Un autre clou dans le cercueil

CHRONIQUE - Le 19 juillet, dans la revue Science, l’une des revues scientifiques les plus respectées, une équipe sous la direction du Dr Benjamin Santer du Laurence Livermore National Laboratory en Californie a publié une étude fort intéressante qui, à partir des analyses de données satellitaires collectées de 1979 à 2016, a clairement démontré l’influence des émissions de gaz à effet de serre (GES) par les humains sur le changement de la variabilité saisonnière du climat planétaire (science.sciencemag.org/content/361/6399/eaas8806). Selon les auteurs, il s’agit d’un autre clou dans le cercueil des climato-sceptiques.

L’analyse de près de 40 ans de données permet de détecter clairement comment les changements saisonniers enregistrés sur le terrain correspondent étroitement aux conditions atmosphériques observées par satellite. Des études antérieures avaient montré comment ce phénomène s’expliquait à l’échelle régionale, mais cette fois, c’est à l’échelle de l’atmosphère globale que les conclusions s’appliquent. Les probabilités que la variabilité naturelle du climat puisse expliquer les résultats obtenus sont de 5 sur un million (0,0005 %).

De très nombreuses études réalisées par des biologistes depuis 30 ans ont documenté des changements dans les saisons et leur impact sur l’évolution de l’aire de répartition et du comportement des espèces partout dans le monde. C’est ce qui a donné l’idée de voir comment les données satellitaires pouvaient révéler la cause de ces changements. Selon Santer, l’analyse révèle une « profonde évidence » que l’activité humaine ne fait pas que changer la température moyenne annuelle planétaire, mais qu’elle a aussi un effet sur la variabilité saisonnière. Il y a donc une concordance qui conforte les conclusions des biologistes.

Pour faire cette démonstration, son équipe a modélisé le climat sur une période de mille ans en intégrant ou pas les émissions de GES. Cette opération leur a permis de déterminer quelle était la signature présumée de l’activité humaine sur la variabilité saisonnière du climat. Sans surprise, l’analyse des relevés satellitaires a montré que la variabilité naturelle ne pouvait expliquer les observations. Il était impossible de reproduire les variations observées sans faire intervenir les émissions anthropiques de GES. En particulier, les différences entre les moyennes estivales et hivernales dans l’hémisphère nord qui se sont accrues de 0,4 degré durant la période considérée, particulièrement sur les continents. Ces résultats confirment ce que l’on savait déjà, mais cette fois, il n’est plus question, comme le disaient certains climato-sceptiques au début des années 2000, de chercher une contradiction entre les données satellitaires et les mesures de température au sol. Tout concorde.

C’est d’ailleurs l’une des motivations de Benjamin Santer pour réaliser cette étude. L’an dernier, il avait contesté les affirmations de l’ancien directeur de l’Agence américaine de protection de l’environnement, Scott Pruitt, qui ramenait cet argument pour nier l’influence humaine sur le climat. Pruitt a été congédié au début de juillet, mais pour d’autres raisons.

Malgré l’accumulation des preuves et des articles scientifiques probants publiés dans les revues les plus exigeantes, il existe toujours des gens qui se disent climato-sceptiques. La plupart en ont plus contre les discours alarmistes de certains écologistes, mais personne ne peut contester le bien-fondé scientifique du réchauffement induit par les émissions de GES. La plupart de ces soi-disant climato-sceptiques ne prennent même pas la peine de lire les études et aucun n’a de démonstration crédible à l’appui de ses dires. Ils ont droit à leurs opinions, mais il ne s’agit pas ici de débattre du mérite d’une équipe sportive. Je ne vous dirai pas la mienne à leur égard.