Simon Latulippe
Le Quotidien
Simon Latulippe

Un Québec fou de ses aînés ?

L’auteur de cette chronique est Simon Latulippe, directeur général du Pôle régional d’économie sociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce dernier signe aujourd’hui le troisième de trois textes visant à définir comment l’économie sociale peut aider à construire le développement durable

OPINIONS / La pandémie a mis à jour les déficiences importantes de notre système de soutien à la qualité de vie des aînés. Les crises vécues par les CHSLD et autres résidences ont été amplement couvertes et décortiquées. Pour le gouvernement de François Legault, c’est une preuve de plus de la nécessité de revoir la manière dont nous traitons les aînés. La Coalition Avenir Québec avait dans sa plateforme électorale l’ambitieux projet de transformer «le modèle désuet des CHSLD en un modèle plus humain»: les Maisons des aînés. Nous reconnaissons tous l’urgence de la situation et l’importance de trouver une solution. Mais, est-ce que celle-ci passe uniquement par les Maisons des aînés?

Jusqu’ici, les annonces faites par le gouvernement présentent un intérêt indéniable: chambres plus spacieuses et équipées d’une salle de toilette privée ; espaces communs aménagés pour accueillir les proches des résidents ; salles prévues pour les proches aidants et postes d’infirmières dissimulés pour que l’établissement ait davantage l’air d’un lieu de vie ; un accès à des espaces extérieurs ouverts à la communauté ; etc. En plus, la conception de ces établissements devrait respecter les normes LEED, «en cohérence avec les orientations gouvernementales en matière de développement durable». On doit l’admettre, c’est un départ prometteur!

Pourtant, il y a encore possibilité d’améliorer le projet et d’augmenter la cohérence avec le développement durable si nous regardons au-delà du lieu physique. En prenant le temps d’analyser le projet dans une perspective globale, avec la grille de la Chaire en éco-conseil par exemple, nous pourrions élaborer une offre de services qui dépasse la question de l’hébergement et des soins de longue durée. Un soutien adapté aux réalités multiples du troisième âge. Eh oui! C’est en passant par l’économie sociale que nous pouvons y arriver.

Le soutien des personnes âgées ne commence pas en passant le seuil des Maisons des aînés. Plusieurs vivent encore chez elles tout en ayant des besoins divers : santé, aide-ménagère, réalisation de soi, etc. Les Maisons des aînés pourraient avoir comme mission de servir et d’animer un territoire. Nous pourrions nous inspirer d’un autre réseau d’économie sociale que le gouvernement a mis en place : les bureaux coordonnateurs de garde en milieu familial (BCGMF), associés à des Centres de la petite enfance (CPE), qui soutiennent les services de garde en milieu familial.

À l’instar des BCGMF, une gestion collective des Maisons des aînés et de la coordination des services et soins à domicile sur un territoire donné favorise la mobilisation des usagers et de leurs proches. Les personnes âgées enrichissent significativement leur milieu si nous leur en donnons la possibilité. Un modèle de gestion qui leur donne une voix importante a toutes les chances de faire rayonner leur expertise accumulée et développée tout au long de la vie.

Il existe un réseau qui peut assumer ce rôle : les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD). Plusieurs de ces entreprises, comme la coopérative Multi-services Albanel, s’occupent déjà de résidences pour aînés. En leur donnant le mandat de gérer les Maisons des aînés, le gouvernement fera d’une pierre deux coups. Il reconnaîtra l’importance du travail réalisé par ces entreprises et favorisera l’établissement d’un réseau de Maisons des aînés véritablement ancrées dans leur milieu.

En 1997, le gouvernement de Lucien Bouchard déployait le réseau des CPE. Inspiré par le rapport «Un Québec fou de ses enfants», cette innovation a eu un effet marqué sur notre société. Aujourd’hui, ce réseau basé sur l’économie sociale est un modèle étudié par de nombreux pays. Nous avons eu l’audace de parier sur la responsabilisation de la société civile pour répondre aux besoins des plus jeunes et cela nous a réussi. À mon avis, nous pouvons lui faire confiance aussi pour prendre soin des plus vieux.