« Il faut agir comme des champions »

En poste depuis maintenant trois mois, le nouveau président de l’Impact, l’Arvidien Kevin Gilmore, apprivoise le monde du soccer. Son mandat est aussi clair qu’ambitieux : remplir le domicile de la formation montréalaise de la MLS, le Stade Saputo, d’ici trois ans seulement.

« Il y a encore beaucoup de choses à apprendre. Au moins, à la surface, j’ai la chance de mieux comprendre la business et ce qu’on doit faire », annonce d’entrée de jeu Kevin Gilmore, qui a été nommé par le propriétaire Joey Saputo à la fin janvier, lors d’une entrevue téléphonique.

Celui qui a grandi à Arvida, plus précisément sur la rue Downing, n’a plus besoin de présentation dans les grandes sphères du domaine sportif professionnel. Diplômé de la faculté de droit de l’Université d’Ottawa et titulaire d’un certificat en finances de l’Université de Chicago, Kevin Gilmore a enchaîné les postes prestigieux dans différentes organisations sportives, que ce soit avec Disney, les Mighty Ducks d’Anaheim, les Kings de Los Angeles et les Canadiens de Montréal dans la Ligue nationale, ainsi que les Angels d’Anaheim au Baseball majeur.

« J’ai toujours dit que Mickey Mantle et Mickey Mouse, c’était la même chose. On vend la même chose, soit un lien émotif à un sport, une équipe, un joueur. Que ce soit le hockey, le soccer ou même le divertissement en général, c’est la même connexion », raconte Kevin Gilmore qui est également membre du conseil d’administration du Comité olympique canadien.

Il avait déjà goûté au monde du soccer, notamment en Europe, mais maintenant qu’il y est pleinement plongé, il prend conscience de toutes ses subtilités. « Je ne dirais pas que le niveau de passion est plus élevé, mais différent. C’est une passion qui est exprimée tant au stade que sur les médias sociaux », révèle-t-il.

Une expérience différente

« C’est vraiment une culture où l’expression des gens est plus ouverte. Je l’ai remarqué surtout au stade. C’est une expérience différente de n’importe quel autre sport. Il y a le jeu sur le terrain, mais l’interaction entre les supporters, entre eux et le match comme tel. Pendant 90 minutes, ça n’arrête pas. C’est vraiment spécial », souligne le président.

« C’est l’une des raisons pour lesquelles cette opportunité-là m’a vraiment interpellé. Le soccer est un sport en croissance incroyable en Amérique du Nord quand on regarde la ligue, les équipes qui entrent dans la ligue et le nombre de villes intéressées à un club d’expansion », note Kevin Gilmore. De 24 équipes pour la saison qui vient de débuter, ce chiffre passera à 27 en 2021 avec l’objectif de 30 par la suite avec un processus déjà enclenché.

« La ligue prend sa place », affirme-t-il, désirant maintenant que l’Impact fasse de même dans son marché, ce qu’il a signifié dès le début de sa première conférence de presse et par la suite dans toutes les sphères de l’organisation, et qui se fait sentir depuis quelques semaines.

« Du côté affaire, on n’avait jamais vraiment évolué. On était très passifs dans le marché en disant : ‘‘Si vous êtes fans, vous allez venir’’. Il y avait aussi un complexe d’infériorité vis-à-vis les Canadiens qui prennent toute la place », d’admettre Kevin Gilmore.

« Il faut agir comme une équipe de ligue majeure dans une grande ville. Pour être champions, il faut agir comme des champions avant d’être champions. Ça prend une croyance dans le produit qu’on a sur le terrain et être agressifs dans la façon dont on se place dans le marché, d’insister Kevin Gilmore. Souvent les gens me disent que les Canadiens prennent beaucoup de place. Je réponds que je n’ai jamais rencontré un fan de sport dans une ville qui se limite à une équipe. Il y a de la place pour plusieurs équipes dans le coeur d’un partisan sportif. »

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UN RAPPROCHEMENT AVEC LES RÉGIONS

Le bureau de Kevin Gilmore ne manque pas de nouveaux défis. Le président de l’Impact souhaite également un rapprochement avec les partisans dans les régions, ce qui ne se fera pas non plus en quelques semaines. 

«C’est un travail qui demande une planification et une stratégie et ça prend un peu de temps. La réalité, c’est que présentement, notre stade n’est pas plein. Oui, je veux m’attaquer non seulement aux régions, mais dans un premier temps, je dois m’assurer que Montréal nous supporte tant au niveau partisan que corporatif», explique Kevin Gilmore. 

Développer des partenariats

À tort ou à raison, malgré une fleur de lys dans le logo, l’Impact est souvent davantage considérée comme une équipe montréalaise que québécoise. Kevin Gilmore est ouvert à développer des partenariats afin d’élargir l’auditoire de l’équipe, notamment dans les régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Le défi, c’est qu’on ne peut pas établir des bureaux dans toutes les régions», convient le natif d’Arvida, rappelant que l’équipe possède un bon véhicule promotionnel avec le télédiffuseur TVA Sports. 

«Si on gagne un championnat, ça va vraiment nous aider à rayonner dans toutes les régions, mais c’est aussi un travail qu’on doit faire avec nos partenaires et travailler ensemble. Si on est capables de le faire, tout le monde va en profiter», avance-t-il, citant en exemple l’école de soccer qui a déjà des ententes en ce sens. 

«Être l’équipe professionnelle de soccer du Québec nous aide avec nos cotes d’écoute, la vente de billets, nos partenariats, etc.», plaide-t-il, notant certaines difficultés pour des activités promotionnelles avec des joueurs en pleine saison en raison du calendrier. Par exemple, cette semaine, l’Impact joue trois matchs en huit jours, sans compter les obligations de plusieurs joueurs envers leur équipe nationale respective à certaines périodes de la saison.

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UN SPORT POUR LES JEUNES

Le président de l’Impact, Kevin Gilmore, croit également dur comme fer que l’avenir du sport professionnel passe par les jeunes et que le soccer a tout pour séduire, selon lui, avec sa culture.

« Ils attachent plus d’importance sur l’expérience que les biens matériaux. C’est l’expérience en groupe partagée et l’authenticité. La culture du soccer se rapproche plus à ce que cette génération recherche que d’autres sports. Il y a une très grosse opportunité non seulement ici, mais pour les autres équipes de la MLS de prendre une plus grande place dans le marché sportif », fait valoir Kevin Gilmore sur cette évolution, évoquant également le basketball. Malgré son association avec l’Impact, ce dernier fait toujours partie d’un groupe désirant amener une équipe de la NBA à Montréal. 

« Quand j’ai pris le poste, je me suis assuré que je pouvais quand même m’impliquer et avoir un rôle assez présent dans le dossier », mentionne-t-il, précisant que des pourparlers confidentiels ont eu lieu avec des investisseurs en attente d’une possible expansion d’ici quelques années.