Un double mépris

Chronique / Lise Bissonnette, ancienne présidente du conseil d’administration de l’UQAM, ne mâche pas ses mots dans un texte paru dans Le Devoir (10 janvier). À partir de données sur l’écart salarial entre les recteurs du réseau de l’Université du Québec et ceux des universités privées, elle affirme qu’il y a un «mépris général de la classe politique» à l’égard des dix universités du réseau public, dont l’UQAC fait partie.

Elle ajoute «ça vaut presque pour l’ensemble de l’Assemblée nationale», et c’est vrai pour «tous les partis». Aucune réaction dans la région. Dans une autre lettre, publiée dans Le Devoir (20 janvier), des syndicats de professeurs des différentes universités ont appuyé ce constat en insistant plutôt sur le sous-financement chronique. Pour eux, il est plus structurant d’investir dans le nombre de professeurs, chercheurs, employés de soutien, projets de recherche et maintien de programmes que dans une hausse salariale des directions. Les syndicats de l’UQAC et de l’UQAR ne l’ont pas signée. Gilles Imbeau, président du syndicat de l’UQAC, explique que le délai d’une journée était trop court pour consulter son exécutif. Même chose pour l’UQAR. Une journée est insuffisante pour partager une lettre qui dénonce le sous-financement chronique des universités ? Imbeau ajoute qu’il n’y voyait pas une importance capitale et qu’aucune étude ne démontre l’existence d’un mépris.

La mission de l’Université du Québec est la formation, l’accessibilité, le développement scientifique et la contribution au développement des régions. Le lien intime entre l’UQAC et le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean est un fait : accessibilité, attraction et rétention des jeunes ; production de connaissances ; projets avec le milieu ; retombées économiques. Si évident qu’il me fut difficile de comprendre, par exemple, que le financement de l’UQAC n’ait pas été proposé comme une revendication formelle lors du Sommet économique régional de 2015. 

On dénonce le sous-financement des universités depuis 20 ans. Le gouvernement Couillard a accentué le problème. Selon les données de la Fédération québécoise des professeurs.es d’université (FQPPU), l’enveloppe globale du fonds de fonctionnement accordée par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur aux universités québécoises a fondu d’un milliard depuis 2012. Pour la recherche universitaire, la part de Québec a constamment diminué depuis les années 2000. Chez nous, le dernier bilan démographique régional est sombre (2017). Les pertes de 2015-2016 sont les plus importantes des dix dernières années et le déficit est particulièrement marqué chez les jeunes adultes. Doublement perdante, la région doit affronter des ratios comptables qui calculent les investissements publics en fonction de la population. On peut bien miser sur l’attraction internationale des étudiants mais, très franchement, l’institution universitaire sera-t-elle toujours «compétitive» face aux stratégies des grandes universités du monde ? N’est-ce pas une vision marchande de l’éducation qui se retournera inévitablement contre l’UQAC ? Il faut insister plus fortement sur la mission de l’UQAC pour le développement régional. 

Le mépris ne touche pas seulement l’Université du Québec. Il faut siéger sur un conseil national ou suivre l’actualité pour comprendre à quel point les décideurs des centres sont indifférents au sort des régions. Certains fermeraient l’UQAC demain s’ils le pouvaient et d’autres des territoires jugés coûteux pour le Québec. Il y a double mépris. Le Québec sera en élection en 2018. Les régions sont abandonnées par tous les partis sauf pendant les campagnes électorales. Il est urgent de prendre des engagements concrets pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ne dépendent pas du prix d’un minerai sur le marché. Financer adéquatement l’UQAC en réaffirmant sa mission régionale est hautement pertinent. Les acteurs socio-économiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’y trouveraient-ils pas là une demande commune pour tous les partis politiques ? Encore faut-il que les membres qui composent l’institution universitaire y croient. C’est capital.