Josée Néron

Une première femme au pouvoir?

ÉDITORIAL / Josée Néron a suivi son plan de campagne à la lettre, de façon aussi précise qu’un métronome, sans jamais se laisser distraire par les attaques ou les promesses de ses adversaires. La chef de l’Équipe du renouveau démocratique a imposé ses idées et sa personnalité ; elle a su se présenter telle une femme forte mais surtout, comme une mairesse crédible. Sa stratégie lui a permis de consolider ses appuis, mais elle a aussi fait des gains significatifs partout sur le territoire, même à Jonquière, forteresse de son principal rival Jean-Pierre Blackburn. Et aujourd’hui, il est permis de croire qu’elle deviendra la première femme à diriger le destin de Saguenay.

Le sondage réalisé par la firme Segma Recherche témoigne d’un vent favorable à la chef de l’ERD. Or, cet élan de sympathie ne peut être attribué à la formation politique ou au chemin défriché il y a quatre ans par son ancien chef, Paul Grimard. Si Josée Néron l’emporte dimanche, ce sera sa victoire à elle. 

On ne le dira jamais assez : un sondage reste un sondage. Aussi serait-il cavalier de couronner Josée Néron avant le dépouillement des boîtes. Or, l’exercice met en relief des tendances manifestes. Dans les dernières semaines, Jean-Pierre Blackburn a joué le tout pour le tout en misant sur Jonquière, où le dernier sondage, réalisé au début d’octobre, lui donnait 17 points d’avance sur Josée Néron. À peine un mois plus tard, il se retrouve derrière elle dans cet arrondissement. Son électorat était-il saturé ? Aurait-il dû opter pour une offensive plus marquée à Chicoutimi ou à La Baie ? Nul ne le saura jamais. Une chose est néanmoins certaine : Josée Néron, elle, a su ravir 5 % des partisans de Jean-Pierre Blackburn à Jonquière, et autant de sympathisants favorables à Dominic Gagnon et son Parti des citoyens de Saguenay. Peu de gens auraient prédit un tel revirement. 

« Après moi le déluge »

Pendant que les militants de l’ERD commencent à rêver à l’hôtel de ville, ceux du PCS voient le sol s’ouvrir sous leurs pieds. Dans les bas-fonds du sondage, leur chef Dominic Gagnon peine à obtenir 10 % des voix, un véritable désastre comparé aux majorités écrasantes auxquelles nous a habitués le fondateur du parti, Jean Tremblay. 

Dans le contexte où la moitié des gens sont plus enclins à accorder leur confiance à des candidats indépendants dans les districts, il est envisageable que le PCS soit relégué au rang d’observateur au sein du prochain conseil. Ainsi, advenant une débâcle de ce parti, l’histoire se souviendra de celui-ci telle la formation d’un seul homme : Jean Tremblay. Ce qui n’est pas sans rappeler l’expression attribuée à Louis XV : « Après moi le déluge. » Malgré son statut de médecin et un travail acharné sur le terrain, Dominic Gagnon n’avait pas la stature politique nécessaire pour sortir de l’ombre du maire Tremblay. Et chaque fois qu’il a tenté de discréditer Josée Néron, il en a chèrement payé le prix. Peut-être la population saguenéenne en a-t-elle eu assez de voir cette femme accusée de tous les maux pendant quatre longues années ? Peut-être l’électorat rejette-t-il enfin la politique mesquine du PCS ? Visiblement, « la nouvelle génération » ne s’est jamais posé la question. 

Enfin, si le sondage dit vrai, Arthur Gobeil terminera cette élection au troisième rang. Il aura par contre dominé La Baie de façon presque indécente, avec une majorité de 57,1 % des voix. Avant la fusion, il aurait été déclaré maire sans réelle opposition. Les Baieriverains ont adhéré à sa campagne plus sobre en promesses, mais propre et réaliste sur le fond. Ils ont aussi reconnu l’authenticité de l’homme, qui ne s’est pas laissé séduire par le chant des sirènes. Pensez-vous qu’aucun autre candidat ne l’a approché en lui promettant d’alléchantes responsabilités en échange d’un retrait de la course et d’un appui officiel ? Jamais personne ne pourra le taxer d’opportunisme. 

Et une fois l’élection passée, il serait peu surprenant de le voir jouer un rôle de soutien dans l’administration municipale.