Un véritable plan d’avenir pour notre région

OPINION / L'auteur de ce texte est Sylvain Gaudreault, député de Jonquière à l’Assemblée nationale

Mon devoir est de prendre position. Concernant le projet GNL Québec, j’ai choisi d’en faire une analyse fine plutôt que d’y adhérer aveuglément ou de le rejeter de façon péremptoire. J’ai parcouru le rapport technique du cycle de vie effectué par le Centre international sur le cycle de vie (CIRAIG). J’en suis venu à la conclusion de m’opposer à ce projet.

Cohérence

Le consensus scientifique est clair : il faut changer de trajectoire immédiatement sinon nous ne pourrons éviter des dérèglements climatiques et ses conséquences désastreuses. J’ai participé à trois conférences de l’ONU sur le sujet (les «COP»). J’en ressors convaincu que la meilleure place pour les énergies fossiles, c’est de rester enfoui!

Le Parti Québécois a fait de la crise climatique un pilier de la dernière élection. J’ai déposé un projet de loi sur le respect des obligations climatiques. Je dois donc être cohérent quand un projet se présente, même dans ma région. Il y a assez de cynisme en politique. Je n’y contribuerai pas davantage.

Responsabilité

J’ai rencontré les promoteurs de GNL Québec plusieurs fois. Ce projet gargantuesque vise à exporter 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. Cette quantité représente environ le double de la consommation annuelle du Québec en entier!

Le rapport du CIRAIG montre que si le GNL en provenance du Saguenay est utilisé en addition des sources énergétiques existantes sur les marchés étrangers ou en substitution du nucléaire ou du gaz naturel déjà présent, le tout résultera en une augmentation des GES. S’il est utilisé en substitution d’énergies plus polluantes comme le charbon, cela résultera en une diminution globale des GES.

Les scénarios actuellement présentés par la compagnie démontrent qu’au moins 36% de la proportion du GNL sera utilisé en addition ou en substitution du nucléaire ou de gaz naturel. Cela signifie que dans ces marchés, il y aura augmentation des GES au niveau local. À l’heure actuelle, aucun contrat n’a été signé avec un client. Le CIRAIG fait une mise en garde : «Le scénario d’exportation du GNL envisagé par GNL Québec est basé sur des études de marchés et des connaissances internes auprès de divers interlocuteurs de l’entreprise. Bien que l’entreprise juge le scénario conservateur, le CIRAIG ou les membres du comité de revue critique ne sont pas en position d’entérinés (sic) le scénario d’exportation». Le CIRAIG s’inquiète aussi quant aux émissions fugitives de méthane qui peuvent éliminer tous les gains en réduction de GES prétendus par la compagnie.

Cela s’apparente à un chèque en blanc! Avec autant d’investissements (14 milliards $ au total), les promoteurs renonceront-ils à des marchés voulant additionner du GNL?

On parle d’un projet de 25 ans. À quels fins seront utilisées les infrastructures une fois cette période terminée? La région se retrouvera-t-elle avec un passif environnemental? Et les emplois perdus dans 25 ans? Pouvons-nous envisager un avenir économique meilleur et à plus long terme afin d’éviter les erreurs du passé?

En dix ans, la production d’énergie renouvelable en Europe a progressé de 66%. Avec l’Accord de Paris et les technologies, on peut s’attendre à ce que l’Europe fasse la transition énergétique rapidement. Dans 25 ans, le monde sera ailleurs en ce qui concerne l’énergie. Il faut prendre le train de l’économie du XXIe siècle et abandonner les énergies du siècle dernier.

Action

Les gens veulent des investissements et des emplois dans la région. Le groupe Clean Energy Canada affirme que les énergies propres ont une croissance plus rapide (5% par an entre 2010-2017) que l’économie en général (3,6%). Déjà, les énergies propres représentent 3% du PIB canadien en 2017 contre 6% pour le pétrole et le gaz. Avec une telle croissance, imaginez l’avenir! Notre région pourrait bien en retirer une part! Un potentiel énorme de gaz naturel renouvelable produit à partir des forêts n’attend que les avancées en R et D pour être commercialisé.

J’ai tellement d’ambitions pour la région que je souhaite qu’elle devienne le Klondike de l’économie verte. Déjà, par exemple, des entreprises diversifient notre économie en fabriquant les bornes de recharge électrique (Coupesag) ou en inventant des systèmes de récupération de fuites d’huiles sur les transformateurs (Voltra). Il faut soutenir ces champions et en susciter d’autres! J’ai proposé à la mairesse de Saguenay de créer une équipe au sein de Promotion Saguenay dédiée exclusivement à l’économie verte et faire de la prospection en ce domaine. J’ai déjà des rendez-vous pour faire avancer cette idée. Le parc industriel de Jonquière est prêt à accueillir une concentration d’entreprises de ce secteur en forte croissance.

Et les grands projets? Élysis, un partenariat entre Rio Tinto et Alcoa, a inventé l’aluminium sans carbone. Vingt-cinq chercheurs sont à l’œuvre à Arvida. L’objectif est de commercialiser ce produit d’ici 2024. Je me battrai tous les jours pour que cette production d’avenir se fasse chez-nous! On parle au total d’un potentiel de 10 milliards $ d’investissements pour 1000 emplois!

Notre région doit prendre le vrai virage pour le long terme. Nous sommes présentement en pénurie de main d’œuvre. Prenons le temps de bien se positionner au lieu de plonger aveuglément et que GNL Québec cannibalise la main d’œuvre qualifiée aux dépens de PME qui peinent à la recruter.

N’est-ce pas là une vision emballante?