchent à tout. J’ai eu le temps d’y penser pendant les mois que j’ai été arrêtée. C’est aussi là que j’ai réalisé que j’étais capable de vivre sans aller dans ma petite cabane. C’était ma décision et je quitte en très bons termes. Ça rend ça moins triste», a poursuivi Mme Tremblay.

Au cours des années, Lola a conservé toutes les épinglettes qu’elle a reçues lors de divers événements en lien avec le hockey mineur. Elle conserve le tableau bien en vue dans son salon.

De son propre aveu, donner 50 ans de sa vie aux jeunes hockeyeurs n’a rien d’exceptionnel, si bien que c’est après avoir pris sa décision qu’elle a réalisé ce qu’elle avait accompli. « Je reçois beaucoup de messages et de bons mots de tellement de gens. Je me demandais : ‘‘Pourquoi toute cette attention pour moi ? ’’ Je n’ai rien fait de spécial. Je ne l’ai jamais fait pour recevoir en retour, mais avec le temps, je réalise que 50 ans, c’est beaucoup », raconte Lola, qui dit que même après 50 ans, le cliché est vrai : on apprend tous les jours.

Ça ne fait qu’une semaine qu’elle a quitté, mais Mme Tremblay avoue qu’elle s’ennuie déjà. «C’est dur de lâcher prise. Chaque jour, je pense à ce qu’il y a à faire, mais il faut que j’arrête.»

Elle avoue que le contact avec les gens lui manquera beaucoup. «Je vais m’ennuyer des gens. J’aime les gens, les contacts humains. C’est un peu ça que ces 50 ans m’ont apporté. J’entre dans un aréna et les gens me saluent et me sourient. Les gens ont toujours eu beaucoup de respect pour moi. Jamais on ne m’a manqué de respect, souligne celle qui n’a aucun regret d’avoir consacré autant de sa vie aux jeunes hockeyeurs. Le bénévolat, c’est valorisant. De plus, je me suis fait plein d’amis, de connaissances, mais aucun ennemi.»

Ce n’est qu’un au revoir
Même si elle prend sa retraite, pas question pour Lola de s’asseoir sur ses lauriers. Elle continuera de s’impliquer, notamment lors des tournois de hockey. «Je reste disponible s’ils ont besoin de moi, pour aider, donner des conseils. Je vais aussi être bénévole pour les tournois. Je ne me suis pas impliquée dans l’Académie des Sags cette année, mais je suis allée faire un tour, voir les jeunes. Ils criaient : ‘‘Regarde, Lola est là ! ’’», raconte en riant Mme Tremblay.

Cette implication plus modérée lui permettra de quitter le hockey mineur progressivement. «Je vais pouvoir continuer de voir mon monde et retourner chez moi. Quand j’entre dans un aréna, je suis chez moi, c’est ma deuxième maison», conclut l’attachante Lola.

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UNE GRANDE DAME DU HOCKEY

Lola Tremblay n’a pas fait que laver et accrocher des chandails, durant toutes ces années. Loin de là. Au cours de son parcours auprès des jeunes, elle a occupé diverses fonctions, dont celle de gouverneure de la catégorie novice pendant 20 ans. C’est d’ailleurs à ce poste qu’elle a mis sur pied le Tournoi novice de Chicoutimi.

Sa plus grande réalisation reste cependant la création d’une école de hockey. Durant de nombreuses années, elle était à la tête d’un camp estival apprenant les rudiments du hockey à plus de 200 enfants pendant 15 jours. Son école a été une telle réussite qu’elle est aujourd’hui devenue, avec la collaboration des Saguenéens de Chicoutimi junior majeur, l’Académie des Sags.

Le directeur général de l’Association du hockey mineur de Saguenay, Dany Chouinard, estime qu’il s’agit d’une grosse perte. «C’est une grosse perte. Elle était très impliquée et toujours disponible quand quelqu’un avait besoin. Même si on s’était préparés, parce qu’on savait que les risques étaient là avec la pandémie, on est attristés de son départ. Elle était toujours présente pour les tournois et elle a fait beaucoup pour le hockey mineur», souligne celui qui, à 46 ans, se rappelle l’avoir connu quand il était un jeune hockeyeur. 

«Tant et aussi longtemps qu’elle voudra venir nous visiter, nos bureaux, c’est chez elle. Dans les tournois, on va continuer de l’impliquer à son rythme, mais on veut la garder près de nous sans lui donner trop de responsabilités. On espère maintenant que les mesures s’assouplissent pour qu’on puisse lui offrir l’hommage qu’elle mérite», conclut M. Chouinard.