Myriam Gaudreault se sent à la fois chanceuse et privilégiée d’avoir pu vivre une expédition en rafting sur le fleuve Colorado.

350 km au coeur du Grand Canyon

Férue de plein air, Myriam Gaudreault a eu le privilège de vivre la descente du mythique fleuve Colorado en rafting dans le cadre d’une expédition non commerciale tenue du 25 octobre au 10 novembre. Une occasion inespérée qu’elle a pleinement appréciée en compagnie de ses 15 coéquipiers d’aventure, dont son frère aîné Marc.

Au départ, la Chicoutimienne n’aurait jamais pensé avoir cette chance en or et elle enviait son frère Marc de pouvoir vivre ce séjour mémorable dans le parc national du Grand Canyon. Car aux yeux de bien des adeptes du rafting, descendre le fleuve Colorado et ses rapides reste le summum, mais un rêve difficile à concrétiser.

« Le Grand Canyon, c’est 5 millions de visiteurs par année, mais seulement 0,5 % aura le privilège de le descendre en rivière », souligne la technicienne ambulancière. C’est tellement populaire que certains groupes commerciaux avec guides réservent cinq ans à l’avance. Mais contrairement aux ‘‘trips’’ organisés, les expéditions non commerciales sont allouées par tirage parmi les nombreux inscrits et leur durée est de 12 à 25 jours. « Quand tu l’obtiens, tu ne peux pas le revendre. Mon frère savait depuis un an et demi qu’il allait là-bas et je lui disais combien il était chanceux, que si j’avais la chance, j’irais ! », raconte-t-elle en entrevue, quelques jours après son retour à la maison.

Mais voilà que l’un des membres du groupe initial s’étant blessé, elle a été invitée à joindre le groupe pour le périple de 350 km en rafting. Une offre qu’elle ne pouvait refuser, d’autant plus qu’elle pourrait mettre à contribution ses connaissances acquises lors de son bac en plein air de l’UQAC. « Ils cherchaient un remplaçant capable de guider l’une des cinq embarcations. Je n’avais pas l’expérience, mais par contre, je suis quelqu’un de positif en plein air et je suis capable de ramer en avant. »

Le groupe de 16 personnes, provenant principalement de Québec, était composé d’un bon noyau de gens aguerris en descentes en rafting, mais aussi de personnes habituées à oeuvrer en intervention (ambulanciers, pompiers, policiers, etc.) « On s’est retrouvé à 16 qui ne se connaissaient pas tant que ça parce qu’il y avait eu un remaniement. Mais j’ai eu la chance de connaître les grands du rafting. (Parmi eux), il y avait Mélanie Rhainds et Sylvain Alarie, propriétaires de H2O Expédition à Desbiens », mentionne-t-elle.

Ce couple faisait partie des guides de rafting émérites et Mélanie a d’ailleurs hérité du rôle de chef d’expédition. « Benoit Boivin, qui avait planifié toute l’expédition, a eu un accident en vélo de montagne un mois et demi avant le départ. Il a été hospitalisé et s’est retrouvé avec un collier cervical », relate Myriam. Au départ, les dirigeants du parc du Grand Canyon ne voulaient pas changer de répondant, mais finalement, c’est sa femme Danielle (Jolin) qui est devenue coleader et Mélanie qui a accepté d’être leader. »

L’athlétique Saguenéenne a d’ailleurs tenu à souligner le dévouement de Benoit Boivin. « Même s’il ne pouvait être sur le terrain, Benoit a continué à faire les téléphones et à finaliser le travail d’organisation. Il a fait partie de l’expédition sans y être. »

Expérience unique

Même si elle n’en est pas à ses premières expéditions d’envergure, Myriam Gaudreault est revenue enchantée de ces deux semaines au coeur du Grand Canyon. « C’est indescriptible ce que j’ai vécu, souffle-t-elle, des images plein la tête. Je n’avais jamais vécu ça en plein air. C’était extraordinaire et les journées n’étaient pas si dures », dit-elle en expliquant que le groupe n’a pas passé ses journées à pagayer et à dompter des rapides. « Quand tu descends un rapide, tu peux aussi prendre la ‘‘Chicken line’’ et à la limite, on aurait pu opter pour longer le rapide par la rive. Mais il n’y avait pas de rapides infranchissables. »

D’autre part, outre les paysages à couper le souffle, la jeune femme retient surtout l’ambiance qui régnait dans le groupe et la complicité qui s’est installée rapidement. « Le soir, nous étions 16 personnes assises autour d’un feu à se raconter les bons moments de la journée dans les rapides et à en rire de bon coeur », raconte la Saguenéenne qui n’a pas souffert d’être coupée des réseaux sociaux et communications avec l’extérieur pendant ces 15 jours.

