Un pont, non; rénover la 138, oui

L’auteur de cette lettre d’opinion est Marc Pettersen, géographe et titulaire d’une maîtrise en développement régional. Il est également conseiller municipal de Saguenay, dans le secteur de Chicoutimi-Nord.

OPINION / Concernant le projet de pont à Tadoussac, des études sérieuses avaient été commandées par le gouvernement du PQ à la fin des années 90. Les coûts étaient de près de 1,5 milliard $. Les promoteurs actuels d’un tel lien font miroiter à la population que ça coûterait, en dollars d’aujourd’hui, moins de 550 millions $, et ce, dans le cadre d’un pont construit par un consortium chinois. Pourtant, partout sur la planète, les coûts vont toujours en augmentant. Je veux simplement rappeler que nous ne sommes pas en Chine et que les coûts de construction, là-bas, ne tiennent absolument pas compte des mêmes contraintes règlementaires qu’au Québec.

Il est aussi faux de prétendre que la population de la Côte-Nord est enclavée parce qu’il n’y a pas de pont. Actuellement, avec les travaux qui ont été réalisés dans la Réserve faunique des Laurentides, la plupart des biens et services nécessaires à la fois aux communautés et aux industries œuvrant sur la Côte-Nord ainsi que dans les mines, passent en grande majorité par la 175 et par la 172 pour connecter finalement avec la route 138. Un bon ami à moi, qui était directeur général chez un distributeur alimentaire, m’a confirmé que la presque totalité des denrées nécessaires aux supermarchés et aux restaurants de la Côte-Nord passe actuellement par la 175 et la 172. Même chose pour les fruits et légumes frais. Pour ces entrepreneurs, ça coûte moins cher de carburant ; ça peut aller jusqu’à des économies de 125 litres de diésel. À 1,24 $ du litre, les économies sont très appréciables en passant par chez nous plutôt que par les côtes de Charlevoix.

Oui, ça prend des investissements massifs et urgents dans le réseau routier de la Côte-Nord. Mais il serait beaucoup plus judicieux d’investir l’argent public pour réparer la route 138. La rendre très sécuritaire et construire des tronçons à quatre voies divisées. Et surtout, aménager la route pour ne plus qu’elle subisse les assauts répétés des marées du Saint-Laurent qui, en raison des changements climatiques, attaquent de plus en plus les infrastructures routières de cette magnifique région. La 138 fait aussi partie du réseau routier national. En ce sens, le gouvernement du Québec pourrait aussi faire contribuer le fédéral pour 50 % des travaux. Ça adonne bien, des élections fédérales s’en viennent et il serait temps de revendiquer la transformation de la 138, de Tadoussac jusqu’à Baie-Comeau, en route à quatre voies divisées. Et d’améliorer la circulation jusqu’à Sept-Îles.

J’ai demandé et obtenu de la part du gouvernement Legault une étude socio-économique pour la construction d’un nouveau pont à Chicoutimi. Cette demande d’étude socio-économique doit inclure tous les paramètres, incluant entre autres la connectivité de nos routes de développement et ainsi, désenclaver la région et la Côte-Nord. La possibilité, par exemple, de faire passer une majorité du trafic lourd par la 175, le nouveau pont à Chicoutimi et la 172. Cette approche permettrait ainsi de dévier le plus possible de trafic lourd de la région de Charlevoix vers chez nous, ce qui consacrerait en même temps cette route comme étant une route touristique et surtout sécuritaire. Un nouveau pont à Tadoussac n’améliorera en rien la sécurité des usagers de la route touristique dans Charlevoix. Ce pont à Tadoussac et l’abandon de la traverse pourraient faire mourir une foule de commerces à Tadoussac. Même le maire s’en est déjà inquiété. Il faut rappeler aussi que la traverse actuelle crée entre 90 et 120 emplois directs et indirects à Tadoussac et à Baie-Sainte-Catherine. N’en déplaise aux lobbyistes à la solde des Chinois, la traverse a toute son utilité, autant pour les commerçants que pour la création d’emplois. Il devient donc évident qu’à la suite d’une véritable étude élargie, la solution au transport domestique régional et au transport interrégional pour la Côte-Nord passe par la construction d’un second pont à Chicoutimi, d’une route de ceinture industrielle performante, de la rénovation de la 172 et des travaux majeurs nécessaires sur la 138.

Quand on parle de développement régional, il ne faut pas se mettre des ornières et ne regarder qu’un seul petit aspect. Il faut regarder plus large, utiliser des cartes géographiques et penser le développement régional en fonction d’un tout et non en fonction de quelques intérêts particuliers.