L'Université du Québec à Chicoutimi

Une région et sa jeunesse

LA TRIBUNE / Avec ses quatre établissements collégiaux et son université, la région dispose d’outils de développement de premier plan. Or, il est peu question d’éducation dans la campagne municipale qui bat son plein. L’enseignant à l’UQAC Stéphane Allaire et le directeur général du Cégep de Jonquière Raynald Thibeault abordent la question.

Nul besoin de posséder une formation pointue pour comprendre que le développement territorial repose sur deux piliers : la disponibilité d’emplois et la présence d’une éducation de qualité. Partant de ce principe, et considérant le rôle des municipalités dans l’essor d’une région, on s’étonne de l’absence de discussions de fond portant sur l’éducation dans le cadre de l’actuelle campagne électorale. À Saguenay, l’Équipe du renouveau démocratique a le mérite d’avoir rédigé quelques orientations précises. Toutefois, à l’instar des autres candidatures, ces idées sont demeurées en filigrane des interventions publiques. Pourtant, on claironne que l’avenir passe par la jeunesse. Pour être conséquent avec cette formulation populaire, il semble approprié de se soucier plus explicitement de cette jeunesse chérie, incluant celle qui ne dispose pas encore du droit de vote. Car l’apprentissage de la participation à la vie sociale et citoyenne ne frappe pas dans la nuit du 18e anniversaire de naissance.

En plus de la mission d’instruction et de qualification qui est politiquement confiée aux établissements scolaires, ces derniers sont tenus de contribuer à la socialisation des jeunes. Il s’agit de cultiver l’apprentissage du vivre ensemble et la préparation de citoyens responsables. Des actions tangibles sont posées dans les écoles, en complément à celles des familles. Cela dit, le vivre ensemble et la citoyenneté responsable ont aussi une résonnance dans un contexte plus vaste. En effet, un individu, peu importe son âge, s’intègre progressivement au fonctionnement et aux activités de sa communauté locale et régionale. Or, comment la communauté contribue-t-elle à cette insertion ? Comment arrime-t-elle sa contribution à celle de l’école pour qu’il y ait cohérence et continuité ? Les enjeux associés à ces questions sont importants pour l’avenir des jeunes et, par conséquent, pour celui de notre collectivité : connaissance appropriée des possibilités du milieu d’appartenance, capacité de projection dans l’avenir, rétention…

C’est bien connu, le numérique donne accès à une mine d’informations. Jeunes et moins jeunes en consomment abondamment quotidiennement. Le numérique, c’est aussi un réseau qui offre des possibilités inédites d’interactions entre les individus ; ingrédient fondamental de la vie sociale et citoyenne. En d’autres mots, le numérique donne accès à des personnes difficilement accessibles autrement. S’il est pertinent de réfléchir aux infrastructures physiques, une municipalité du 21e siècle se soucie également de l’infrastructure numérique, dont celle consolidant des liens sociaux.

Vers une région qui contribue à l’éducation de ses jeunes en réseau

La recherche a montré depuis longtemps que la famille et l’école, en dépit de toute leur importance, ne sont pas les seuls acteurs à contribuer au devenir des jeunes. C’est dans cette foulée qu’un groupe de chercheurs de l’UQAC travaillent actuellement au développement d’une infrastructure sociale et numérique permettant à d’autres acteurs de la communauté régionale de contribuer à ce devenir (http ://regioneducative.quebec). On peut penser, par exemple, à des muséologues, des artistes, des scientifiques, des auteurs, des entrepreneurs, des journalistes, voire des élus, qui accepteraient de partager leur expérience et leurs connaissances à des jeunes. À quelles fins ? Pour procurer du sens à ce qu’ils apprennent. Pour leur fournir des modèles inspirants. Pour les encourager dans leurs aspirations scolaires et professionnelles. Pour accentuer les liens intergénérationnels, et ainsi contribuer à la préparation d’une relève qui réussit à s’intégrer pleinement à sa communauté régionale.

Il y a d’autres idées prometteuses. L’important est de prendre conscience de l’enjeu que représente l’éducation de la jeunesse pour la politique municipale, d’en discuter et de mettre en place des actions concrètes.

Stéphane Allaire, enseignant à l’UQAC