En huitième période de prolongation, Joakim Jensen a battu le gardien Samuel Ward pour permettre au club de Storhamar de l'emporter 2-1 contre le Sparta de Sarpsborg, dans le cinquième match de la série de premier tour qui oppose les deux équipes.

11 périodes avant d'avoir un maître

Onze périodes de hockey, ça use, ça use. Bon... ce ne sont peut-être pas les paroles exactes de la comptine, mais l'idée demeure la même.
Selon les données de la Fédération internationale de hockey sur glace (FIHG), le plus long match de l'histoire a eu lieu dimanche soir, en ligue norvégienne de hockey.
En huitième période de prolongation, Joakim Jensen a battu le gardien Samuel Ward pour permettre au club de Storhamar de l'emporter 2-1 contre le Sparta de Sarpsborg, dans le cinquième match de la série de premier tour qui oppose les deux équipes. Le match s'est donc soldé après 217 min 14 s de jeu. La mise en jeu initiale a eu lieu à 18 h (heure locale), et Jensen a mis un terme à ce marathon à 2 h 30 du matin.
Le Québécois Christian Larrivée était aux premières loges. Cet ancien choix de quatrième tour du Canadien (114e au total en 2000) et ancien des Saguenéens porte les couleurs de Storhamar depuis 2010. Il est d'ailleurs capitaine de l'équipe. Dimanche, il assistait au match depuis les gradins, puisqu'une blessure à l'aine le tient à l'écart du jeu.
« On est à l'aréna présentement. Les physios et les masseurs sont là, car les gars ont les jambes lourdes, racontait Larrivée, lorsque joint par La Presse lundi midi. Beaucoup de gars ont eu des problèmes de crampes. Un gars s'est effondré sur la patinoire en sixième période. Il a pris trois périodes de pause et il est revenu en dixième période ! »
Comprenons ici que le hockey en Norvège n'a pas encore atteint le degré de professionnalisme que l'on peut voir dans d'autres pays d'Europe. Si Storhamar attire de très bonnes foules de plus de 5000 spectateurs, il n'en est pas de même partout dans la GET-ligaen, dont les statistiques ne sont pas compilées sur le site de référence HockeyDB.
C'est donc dans un environnement semi-professionnel que les joueurs évoluent... pour le meilleur et pour le pire !
« Les restaurants de l'aréna étaient fermés, explique Larrivée. Mais il y a une pizzéria proche qui est notre commanditaire. Donc, en prolongation, pendant les entractes, on avait de la pizza et des pâtes dans le vestiaire. Ils en ont aussi livré à nos adversaires. Les deux équipes se sont entraidées. Un gars de l'autre équipe vient d'ici. Pendant le match, sa mère est partie faire un gâteau aux carottes. »
Qualité douteuse
Comme dans la LNH, les formations en ligue norvégienne sont composées de 18 joueurs, en plus des gardiens. « Au début de la prolongation, tu joues à trois trios, car tu penses que ça va finir vite. Mais il a fallu faire jouer tout le monde. Des joueurs qui ne sont pas beaucoup utilisés ont fini par jouer beaucoup plus », explique Larrivée.
« L'adrénaline était là, car c'était un match tellement important. La série était égale 2-2 [NDLR : ce sont des séries 4 de 7]. Mais en septième ou huitième période, les gars n'avançaient plus. La qualité n'était plus là. Les deux gardiens étaient ''hot'', car il y a eu de bonnes chances de marquer. Mais c'était presque dangereux pour la santé. »
Les arbitres s'en sont d'ailleurs mêlés, eux qui ont décerné une seule pénalité pendant les trois premières périodes de prolongation. Ils ont ensuite ressorti leurs sifflets et ont même décerné un tir de pénalité au défenseur de Storhamar Lars Lokken Ostli. En vain.
« Un gars partait avec la rondelle, il avait un peu d'énergie, mais les autres ne suivaient pas. Ça donnait des 1 contre 3 ou 1 contre 4. Donc, les arbitres ont jugé que la meilleure façon d'avoir un but, c'était de décerner des punitions. Au début de la prolongation, je crois qu'ils n'en donnaient pas, car ils avaient peur d'être la différence dans le match.
« Il était temps que ça finisse ! »
Heureux en Norvège
Christian Larrivée n'a finalement jamais atteint la LNH. Il a eu droit à 11 matchs en Ligue américaine, avec les Bulldogs de Hamilton, avant de faire ses valises pour l'Europe, où il a aussi joué en Suède et au Danemark.
Marié à une Suédoise, installé en Norvège depuis sept ans, c'est désormais ce pays qu'il considère comme son chez soi. L'attaquant de 34 ans songe même à y rester quand il raccrochera ses patins.
« Je me suis acheté une maison ici et j'ai appris la langue. Ça m'a pris deux ans et j'ai dû suivre des cours, car c'est facile ici de ne pas l'apprendre : tout le monde parle anglais ! Mon norvégien n'est pas parfait, mais les gens apprécient mes efforts, comme les Québécois apprécient un joueur anglophone qui tente d'apprendre le français. Je suis quand même capable de parler de n'importe quel sujet avec n'importe qui. »
Larrivée est aussi parfaitement en paix avec son parcours. Il a connu une belle carrière en LHJMQ, avec notamment une saison de 100 points à Chicoutimi en 2001-2002. Et la vie de hockeyeur professionnel en Europe le satisfait amplement.
« C'est plaisant. Beaucoup de gens pensent que c'est la LNH ou rien, mais tu peux avoir une très bonne carrière en Europe. J'ai une belle vie et une belle carrière. »
Le match en chiffres
217:14 : Temps de jeu total, en minutes
11 : Périodes
92 : Arrêts du gardien gagnant, Oskar Ostlund
96 : Tirs des vainqueurs
12 :Pénalités mineures décernées
5526 : Spectateurs sur place selon les chiffres officiels. Selon Larrivée, il en restait la moitié moins quand le but gagnant a été marqué.
Les matchs les plus longs de l'histoire*
1- 12 mars 2017 : Le Storhamar contre le Sparta de Sarpsborg, ligue norvégienne (217:14)
2- 24 mars 1936 : Les Maroons de Montréal contre les Red Wings de Detroit, dans la LNH (176:30)
3- 23 mars 2008 : Les Sharks de Cologne contre l'Adler de Mannheim, en ligue allemande (168:16)
* Source : FIHG