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Vaccin et espoir pour les aînés du Québec

Yves-François Blanchet
Chef du Bloc québécois
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POINT DE VUE / Nous ignorons combien de temps durera encore la pandémie. Outre sa portée partisane à la possible veille d’une élection fédérale, le conflit sur la vitesse de livraison des vaccins par Ottawa et celle de leur injection par Québec illustre l’incertitude sur la durée de la guerre à la COVID-19. 

Quel risque y aurait-il en effet à utiliser tout de suite les vaccins disponibles (sans réserver les secondes doses) si Ottawa assurait la livraison de ces secondes doses dans les délais prescrits? Les États-Unis et la France le font, mais au Canada, le fédéral sait que ses livraisons sont trop lentes et reproche au contraire à Québec d’utiliser tous les vaccins disponibles. Révélateur.

Or nous devons sans broncher garder l’œil sur la motivation principale de toute l’opération : protéger les plus fragiles d’entre nous, au premier chef les aînés dont la mortalité est beaucoup plus élevée, et les principaux vecteurs de propagation au travail, surtout dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. C’est sans équivoque ce que Québec tente de faire, à tâtons parfois, mais de bonne foi. Et pour y arriver, la vitesse de livraison des vaccins et celle de leur utilisation sont importantes.

Un autre facteur crucial de succès, surtout en regard des mesures contraignantes que Québec impose, est le sentiment que ces contraintes sont justifiées. La confiance que le couvre-feu, la fermeture des commerces, le port du masque accentué, l’interdiction de rencontres, l’insistance du Bloc et de Québec pour un meilleur contrôle des passages aux frontières, le sentiment que toutes ces limitations à nos libertés habituelles auront bel et bien l’effet voulu.

C’est ici que l’enjeu électoral fait figure d’éléphant dans la pièce. Le parti libéral doit se revendiquer du mérite d’une victoire probante contre le virus. Il doit le faire alors que les gens seront encore inquiets à l’idée de changer la composition du parlement fédéral en pleine pandémie, mais avant que le bilan des gestes et des frustrations ne soit révélé. Ça pourrait venir vite…

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Le gouvernement de Justin Trudeau se voit donc irrésistiblement tiré vers une stratégie où l’échéance électorale prend le dessus sur la santé publique. Il se place en zone de tension constante avec les provinces et le Québec. La confiance des gens dans le gouvernement du Québec et les gouvernements provinciaux étant plus élevée que celle qu’ils placent en Justin Trudeau, la voie de passage est étroite.

Ultimement, qui en paiera le prix? Tous les gens qui vivent dans l’inquiétude, celles et ceux chez qui la pandémie exacerbe une possible détresse psychologique ou psychiatrique, tous les travailleurs et toutes les travailleuses de première ligne en santé, mais aussi en éducation, tous ces gens aux prises avec les lendemains d’un virus qui laisse des traces durables sur leur santé, et surtout, surtout les aînés.

Je n’insisterai jamais trop : les aînés sont ceux dont la santé est la plus fragile et dont la mortalité est la plus élevée sous les assauts du virus. Ils sont ceux dont le plus grand nombre voient leur pouvoir d’achat réduit par la pandémie. Ils sont ceux qui subissent de la façon la plus cruelle, physiquement et en regard des outils de communications, l’isolement propre à la gestion d’une pandémie meurtrière.

Plusieurs choix sont de nature à améliorer le sort des aînés. D’abord, remplacer la confrontation et la perspective d’élections par une accélération des achats et des livraisons du vaccin par Ottawa. Ensuite, augmenter le pouvoir d’achat des aînés en haussant de façon immédiate, durable et significative les contributions de l’État fédéral par un bond vers le haut de la pension de vieillesse (quel nom terrible…!) et du supplément de revenu garanti. De plus, imaginez l’effet qu’aurait aujourd’hui l’augmentation des transferts en santé demandée il y a maintenant près d’un an, sans autres délais et sans condition! Il n’est pas trop tard pour faire entendre raison au fédéral malgré son entêtement à centraliser et accaparer des compétences québécoises et provinciales.

Et enfin, ce faisant, redonner espoir aux aînés comme à toutes celles et tous ceux qui les aiment. Nous le leur devons.