Même la fois où l’une des embarcations contenant les fruits et légumes et les petites bières de fin de journée s’est renversée est devenue une source de rigolade par la suite. Ils ont pu récupérer toute la trentaine de pommes, les laitues et une partie des breuvages maltés... « Mais on a perdu les patates. C’est là qu’on a réalisé que les patates ne flottaient pas ! », raconte-t-elle en riant.

Cet incident, survenu à mi-chemin du parcours, lui a d’ailleurs permis de constater la coopération efficace qui s’est développée naturellement entre les différentes équipes de quatre. Chaque équipe avait une tâche à effectuer pendant trois jours, en rotation (monter les cuisines et le campement, préparer les repas, etc.).

« De côtoyer ces gens-là dans un contexte comme celui-là m’a permis de les connaître comme jamais je ne connaîtrai certains de mes collègues en 20 ans de travail. (...) Ce qui m’a fasciné, c’est qu’il n’y avait pas de leadership officiel. Ce n’était pas nécessaire. Oui, il y avait Mélanie, mais tout le monde savait ce qu’ils avaient à faire. (...) Les gens collaboraient super bien ensemble et ils avaient une attitude proactive. Dans plusieurs situations, les gens ont naturellement pris de bonnes décisions pour être le plus efficaces. »

Des belles amitiés se sont tissées. Si bien qu’une certaine nostalgie s’est fait sentir à l’avant-dernière journée de l’expédition. « On a fait le parcours en 14 jours en ayant des journées assez chargées, mais normalement ça se fait en 21 jours. J’ai demandé aux autres s’ils auraient fait 21 jours et tous ont dit oui », a-t-elle conclu.

Myriam Gaudreault ressort grandie

Myriam Gaudreault ressort grandie de son expédition de près 360 km en rafting sur le fleuve Colorado. Elle a tellement aimé la symbiose qui s’est développée au sein du groupe qu’elle souhaiterait que des expéditions du même genre soient mises de l’avant pour faciliter les communications et le travail d’équipe des groupes d’interventions appelés à travailler ensemble.

L’ambulancière revient d’une expédition de deux semaines en rafting sur le fleuve Colorado. Une expérience unique qu’elle a eu la chance de vivre en compagnie de 15 autres Québécois adeptes des descentes en rivière et de plein air, mais dont plusieurs travaillent comme policiers, pompiers et ambulanciers au quotidien. 

« Je ressors grandie de là. J’ai découvert des gens extraordinaires qui, même s’ils ne se connaissaient pas tant que ça, ont été capables de vivre en groupe et d’être efficaces. » Elle a aussi apprécié le fait que même s’il y avait des leaders préétablis dans le groupe, tout le monde était mis à contribution pour décider du plan de match du lendemain. 

Pour la Chicoutimienne, une telle mise en commun des ressources et connaissances de chacun dans le quotidien des interventions pourrait être davantage développée à l’aide de courtes expéditions de groupes sur les monts Valin, de deux ou trois jours par exemple. « On a une formation annuelle avec des diapositives, mais nous sommes des gens de terrain. Le but de ces formations est que les intervenants communiquent mieux ensemble. Ce serait bien mieux de réunir pompiers, policiers et ambulanciers sous forme d’un trois jours en motoneige sur les monts Valin. » Les gens pourraient ainsi établir des scénarios d’intervention mieux concertés en ayant travaillé ensemble sur différents scénarios et connaissant mieux les objectifs de tout un chacun.

Ces expéditions de consolidation pourraient aussi se dérouler sur la Mistassibi, un joyau régional pour la descente en rafting. « Au Québec, on possède l’un des plus beaux endroits dans le monde pour les rivières, dont la Mistassibi qui est connue internationalement, mais je pense que l’on n’exploite pas assez ce genre de destination », estime Myriam Gaudreault.