Un téléphérique?

Rappelez-vous 1996. L'année du déluge. Nous étions tous dans la flotte. Le monde entier croyait que nous avions tous perdus nos maisons dans le creux du fjord.
Plein de gens venaient nous voir. Quelques-uns, plus sensibles, vomissaient devant ce spectacle indéfinissable. Des gens d'ici, plusieurs, ont perdu leur maison, garage etc dans la rivière Chicoutimi, du Moulin, même aux Rats (oui, oui, une rivière dans Chicoutimi s'appelle aux Rats) pour se jeter dans le Saguenay. Et là je ne parle pas de Laterrière, de La Baie, du Lac-St-Jean. Je m'en tiens à Chicoutimi.
La rue Price Ouest n'avait pas résisté à cette débâcle. Une artère bloquée. Le trafic s'est donc ramassé sur le boulevard Saguenay et la côte St-Ange, l'unique côte St-Ange...
Comme quoi un malheur n'arrive jamais seul, plein de touristes, du 21 juillet 1996 jusqu'aux neiges de la même année, se sont amené, invités par notre recevant premier ministre du temps, Lucien Bouchard, qui voyait là un essor économique.
Et là, ce n'était plus une seule artère qui était bloquée. Toute la ville était paralysée. À cet instant précis, un «illuminé» amena une idée, la plus improbable que l'on puisse imaginer: un téléphérique qui partirait, si je me rappelle bien, de la petite Maison Blanche jusqu'à, probablement le «Vieux-Port».
On montrerait les affres du déluge! Le monde viendrait voir ça! Profiter de la misère d'une ville pour faire de l'argent.
Des gens, indignés, se sont rassemblés pour dire au conseil que là, messieurs, madame, vous êtes dépassés par les événements. Le conseil, mené par le regretté Ulric Blackburn, a compris. On a ouvert la rue Price et mis aux oubliettes le téléphérique et ses gondoles.
Presque 20 ans plus tard, l'idée du téléphérique revient d'on ne sait qui, ni d'où.
Pour le touriste. Pour leur montrer Chicoutimi, la rivière, quoi encore...
Personnellement, je n'ai rien de la touriste. Grâce à Radio-Canada, en 2005, j'ai visité Paris. J'ai vu la tour Eiffel, de loin, on ne peut pas la manquer, les Champs-Élysées, ai passé pas loin de là, le Louvre, assise sur un banc devant la pyramide, et bien d'autres. En voyage, je veux voir le monde, comment ils pensent, ce qu'ils mangent, ont-ils l'air heureux ou frustrés, sont habillés comment, leurs yeux, leurs visages.... Les monuments, les vieilles églises ou cathédrales, je ne suis toujours qu'à un clic pour visiter tout ça.
Chicoutimi. Du boulevard Barrette jusqu'à Jacques-Cartier, par le boulevard Talbot, direction Nord, amenez les touristes en voiture. Ils vont avoir une vue imprenable sur les Monts-Valin, le ciel s'offre à eux dans toutes ses couleurs. Pas un périphérique ne peut offrir une telle vue, et ça ne coûtera pas une «cenne» aux contribuables qui n'en peuvent plus, financièrement. Je pourrais continuer longuement.
Pauline Germain
Chicoutimi